28.07.2009

Quarante-huitième jour - Histoire des Treize

Le premier conseil échevinal a enfin eu lieu, ce dimanche, exceptionnellement. Plus une journée à perdre pour reprendre le travail, abandonné précipitamment voici plus de quarante jours pour cause de cette annulation de sinistre mémoire.


Désormais, le pouvoir n’est plus vacant. M. Abricottiès, le chef de la délégation préfectorale qui avait repris les clefs des mains de la Marquise de Joie-Ceinte les lui a d’abord rendus dans la semaine, et sa charge a pu lui être enfin remise. Par voie de conséquence, le conseil a été convoqué dans la plus grande urgence, ce dimanche. Les élus de la majorité étaient tous parés de leurs plus beaux atours, pour ce merveilleux événements ; l’opposition vient unie, dans des tenues beaucoup plus décontractées – ses membres prévoyaient sans doute que l’ambiance serait chaude.

La foule était venue en masse, en la salle des Marquis de Provence, si bien que, pleine comme un œuf, elle ne pouvait plus accueillir de public au moment fatidique : neuf heures était en effet l’heure du grand rendez-vous.

 

 

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Notre document : "On refusait du monde, Salle des Marquis de Provence, dimanche matin. Sur notre document, un bon père de famille soucieux d'éducation civique, souhaitait montrer à ses enfants le conseil échevinal. La porte lui a été fermée : "C'est complet !". Heureusement, une étrange lucarne, dans une grande salle du rez-de-chaussée, retransmettait les débats (sic) par un procédé moderne. Cette petite famille a pu ainsi assister en toute tranquillité au sain débat démocratique qui a eu lieu ce dimanche en l'Hôtel de Ville de Plassans."


La grande inconnue était la suivante : les opposants à la Marquise allaient-ils se présenter au conseil ? Monsieur Maidevet, qui a déposé un recours contre la nouvelle élection, avait en effet menacé de boycott le premier conseil, car il ne reconnaissait pas la légitimité du scrutin. On sait aujourd’hui ce qu’il en fût : ils ne purent ne pas venir. Malgré ces effets d’annonce, les Treize sont arrivés place de l’Hôtel de Ville, et ont pénétré, fiers et droits, dans la grande salle aux lambris vénérables. Monsieur de Guindet s’est même levé un instant, fort digne, et a présenté ses hommages à la Marquise en l’assurant que personne ici ne remettait en cause sa légitimité – ce qui est curieux, puisque son groupe a déposé un recours.

 

 

 

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Notre document : "Les nouveaux élus s'étaient mis sur leur trente-et-un pour leur premier conseil et leur présentation à la Marquise. Ici, deux jeunes élus, très intimidés, sont présentés à Madame de Joie-Ceinte. Elle les accueille avec bienveillance : n'est-elle pas notre bourgmestre à tous ?"


Le conseil a été houleux, et il est advenu de premières échauffourées. Au départ, ainsi que le veut la tradition, le Baron Chauraud, doyen de l’équipe échevinale, a fait l’ouverture, puis Madame la Marquise, pour qui désormais tout va très bien – ou presque –, a représenté la même équipe, avec quelques menus changements. Citons quelques exemples : Monsieur Rejeton perd la délégation de l’Assainissement et de la Propreté au profit de la responsabilité d’un quartier excentré de la ville, celui des Facultés. Monsieur de Pahaulys obtient des charges supplémentaires, en récompense de sa fidélité et de ses actions pendant la campagne, pourtant menée au pas de charge.


Il est beau de voir que la jeunesse est récompensée et que, selon la formule de monsieur de Meillère, le futur ne manque pas d’avenir dans l’entourage de Madame la Marquise.
Hormis ces quelques permutations, l’équipe reste inchangée, tant Madame de Joie-Ceinte est fière de ses affidés et de leurs résultats de jadis.

Madame la Marquise est en revanche bien plus critique sur l’action de ses opposants, qu’elle a vertement tancés à un moment crucial de ce premier conseil.

 

 

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Notre document : "La Marquise de Joie-Ceinte avait préparé une de ces belles interventions dont elle a le secret, comme de coutume, pour son premier conseil échevinal. Tout Plassans en a parlé !"


Déjà, dès la déclaration liminaire, Monsieur Maidevet avait eu des paroles terribles : contrairement à ce que devait assurer plus tard son soutien Monsieur de Guindet, il proclama une lapalissade : le scrutin avait été serré. Doux euphémisme, puisque centre quatre-vingt-sept voix séparaient la liste battue de celle qui avait remporté la victoire. « Votre légitimité est équivalente à la nôtre, avertit ainsi Monsieur Maidevet. Nous contestons la légalité de votre élection. » Il avertit qu’un recours avait été déposé et que désormais, il fallait compter les Treize au nombre des Vigilants qui allaient courir la Cité et le Conseil échevinal à la quête  de chaque irrégularité ou injustice. Belle envolée, et nous sommes impatients de voir à l’œuvre ce moderne Robin des Bois : sera-t-il aussi vigilant en justice sociale qu’en justice politique ?

 

 

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Notre document : "À côté des plaisanteries de conseil échevinal, les choses sérieuses commencent : il faut présenter le petit dernier à l'élu de son quartier afin de lui trouver un poste en mairie. C'est une course contre la montre qui s'engage : il n'y aura pas de place pour tout le monde, et un nouveau recours viendrait gâcher les efforts des plus valeureux ! "

 

Madame la Marquise écouta sous les huées de ses alliés, présents en masse dans le public. Ce n’est que plus tard qu’elle répliqua, qualifiant les Treize de « pathétique ». Mais le plus gros restait à venir. Il fallut un instant choisir les représentants de l’opposition au Conseil du Pays de Plassans. Monsieur Maidevet avait présenté six hauts personnages, dont Monsieur de Peresty. Mais Monsieur de Peresty, Madame la Marquise n’en voulait point. Les raisons étaient personnelles. Une violente inimitié déchire aujourd'hui les alliés de 1901. Cela fit scandale : c’est là que Monsieur de Guindet assura que personne ne contestait la légitimité de l’élection de Madame la Marquise – ce qui est curieux, répétons-nous, puisque les Treize ont déposé la semaine dernière un nouveau et fatidique recours.

 

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Notre document : "La coupe est pleine, nous ne la boirons pas jusqu'à la lie ! Les Treize, offusqués, décident de quitter le Conseil échevinal. À la sortie de l'Hôtel de Ville, les journalistes et les daguerriens qui guettaient l'incident ont pu enregistrer les réactions amères des Treize, depuis largement répandues dans les feuilles locales."


Monsieur de Guindet demanda instamment à Madame de Joie-Ceinte de respecter la demande, coutumière, de l’opposition. La Marquise s’y refusa. Monsieur de Peresty s’enflamma. Madame de Joie-Ceinte eut des mots très amers, haussa les épaules, en un geste peu noble, mais évocateur. Les Treize quittèrent la salle – plus tard la majorité présente vota la liste des conseillers communautaires et remplaça Monsieur de Peresty par Monsieur Hammi.

 

 

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Notre document : "Monsieur de Peresty, fortement ébranlé par la terrible nouvelle : c'est sûr, à présent, la Marquise ne l'aime pas ! Monsieur de Guindet est venu, en vain, à sa rescousse ainsi qu'à son chevet. C'est un nouveau coup dur pour l'homme fort du Modème, qui perd ainsi une place de conseiller communautaire et un beau moyen de se placer en opposant à la Communauté du Pays de Plassans, où l'élection de 1908 ne lui avait pas permis de siéger."



Il est dit dans la feuille locale que les conseillers communautaires ne siègeront pas. Est-ce vrai ? Dimanche prochain, un nouveau conseil est prévu : les Treize y siégeront, avant la « trêve estivale ». Madame la Marquise a prévu, paraît-il de visiter nos lointains Comptoirs des Indes pour se détendre de ces joutes terribles qui ont obscurci le ciel radieux de Plassans. Puisse-t-elle y trouver une sérénité perdue et oublier, ne fût-ce que le temps de ce périple indien, l’esprit de vengeance qui semble désormais l’animer.

 

 

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Notre document : "La Marquise préparerait un voyage dans nos lointains Comptoirs des Indes. Au pays des Maharadjahs, retrouvera-t-elle un peu de cette quiétude qui était devenue la sienne en mars 1908 ?"