20.06.2009
Douzième jour
La donne semble avoir radicalement changé dans le paysage politique de Plassans, en ce douzième jour après les annulations des élections municipales de 1908. Passons en revue les forces actuellement en présence.
« Steven Salford assurément » prônent les tracts colorés de la liste « Un nouvel espoir pour Plassans ». Depuis quelques jours, le sémillant Vicomte de Salford lui-même, du bon pas qu’on lui connaît, parcourt les marchés du centre ville en bras de chemise en distribuant ses prospectus. Notre homme se présente comme « celui qui a fait annuler l’élection de 1908 » et semble en tirer une grande fierté. Le Vicomte dans ces documents, évoque un programme assez banal, sa seule idée semblant, comme beaucoup d’autres, d’évincer la Marquise définitivement. C’est une belle idée, mais elle est un peu seule. Attendons les prochaines rencontres publiques pour enfin voir si les projets du Vicomte pour la Ville sont différents de ceux qu’il avait déjà en 1901. Car n’oublions pas que M. de Salford était en charge de délégation, adjoint de la Marquise, de 1901 à 1908 (ou plutôt 1907, car on sait aujourd’hui ce qu’il en fut des relations entre Madame de Joie-Ceinte et son ancien adjoint, à partir de l’épisode malheureux des « Manufactures de demain »).
Notre document : "Monsieur de Salford tracte lui-même auprès de la population de Plassans."
M. de Salford nous apparaissait, il y a quelques jours encore, comme le seul qui ait déjà une liste et un programme – aussi léger soit le programme qu’il ait concocté pour les citoyens de Plassans. Tardait à venir l’union appelée de tous leurs vœux par les bonnes âmes de la gauche et du centre, bref, du gros des opposants de la Marquise.
Mais voici qu’un coup de tonnerre éclate dans le ciel plassanais. Deux partis que rien ne semblait rapprocher, du moins à Plassans, se sont unis cette semaine pour ravir la Ville à la Marquise de Joie-Ceinte. Ou plutôt deux hommes, car leur décision n’engage pas leurs partis, selon leurs mots : Monsieur de Peresty, qui se présentait en 1908 sous l’étiquette Modème, et Monsieur Maidevet, l’homme fort des Socialistes, qui a tout récemment ravi à André de Guindet la candidature à la candidature. Les tractations furent intenses, continues, longues, et se finirent tard dans la nuit pour reprendre au petit matin. « Le Petit Provençal » décidément très au fait de l’actualité la plus brûlante nous informe que des va-et-vient eurent lieu entre des estaminets et des quartiers généraux de politiciens. La marche est longue qui mène vers le pouvoir, surtout quand il faut le partager.
Notre document : "Alliance Maidevet - de Peresty : il ne s'agit pas de manquer le coche, cette fois-ci ! "
Pour partager le gâteau plassanais, alors que la table n’était pas encore dressée, nombre de cafés furent requis. Point d’alcools car ils font tourner les têtes des plus sérieux et on a ensuite le plus grand mal à compter les voix, réunir des idées embrouillées, tirer la couverture médiatique à soi. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans une opération de la sorte, le plus petit dénominateur commun l’emporte toujours.
Monsieur Maidevet a finalement obtenu le privilège, devenu récurrent, de se présenter en face de la Marquise de Joie-Ceinte. Il s’allie avec Monsieur de Peresty, feint d’allier à sa cause des membres de la liste « Filiation Plassans » que menait le professeur de philosophie en 1908, mais… les membres les plus éminents de l’ancienne liste du Centre manquent, « assurément ».
Manque d’abord M. de Salford, que M. de Peresty n’a point souhaité conserver parmi les rangs déjà pourtant décimés de ses braves. Malgré l’hémorragie de voix dont il fut victime entre le premier et le second tour de 1908, M. de Peresty n’a pas hésité à rejeter toute idée d’alliance avec le Vicomte, comme avec M. de Gensanat, devenu persona non grata en raison sans doute de son appartenance récente au Nouveau Centre, parti encore neuf.
Manquera aussi M. Diméhaust, amoureux de la Nature hâbleur, qui s’échappa jadis du Groupe Vert pour rejoindre le Modème, qui semblait plus lui correspondre. Ne le vit-on pas parmi la foule des courtisans lorsque M. de Bailleroux vint en pays de Plassans pour distribuer la bonne parole centriste aux foules assoiffées de vérité politique ?
M. Diméhaust, il faut avouer que M. Maidevet n’en veut pas. Il pense déjà à une nouvelle alliance, au second tour de 1909, avec le Groupe Vert, dont M. Diméhaust est devenu un dissident, qui ne souhaite pas sa présence dans une liste commune. Toujours le jeu arithmétique du plus petit dénominateur commun.
Comment la liste multiple, plurielle, ainsi péniblement agrégée, peut-elle raisonnablement se poser en opposante de la Marquise, manquant ainsi de figures aussi notablement hostiles à Madame de Joie-Ceinte ? Si M. Diméhaust n’en est pas et si, comme on peut le craindre, des éminences de l’ancienne liste menée par Maître Pezest n’en sont pas non plus ?
Sur le plan des idées et des programmes, on ne manquera pas de s’étonner, et d’attendre avec impatience le programme commun rédigé par les deux équipes de MM. Maidevet et de Peresty. Reprendront-ils des points centraux des programmes de listes agrégées, telle la couverture de la montée d’Avignon, qui était le point fort du programme de Maître Pezest en 1908 ? On peut raisonnablement penser que non : une telle politique de grands travaux porterait la marque de M. Pezest et, même s’il n’est pas élu bourgmestre ni adjoint en 1909, cette dalle serait le signe de sa victoire indirecte. Absent, invisible, il marquerait cependant trop durablement la mémoire de Plassans par cette construction. On peut aisément imaginer que ni M. de Peresty ni M. Maidevet ne souhaitent qu’un spectre leur porte ombrage.
Notre document : "Alliance explosive en perspective pour la liste Socialiste-Modème."
Cette alliance étrange ne manquera pas en outre d’étonner les plus vigilants de nos lecteurs. En effet, ceux-ci n’ignorent pas l’animosité la plus franche que se vouaient il y a peu de temps encore Messieurs de Peresty et Maidevet. C’est donc un bien curieux attelage qui partira, le 12 juillet, à la conquête de Plassans : le Modème et le Parti Socialiste, unis pour le meilleur et pour le rire, en une combinaison qui reste encore à découvrir. Car, comme le prétend Monsieur de Castreneuf, la liste est encore en cours de construction. Et l’inauguration de la permanence électorale qui a lieu ce samedi ne devrait pas être le signe d’une fin de chantier, mais bien la pose d’une première pierre, dans une construction dont le plan n’est pas sûr. Gare aux accidents !
Notre document : "La Marquise, sur le point de partir en campagne : "Mais que faire ?" "
Et la Marquise, me direz-vous ? Suivant l’exemple de Monsieur Grondin, bourgmestre de Marseille, Madame de Joie-Ceinte s’est d’abord tue. Elle laissa d’abord s’époumoner les autres, estimant sans doute que de la cacophonie et des ambitions ainsi ouvertement affichées, naîtrait des Plassanais un profond dégoût de tous ces opposants qui pouvaient sembler se jeter sur une occasion pour saisir le pouvoir qui lui avait été brutalement retiré.
Après que la formation socialiste et « modème » eut terminé son si peu symphonique poème encore inachevé (à ce jour), après que la Droite nationale se présente, et renonce, laissant le champ libre aux amis de la Marquise, après que le Vicomte présente sa propre liste inoffensive, Madame de Joie-Ceinte pouvait enfin apparaître, ceinte de probité candide et de lin blanc. C’est pour l’honneur de Plassans qu’elle se bat, fait œuvre de pédagogie, pour expliquer aux Plassanais les circonstances réelles du complot socialiste qui lui a fait perdre la charge de bourgmestre.
À la recherche du temps perdu (de longs mois d’attente des résultats des procédures, initiées par M. de Salford pendant lesquelles la Marquise ne pouvait rien entreprendre, toute anxieuse sous le couperet qu’elle devinait au-dessus de sa tête), Madame de Joie-Ceinte propose au Plassanais de reprendre ses activités là où l’arrogante décision de justice l’a contrainte de les cesser. Pourquoi changer une équipe qui gagne autant ? Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ». Ces formules qui ont prouvé leur efficacité au fil des siècles, la Marquise et son équipe espèrent bien les faire entendre aux Plassanais. C’est désormais leur axe de campagne.
08:56 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : annulation, élections municipales, municipales partielles, provence, plassans







Commentaires
Merci pour ces chroniques qui sont délicieuses,un bon livre à venir !?
Ecrit par : mimithebus | 20.06.2009
Medvedowsky : "Je n'ai pas de regret"
Publié le lundi 31 mars 2008 à 06H21
Le candidat PS à Aix revient sur son l'échec et sur l'après deuxième tour
"La ligne stratégique de Peretti était très confuse et nous n'avons jamais envisagé d'alliance avec lui".
- À froid, comment l'analysez-vous ?
A. M. : Il me paraît clair que nous avons été affaiblis sur la durée par la dissidence de Michel Pezet et Jean-Fraçois Picheral, qui ont laissé ici ou là des traces indélébiles qui ont dû jouer sur une partie de l'électorat. La configuration politique locale montre, contrairement à ce que j'ai pu entendre, qu'il n'y a pas ici d'électorat centriste suffisamment solide et fidélisé, soit pour suivre son leader jusqu'au second tour, soit pour que l'on envisage des discussions politiques avec lui. Le résultat l'a montré : l'électorat de Peretti est un électorat de droite.
- Certains observateurs assurent qu'une alliance à trois avec Pezet et de Peretti vous aurait permis de l'emporter ?
A. M. : C'est faux. La ligne stratégique de Peretti était très confuse et nous n'avons jamais envisagé d'alliance avec lui. Et si nous l'avions fait, nous aurions perdu beaucoup plus lourdement; nous aurions durablement fragilisé la gauche dans cette ville et, en plus, nous y aurions laissé notre âme. Ça n'avait pas de sens. Beaucoup de nos colistiers et de nos électeurs ne nous auraient d'ailleurs pas suivis. Et ils auraient eu raison. Que de Peretti et Pezet soient persuadés que c'était la seule solution montre qu'ils ne comprennent pas grand-chose à la politique et qu'ils méritent leur très lourde défaite.
- Ségolène Royal a encouragé les accords avec le MoDem. Pourquoi pas avec de Peretti, alors ?
A. M. : Parce qu'il n'est pas un leader MoDem. Je rappelle qu'il a largement contribué à l'élection de Maryse Joissains en 2001. En 2007, il n'a pas fait campagne pour Bayrou, soi disant pour se préserver. Il ne s'est ensuite pas présenté aux législatives, là encore pour se préserver. J'observe aussi que sa candidate à cette élection n'a pas appelé à faire barrage à Maryse Joissains entre les deux tours. Et quelques semaines après, il n'est pas venu discuter avec nous, il s'est allié avec une quinzaine d'UMP pour afficher le logo "majorité présidentielle", pensant que ça suffirait à devancer Maryse Joissains au 1 er tour… Il n'était clairement pas dans une stratégie d'alliance avec la gauche. Ce n'est qu'après avoir constaté l'échec de sa stratégie qu'il a cherché d'autres accords. Mais il ne faut pas prendre les électeurs pour des imbéciles. Je constate ainsi que ceux qui ne l'ont pas suivi au 2e tour se sont très majoritairement reportés sur Maryse Joissains, alors qu'elle était son ennemie
Ecrit par : grinçant de plassant | 20.06.2009
Mon Dieu,
Il ne faudrait jamais relire ce que l'on a dit...
Et M. Maidevet qui n'accordait que 10% de chance au recours, il y a moins de 15 jours !
Sic Transit Gloria Mundi
Ecrit par : Pierre TERRIER | 20.06.2009
Dieu merci, le projet de couverture de la Route d'Avignon de Maitre Pezest ne sera sans doute pas repris par la liste de MM. Maidevet et de Peresty. Imaginez un peu l'empreinte écologique d'un tel projet qui, s'il devait être réalisé selon les normes environnementales les plus performantes (notamment dans les matériaux de construction) couterait une petite fortune. L'argent des Plassanais doit servir à financer d'autres projets plus urgents, et notamment en matière écologique.
Mais saluons néanmoins l'ambition urbanistique de Maitre Pezest. La dalle n'est sans doute pas une idée à retenir, mais l'esprit innovant doit guider les autres réalisations.
Ecrit par : LedZep | 20.06.2009
la couverture de la voie rapide me semblait une très bonne idée, à condition que ce ne soit pas un carnage architectural.
sinon moi je le sens de mieux en mieux la 7eme victoire de maryse
Ecrit par : eddy | 21.06.2009
Toujours un grand plaisir à vous lire, continuez !
Ecrit par : Un de la Bande | 21.06.2009
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