26.06.2009

Dix-septième jour

Brève chronique aujourd’hui, pour évoquer un nouvelle, presque une imputation, lancée à l’infortunée Marquise de Joie-Ceinte, par son principal opposant.

L’un de nos correspondants nous indiquait en effet tout à l’heure dans un télégramme, alors que nous mettions sous la presse, que dans les étranges lucarnes où il s’était produit, Monsieur Maidevet indiquait mercredi à la presse qui l’avait invité que Madame de Joie-Ceinte avait fait pression – sur qui ? – pour que les élections aient lieu le plus rapidement possible ; cette action de la Marquise ayant eu pour conséquence que l’opposition ne fût pas prête à temps.
Monsieur Maidevet, qui s’y connaît dans la science du lobbying qu’il pratiqua naguère dans son métier d'avocat d'afaires, et il y a peu encore, avec l’intelligence économique qu’on lui connaît (et sur laquelle nous reviendrons), sait de quoi il parle quand il dit reconnaître des « pressions » dans une procédure exceptionnelle de cette importance.
Gageons que la célérité avec laquelle Monsieur Maidevet est parvenu à réussir le tour de force d’une liste d’union aussi rapidement prouve qu’il est toujours homme efficace et soucieux de bonne gestion du temps, d’organisation, et de réaction. Sans ces qualités essentielles, comment en effet pourrait-il faire un bon bourgmestre ?

 

17ej_maidevet_dates.jpg

Notre document : "Monsieur Maidevet, petit déjeunant avec Monsieur Hagaupiand, l'un de ses lieutenants les plus fidèles - envers et contre tout, malgré une nomination curieuse à la vice-présidence de la Communauté du Pays de Plassans par la Marquise en 1908 - découvre les dates des prochaines élections. "Diantre ! Aurons-nous le temps de réunir nos troupes et nos liquidités pour partir à la bataille ?" Gageons que le temps perdu aura été rattrapé depuis.

On pardonnera aisément ce trait, mais le fait est que pendant que l’on discute ainsi des dates, des pressions et des contraintes de saison, les horloges tournent.

À la table des ambitieux, il y a rarement un deuxième service. Cette antienne connue doit faire partie du bréviaire des politiciens modernes, car on constate, jour après jour, que les méthodes d’aujourd’hui, des uns comme des autres, témoignent d’un goût prononcé pour les mêmes qualités d’efficacité et de vélocité.
C’est ainsi qu’après les premières affiches du portrait de la Marquise, (toujours aussi vite lacérées par de courageux opposants anonymes), les placards de Plassans s’ornent du noble visage du Vicomte de Salford, qui décidément n’est jamais en retard dans cette course. Monsieur de Salford est un homme décidément vite, pour parler en langage moderne. Lui aussi était à la bonne école de la rapidité et de l’efficacité – qui était celle de Madame la Marquise, rappelons-le, quand Monsieur de Salford guerroyait à ses côtés contre les troupes de M. de Picherasle, et quand il régna avec elle sur Plassans, près de six ans durant – avant leur mésalliance de 1906-1907.

Les plus avertis de nos lecteurs savent Steven Salford, personnage éminemment vernien, grand admirateur des Voyages extraordinaires de l’écrivain Jules Verne. À l’instar des personnages de mon confrère amiénois, M. le Vicomte aurait-il toujours une longueur d’avance dans cette odyssée électorale extraordinaire ?

 

17ej_salford_inconnu.jpg

Notre document : "Plus qu'un homme politique anglais, M. de Salford est un héros positif, à la façon de ceux de Jules Verne. Téméraire, bonhomme, sans reproches, avec une foi absolu dans la Science et ses miracles, il se pique aussi d'écriture et de métaphysique. Il n'hésite pas, comme ici, à affronter l'inconnu et à arpenter des territoires reculés de la ville de Plassans, à la recherche de voix pour sa liste nouvelle, là où la main de l'homme politique n'a encore jamais mis le pied."


De toute évidence, M. de Salford, comme tous ses confrères en science politique, garde en mémoire les bonspréceptes de Mazarin, qui écrivait :
Aie toujours à l’esprit ces cinq préceptes :
1 – Simule.
2 – Dissimule.
3 -  Ne te fie à personne.
4 - Dis du bien de tout le monde.
5 – Prévois avant d’agir.


Mais souvenons-nous que le Cardinal écrivait également, aux politiciens de son temps comme des générations qui devaient lui succéder : « Si tu es offensé personnellement, le mieux est de faire comme si de rien n’était, car une querelle en amène une autre, et l’offenseur et toi seriez ensuite en guerre perpétuelle. Peut-être finirais-tu par en sortir vainqueur, mais cette victoire serait pire qu’une défaite car entre-temps tu te serais attiré bien des rancunes. »


Monsieur de Salford, que l’on sait amoureux de la méditation, devrait, dans le combat politique qui s’est engagé, méditer précisément cette phrase de celui qui fut jadis la victime des célèbres mazarinades (dont nous nous voulons, de façon un peu immodeste, les héritiers – contrairement à ce que de méchantes langues soufflent ici et là). Mais ces préceptes de Mazarin, appelé injustement "le voleur de Sicile" en son temps, peuvent également être rappelés à ceux qui, à Gauche, s'étripent et se lacèrent, sur l'autel de la renommée politique.

Qui, en effet, à travers ces disputes de noms, de places et de positions éligibles ou non, songe réellement à Plassans ? La comédie humaine que nous voyons se dérouler sous nos yeux montre-t-elle vraiment que ces édiles s'intéressent à la Ville, à son peuple ? Nous verrons dans les prochaines semaines si ces incorrigibles garnements retrouvent un peu de la sagesse qui sied à l'exercice de la fonction de Bourgmestre...


(A suivre)

Écrire un commentaire