06.08.2009

Histoire des Treize (3)

"Voyez-vous, à Aix-en-Provence, le peuple n'existe pas, la noblesse est indécrottable : il n'y a de tolérable que quelques parvenus, des gens charmants qui font beaucoup de frais pour les hommes en place. Notre petit monde de fonctionnaires est très heureux. Nous vivons entre nous, à notre guise, sans nous soucier des habitants, comme si nous avions planté notre tente en pays conquis."

Emile Zola, La Conquête d'Aix-en-Provence

[NDLE : On se souvient qu'Aix-en-Provence est la ville imaginaire, inspirée de Plassans, qu'Emile Zola avait inventée pour y dresser l'action de plusieurs de ses romans dont La Conquête d'Aix-en-Provence. Nicolas Stavroguine se référait souvent à l'oeuvre de Zola, comme à nombre de ses contemporains.]



Dimanche, l’histoire des Treize s’est poursuivie, fort heureusement à Plassans. Le dimanche précédent, ils avaient quitté la salle du conseil échevinal, outrés de ce que la Marquise refusait l’un des leurs, Monsieur de Peresty, dans le conseil communautaire du pays de Plassans. Mais dans la semaine, sous la menace d’un nouveau nouveau recours, cette fois contre l’élection de Madame de Joie-Ceinte à la présidence de la Communauté du Pays de Plassans – puisque les Six avaient démissionné suite à l’affront apporté au philosophe de Peresty – la Marquise accepta "d’enterrer la hache de guerre", selon ses mots. Elle souffrit de reprendre sa liste et d’y accepter cette fois Monsieur de Peresty. Seulement elle en fut tellement malade, qu’elle ne vint au conseil échevinal de ce dimanche. La première élection des conseillers communautaires s’était faite en leur absence, la seconde élection se sera faite sans la Marquise.


 

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Notre document : "Magnanime Marquise : même souffrante, elle a rendu son petit chat au petit François-Xavier, qui pleurait fort pour le récupérer - c'est qu'il ne s'en était pas bien occupé ces dernières années. Protectrice des bêtes, la Marquise avait longtemps hésité avant de confier à nouveau les destinée du petit félin du Pays de Plassans au garçonnet, mais... la mine triste de l'enfant l'a convaincu de lui faire confiance, et de lui donner l'animal."


Sur les daguerréotypes du "petit Provençal", on peut voir Monsieur de Peresty hilare. Malgré la chaleur, il porte toujours son costume bleu de Prusse et sa lavallière, mais arbore un rare sourire – cet homme toujours taciturne, avare de mots, quitta donc ce dimanche exceptionnellement sa mine austère pour un visage heureux – joyeux du bon tour joué à la Marquise, bienheureux d’être enfin au Conseil Communautaire, ce que l’élection de 1908 ne lui avait pas permis.

En fin de journée, pourtant, Monsieur de Peresty avait troqué son costume serré pour un vêtement de bleu de Gênes et une chemisette, et marchait bon train, silencieux, et la mine à nouveau morne. Cet homme qui a chaque jour le même pas, qui ne varie pas, sourcilleux de la bonne marche du monde et des âmes, allait de son pas toujours preste, vers on ne sait quelle destination. Il sera sans doute un opposant redoutable à la Marquise, car il l’a été dès le début de l’élection de 1901 – où il était pourtant partie prenante de son élection, car il avait signé le fameux Pacte-à-Trois,avec la Marquise et le baron Chauraud.

 

 

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Notre document : "Le saviez-vous ? "Recours" et "annulation" sont les mots les plus usités à Plassans depuis 1908. Cet été, ce sont ceux qu'on a le plus lus et entendus sous la plume des politiciens et des journalistes. On en trouve la trace jusque dans le bloc-notes de Monsieur de Castreneuf, jusqu'en 1907, au moins ! Sur notre document, Monsieur Maidevet en appelle aux plus hautes instances pour recompter les voix, les bulletins, les enveloppes et même les urnes ! En 1901, il avait déposé un recours, qu'il avait pourtant retiré, pour de mystérieuses raisons..."


L’avenir nous dira si au conseil communautaire du Pays de Plassans Monsieur de Peresty brillera en opposant constructif, sachant que l’avenir de tant de communes dépend de ces votations. En attendant l’acceptation d’un nouveau recours, les opposants fourbissent leurs armes, les vacances se préparent.
Certaines mauvaises langues disent que l’absence de la Marquise au conseil échevinal de dimanche était purement diplomatique et qu’elle est déjà en partance pour son lieu de villégiature, sensément la Bretagne, mais plus sûrement les comptoirs des Indes – nous a-t-on soufflé. En son absence, ses gens sauront-ils garder la Maison si rudement acquise ? La menace d’un nouveau recours pèse sur la maisonnée, des documents ressortent, telle cette lettre de soutien du Roi que l’on aurait distribuée et qui n’aurait peut-être pas dû l’être… Que de chausse-trappes dans le chemin du pouvoir !

 

 

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Notre document : "La Marquise n'a pas été sourde aux demandes des Treize : même si elle ne pouvait quitter sa demeure, elle a tendu la main en même temps qu'une perche bienveillante à Monsieur de Peresty : il aura donc sa place de conseiller communautaire, assurément. Une semaine de négociation et de bras-de-fer pour en arriver là... Bienheureuse Plassans qui a tant de beaux politiciens pour penser à son devenir et ne point songer à leur place propre !"

Commentaires

Je pense qu'il y a erreur sur une date : le travail d'archive de M. de Castreneuf permet de remonter un siècle plus tôt, jusqu'à 1807 (bien avant que M. Maidevet ne retire son recours en 1901).
Un historien tatillon ;-)

Ecrit par : Micka | 06.08.2009

Je pense aussi qu'il faudrait fouiller dans les archives du bloc-notes de M. de Castreneuf pour savoir à quand remonte sa dernière demande d'annulation de quelque chose ! A mon humble avis, c'est bien avant 1907 !

Ecrit par : A A. Faugias | 06.08.2009

Petite erreur cher ami, votre connaissance de l'oeuvre de Zola est à parfaire... Trois des vingt tomes des Rougon Macquart se déroulent à Aix:
le premier "La fortune des Rougon", le quatrième: "La conquête de Plassans", et le dernier: "Le docteur Pascal".
Quant au cinquième volet "La faute de l'abbé Mouret", il ne se déroule pas à Aix mais à Artaud, village situé près de Plassans dans le roman.

Ecrit par : Nicolas BLANC | 06.08.2009

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