13.08.2009
« Une invention du diable ! »
À Plassans, un deuxième jeune homme a été victime d’une « explosion de téléphone ». Après le jeune Romain, qui a vu le téléphone de sa fiancée lui exploser à l’oreille, au début de la semaine – mésaventure dont la presse nationale s’est largement faite l’écho – c’est le neveu du Baron de C*, le jeune Julien, qui a senti l’objet lui chauffer l’oreille pour ensuite lui exploser à la figure. Le jeune homme était cette fois propriétaire d’un de ces coûteux appareils de la marque américaine Aphone, et il était en communication avec sa nouvelle conquête.
Ces appareils modernes, dont certains se méfient comme de la peste et qui vous sonnent comme des domestiques, ne seraient donc pas aussi sûrs qu’une presse progressiste a bien voulu nous le faire croire depuis leur récente invention. Contemporaine servitude volontaire, cette invention nous conduira certainement, dans un avenir proche, à des dérives que l’on n'imagine en frémissant : on ne sera tranquille nulle part et les conversations incommoderont jusque dans les restaurants et les opéras.
Notre document : "Emoi nocturne dans le domaine de la famille de C*, au quartier rural de Saylony. Le jeune Julien de C*, publicitaire en lequel tout Plassans place les plus grands espoirs, vient de tomber victime d'une explosion de téléphone. "
Mais revenons à cette série d’explosions de téléphone qui semble frapper particulièrement Plassans – même si « Le Figaro » nous apprenait tantôt que des explosions similaires avaient eu lieu au Royaume du Japon. « Le Petit Provençal » présentait, dans son édition d’hier, un daguerréotype montrant le jeune Julien de C*, que le tout-Plassans connait comme un affichiste bien introduit et amateur de belles choses, tenant fort piteusement entre ses doigts les miettes de son appareil téléphonique. Le cliché avait quelque chose de glaçant : la technique nous trahissait donc ? Et particulièrement les meilleurs éléments de notre belle société plassanaise ?
Notre document : "Après l'explosion impromptue de son téléphone, le jeune Julien de C*, pourtant aguerri, et de noble ascendance (quoique d'une noblesse d'Empire), est tombé en pâmoison. Ses laquais en bras de chemise sont aussitôt accouru pour porter secours à leur bon maître qu'ils ont cru victime d'un attentat antibonapartiste."
Fort heureusement, à part une légère éraflure au côté droit du visage, le fringant publiciste, issu de la noblesse d’Empire, ne présentait aucune blessure sérieuse. Il aurait reçu comme « un grain de sable dans l’œil » - peut-être un microscopique bout de ce métal fin qui forme ces instrument. Il a cependant été transporté prestement à la Clinique des Verdurades, où les médecins du Baron Chauraud sont venus à son chevet et se sont rapidement montrés des plus rassurants : plus de peur que de mal. Julien de C* se consolera donc, après quelque pansement, dans les bras de sa nouvelle fiancée, la sémillante Nadine de S*… qui déclare ne plus vouloir se servir de pareils engins jusqu’à nouvel ordre ! Comme on la comprend.
Notre document : "Les meilleurs médecins étaient au chevet du jeune Julien de C*. Le jeune homme est catégorique : on ne l'y reprendra plus. Il envoyait messages lestes et libelles bonapartistes via son téléphone. Une utilisation jugée dangereuse par les spécialistes."
Pour en savoir plus sur ces technologies nouvelles, « Les Frelons » ont fait appel à un spécialiste de ce genre d’appareils, le colonel de Gendarmerie en retraite Rabutin, qui comme on s’en souvient, utilise à grands frais ces coûteux instruments. Le bonhomme est formel : en fin connoisseur, il nous a rapidement donné son analyse. Le téléphone de Monsieur de C* était fiable, nous assura-t-il, car de marque américaine - californienne, de surcroît, ce qui a son importance. Ce type de téléphone, le colonel à la retraite Rabutin s’en sert tous les jours, il est donc catégorique : c'est un appareil robuste et endurant. Le Colonel n'appelle-t-il pas plus de vingt fois par jour chacun de ses amis ? Sans avoir constaté aucune malfaçon dans la machine ?
Notre document : "Le colonel de gendarmerie en retraite Rabutin dans une pose familière : suspendu au téléphone, il colporte nouvelles, rumeurs et exclusivités sur les dessous de la vie politique de Plassans. Plus de quatre cents communications sont ainsi passées de son téléphone chaque jour."
Selon le Colonel, si le téléphone du jeune Julien de C* a chauffé, puis éclaté, c’est l’utilisation qui était mauvaise ! Toujours aux dires de notre spécialiste, le jeune Julien devait avoir une utilisation impropre de l’appareil : le moderne instrument se sera peut-être formalisé de certains propos bonapartistes qui auraient pu être tenus par son intermédiaire. On frémit d'avance pour les milieux Plassanais nostalgiques de l'Empereur...
« Ou alors l’appareil a un vice de fabrication, mais c’est bien rare. » conclue le connoisseur. Pour sa part, le Colonel Rabutin n’a jamais connu de surchauffe dans son appareil, qu’il met pourtant à rude épreuve. Tout au plus ses interlocuteurs auront-ils rencontré des chauffements d’oreilles. Mais il s’agit là plutôt d’un problème dû à la durée d’exposition à l’appareil… et aux longues discussions sur la politique locale, les vacances du Vicomte de Salford, de la Marquise, ou les repas manqués de Maître Pezest !
Notre document : "Au café "L'Abreuvoir", la sagesse populaire a parlé, et condamné la machine infernale : le téléphone ne passera pas par Plassans ! Comme le Train !"
Finalement, au café « L’Abreuvoir », mitoyen de la Cathédrale, c’est la lavandière Marie-France M* qui a mis tout le monde d’accord, au soir de l’incident. Elle revenait du lavoir avec ses draps roses fraîchement battus, quand elle a appris la nouvelle. Pour elle, pas de doute non plus : c’est « une invention du diable ! ». Tous les Plassanais présents à « L’Abreuvoir » étaient bien d’accord avec elle ! Quelle mauvaise invention ! « Vous verrez qu’un jour on ne pourra plus s’en passer et que chacun le portera sur lui, comme les Ecritures le disent du chiffre de la Bête ! ». Et la vieille partit, outrée, dans la nuit, avec ses draps roses sous les bras, pour regagner sa mansarde, laissant les commensaux interloqués. Après un long moment de silence, tout le monde fut d’accord pour éradiquer ces modernes inventions de Plassans : « Le téléphone, comme la Ligne de Train Preste, ne passera pas par nous ! »
Notre document : "Le lendemain, on pouvait toujours voir Marie-France M*, errant dans les rues de Plassans et portant fagots de cartons roulés pour décorer sa mansarde, qui alpaguait les passants : "Invention du démon que le téléphone ! Braves gens de Plassans ! Méfiez-vous de ces instruments du Malin ! Ils colportent des messages licencieux et bonapartistes !" Mais, même si les Plassanais connaissent bien Marie-France et ses lubies, ils frémissaient à son passage et à ses imprécations : l'affaire du téléphone explosif restera longtemps dans les mémoires."
Les autorités, bien informées, devaient rapidement appeler au calme. La Marquise de Joie-Ceinte part en effet ce samedi en vacances – en Bretagne, finalement –, et elle espère que cet incident ne soulèvera pas de nouvelles difficultés électorales. Les différents candidats ont en effet usé et abusé de ce moyen moderne de communication pour atteindre leurs électeurs… en plein juillet ! Sans doute est-ce la raison pour laquelle les téléphones deviennent plus enclins à la fulmination à Plassans qu’ailleurs.
19:33 Publié dans Démonologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : plassans, aphone, téléphone, explosion, julien, bonapartisme, napoléon, fiancée, lavandière, réclame, année pique-assiette
06.08.2009
Histoire des Treize (3)
"Voyez-vous, à Aix-en-Provence, le peuple n'existe pas, la noblesse est indécrottable : il n'y a de tolérable que quelques parvenus, des gens charmants qui font beaucoup de frais pour les hommes en place. Notre petit monde de fonctionnaires est très heureux. Nous vivons entre nous, à notre guise, sans nous soucier des habitants, comme si nous avions planté notre tente en pays conquis."
Emile Zola, La Conquête d'Aix-en-Provence
[NDLE : On se souvient qu'Aix-en-Provence est la ville imaginaire, inspirée de Plassans, qu'Emile Zola avait inventée pour y dresser l'action de plusieurs de ses romans dont La Conquête d'Aix-en-Provence. Nicolas Stavroguine se référait souvent à l'oeuvre de Zola, comme à nombre de ses contemporains.]
Dimanche, l’histoire des Treize s’est poursuivie, fort heureusement à Plassans. Le dimanche précédent, ils avaient quitté la salle du conseil échevinal, outrés de ce que la Marquise refusait l’un des leurs, Monsieur de Peresty, dans le conseil communautaire du pays de Plassans. Mais dans la semaine, sous la menace d’un nouveau nouveau recours, cette fois contre l’élection de Madame de Joie-Ceinte à la présidence de la Communauté du Pays de Plassans – puisque les Six avaient démissionné suite à l’affront apporté au philosophe de Peresty – la Marquise accepta "d’enterrer la hache de guerre", selon ses mots. Elle souffrit de reprendre sa liste et d’y accepter cette fois Monsieur de Peresty. Seulement elle en fut tellement malade, qu’elle ne vint au conseil échevinal de ce dimanche. La première élection des conseillers communautaires s’était faite en leur absence, la seconde élection se sera faite sans la Marquise.
Notre document : "Magnanime Marquise : même souffrante, elle a rendu son petit chat au petit François-Xavier, qui pleurait fort pour le récupérer - c'est qu'il ne s'en était pas bien occupé ces dernières années. Protectrice des bêtes, la Marquise avait longtemps hésité avant de confier à nouveau les destinée du petit félin du Pays de Plassans au garçonnet, mais... la mine triste de l'enfant l'a convaincu de lui faire confiance, et de lui donner l'animal."
Sur les daguerréotypes du "petit Provençal", on peut voir Monsieur de Peresty hilare. Malgré la chaleur, il porte toujours son costume bleu de Prusse et sa lavallière, mais arbore un rare sourire – cet homme toujours taciturne, avare de mots, quitta donc ce dimanche exceptionnellement sa mine austère pour un visage heureux – joyeux du bon tour joué à la Marquise, bienheureux d’être enfin au Conseil Communautaire, ce que l’élection de 1908 ne lui avait pas permis.
En fin de journée, pourtant, Monsieur de Peresty avait troqué son costume serré pour un vêtement de bleu de Gênes et une chemisette, et marchait bon train, silencieux, et la mine à nouveau morne. Cet homme qui a chaque jour le même pas, qui ne varie pas, sourcilleux de la bonne marche du monde et des âmes, allait de son pas toujours preste, vers on ne sait quelle destination. Il sera sans doute un opposant redoutable à la Marquise, car il l’a été dès le début de l’élection de 1901 – où il était pourtant partie prenante de son élection, car il avait signé le fameux Pacte-à-Trois,avec la Marquise et le baron Chauraud.
Notre document : "Le saviez-vous ? "Recours" et "annulation" sont les mots les plus usités à Plassans depuis 1908. Cet été, ce sont ceux qu'on a le plus lus et entendus sous la plume des politiciens et des journalistes. On en trouve la trace jusque dans le bloc-notes de Monsieur de Castreneuf, jusqu'en 1907, au moins ! Sur notre document, Monsieur Maidevet en appelle aux plus hautes instances pour recompter les voix, les bulletins, les enveloppes et même les urnes ! En 1901, il avait déposé un recours, qu'il avait pourtant retiré, pour de mystérieuses raisons..."
L’avenir nous dira si au conseil communautaire du Pays de Plassans Monsieur de Peresty brillera en opposant constructif, sachant que l’avenir de tant de communes dépend de ces votations. En attendant l’acceptation d’un nouveau recours, les opposants fourbissent leurs armes, les vacances se préparent.
Certaines mauvaises langues disent que l’absence de la Marquise au conseil échevinal de dimanche était purement diplomatique et qu’elle est déjà en partance pour son lieu de villégiature, sensément la Bretagne, mais plus sûrement les comptoirs des Indes – nous a-t-on soufflé. En son absence, ses gens sauront-ils garder la Maison si rudement acquise ? La menace d’un nouveau recours pèse sur la maisonnée, des documents ressortent, telle cette lettre de soutien du Roi que l’on aurait distribuée et qui n’aurait peut-être pas dû l’être… Que de chausse-trappes dans le chemin du pouvoir !
Notre document : "La Marquise n'a pas été sourde aux demandes des Treize : même si elle ne pouvait quitter sa demeure, elle a tendu la main en même temps qu'une perche bienveillante à Monsieur de Peresty : il aura donc sa place de conseiller communautaire, assurément. Une semaine de négociation et de bras-de-fer pour en arriver là... Bienheureuse Plassans qui a tant de beaux politiciens pour penser à son devenir et ne point songer à leur place propre !"
07:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : provence, plassans, aix-en-provence, bourgeoisie, politique, pouvoir
02.08.2009
Les vacances du pouvoir
Après la vacance du pouvoir, les vacances... Mais "Les Frelons" poursuivent leurs enquêtes dans la chaleur de l'été 1909. Alors que le bloc-note de Monsieur de Castreneuf sera prochainement mis en sommeil pour cause de congés bien mérités, nous poursuivons notre tâche, avec un nouveau feuilleton sur les vacances des élus de notre coeur, le devenir de tous nos sympathiques personnages publics... Premier épisode, ce jour, avec un article sur Maître Pezest. À suivre, un article très atttendu sur Monsieur de Gensanat et ses nouveaux projets pour le Pays de Plassans, les vacances de la Marquise aux Indes... Ne manquez pas ce grand feuilleton d'amour et d'ivresse du pouvoir !
Les illusions perdues
Que sont-ils devenus ? Que vont-il devenir ? Notre nouveau feuilleton de l'été dressera le portrait d'éminentes figures plassanaises et, en faisant un sympathique bilan de leur(s) action(s) pendant la chaude campagne qui vient de s'achever, tentera d'informer les lecteurs sur leur devenir. Premier de cette liste, Maître Pezest, personnage que nous qualifierons bien volontiers de balzacien.
Avocat de renom, marseillais aux lointaines ascendances plassanaises, Maître Pezest, après une longue carrière politique faite de hauts et de bas, et sur lesquels nous ne reviendront pas, avait brigué la mairie de Plassans en 1908. Il n’avait pas été adoubé par le Parti socialiste et avait monté sa liste, en dissidence. Les socialistes en avaient conçu une vive amertume, qui ne s’est toujours pas tarie. Les voix avaient largement manqué en 1908 à Monsieur Maidevet et il avait considéré la candidature de Maître Pezest, et même son désistement du second tour comme le responsable de son échec.
Notre document : "Les pezestistes, un problème piquant pour Monsieur Maidevet en 1908... et en 1909 !"
En 1909, les choses devaient être différentes. Lors de ces élections exceptionnelles et inespérées, Maître Pezest n’avait pas jugé bon de s’engager. Craignait-il les mêmes courroux et les mêmes déchirements qu’en 1908 ? Etait-il las de la politique plassanaise ? Avait-il d’autres fers au feu ? Il ne fut guère disert sur la campagne ; son colistier de 1908, Monsieur de Picherasle, regarda tout cela depuis le Sénat, d’un air amusé, et ne fit aucun autre commentaire public – ou si peu.
Maître Pezest laissa donc ses fidèles se débattre avec Monsieur Maidevet, en prévision des élections, dès la nouvelle de l’invalidation connue. Il se borna donc à compter les points.
On sait aujourd’hui ce que ces débats ont donné : un échec, d’une courte tête, et aucun affidé de Maître Pezest sur la liste d’union voulue par Messieurs Maidevet, de Peresty et Guindet. Les négociations furent pourtant rudes avant le premier tour de 1909, car il est dans la nature de l’homme politique d’espérer et d’aspirer toujours. En quoi et à quoi, l’Histoire ne le dit hélas que trop souvent !
Notre document : "Avant le premier tour de 1909, un jeune soutien proche de Monsieur Maidevet étudie la fraîcheur des propositions Pezest de l'année précédente, et songe à la position d'éventuels candidats pezestistes sur la liste d'union PS-Modème."
Suite à ces négociations subtiles, on devait apprendre rapidement que Monsieur Maidevet ne voulait guère des alliés de Maître Pezest, si ce n’est à des places peu enviables, et qu’il ne voulait surtout pas de la mesure-phare de Michel Pezest, c’est-à-dire : la construction d’une dalle sur la montée d’Avignon. Dalle sur laquelle Maître Pezest et son équipe souhaitaient voir construire des habitations, des « lieux de vie » (ainsi que l’on nomme joliment aujourd’hui des lieux publics – connaît-on des « lieux de mort » ?). Une poste, une succursale de banque (qui manque toujours cruellement aux habitants du quartier de Caurcy), des établissements privés et publics, des logements sociaux ou chics auraient pu ainsi naître et se développer comme des champignon sur un espace nouveau. Monsieur Maidevet ne voulut point de cette mesure, trop marquée du sceau de Maître Pezest, on s’en souvient. Si par malheur il devenait bourgmestre, il devrait se lancer dans cette coûteuse opération, et tout le monde ne se serait souvenu que de la dalle Pezest et pas des petites constructions politiques Maidevet…
Notre document : "Fin de non-recevoir aux candidats pezestistes sur la liste d'union de Monsieur Maidevet, à l'orée de la campagne de 1909."
Que va donc devenir Maître Pezest, dont le fantôme a tout de même quelque peu troublé ces élections impromptues ? C’est que les voix de quelques soutiens de Maître Pezest, revanchards, ont bien dû manquer à l’élection manquée de Monsieur Maidevet. Lui-même a été plutôt vindicatif, pendant la campagne. Lors d’une soirée lyrique, il aurait pris à partie assez violemment Michel Pezest, rapporte Monsieur de Castreneuf dans son bloc-notes, pour lui promettre les pires avanies s’il était élu ! Maître Pezest, impassible, n’a pu que faire constater à Monsieur Maidevet qu’il perdait des voix en le tançant aussi vertement devant un public aussi choisi. Les voix, enjeu indispensable, denrée rare, surtout en période estivale.
Notre document : "Maître Pezest a été violemment pris à partie par Monsieur Maidevet lors d'une représentation publique d'un spectacle lyrique, nous informe Monsieur de Castreneuf. Une réaction à l'emporte-pièce à laquelle Michel Pezest a répondu avec son flegme habituel."
Si Maître Pezest n’a pas dit grand-chose en public pendant la campagne, il a parlé beaucoup, à ses amis, ses contacts, ses alliés et ses soutiens. Des mots d’ordre ont été lancé. On sait également que Monsieur de Picherasle a rencontré avant le premier tour Monsieur Gayrerrat, mais… cette rencontre ne fut pas douée d’effet, puisque « le vert galant » a rejoint la coalition hétéroclite de Monsieur Maidevet, que l’on sait de longue date un ennemi de l’ancien bourgmestre.
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Nous avions rendez-vous avec Maître Pezest, voici une semaine, pour un repas et un entretien qui nous aurait permis d’en savoir plus sur son avenir, mais nos lecteurs resteront sur leur faim. Car d’entretien, il n’y eut point, hélas ! Maître Pezest, affairé, n’est pas venu au rendez-vous : il nous avertit tardivement par un de ces petits messages téléphoniques qui font la joie des adolescents et le bonheur des compagnies de téléphone. Maître Pezest était en audience, et son dossier n’était pas encore passé. Nous devions nous revoir, mais sans doute trop occupé par ses affaires de justice, Maître Pezest reste injoignable. On se félicitera donc des bonnes affaires de justice de cet avocat de renom : même après avoir perdu la vice-présidence du Conseil de Département, même après s’être retiré du second tour des élections échevinales de 1908, Maître Pezest reste l’homme efficace et distingué, occupé, que l’on a toujours connu à Marseille – et maintenant un peu plus à Plassans.
Notre document : "Au café "L'Alésia", on a attendu longtemps, ce lundi midi, le distingué Maître Pezest. Mais l'avocat était encore au tribunal. L'été ne donne pas de trêve aux hommes de bonne volonté. Ce qu'il fait pour la justice, Maître Pezest pourra le faire pour Plassans ! Rendez-vous en 1914 ?"
On nous a soufflé – toutefois cela restait à confirmer – que, Michel Pezest était revenu dans les bonnes grâces du Président Gueyriny, et que ce dernier lui avait confié une importante mission d’ordre culturelle – un domaine dans lequel excelle le doué avocat. Il s’agirait d’une mission concernant l’exposition universelle de 1913, basée sur Marseille capitale universelle de la Culture. Nous devons aussi à la vérité de rapporter les propos d’un proche de Maître Pezest qui nous assure aujourd’hui qu’après la défaite de Monsieur Maidevet, Michel Pezest conserve toutes ses chances pour l’élection de 1914, en candidat adoubé par le Parti Socialiste, cette fois.
Espérons qu’il ne sera pas, cette fois, en retard à ce nouveau rendez-vous de l’Histoire.
08:45 Publié dans Pique-nique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : avocat, affaires, conseil général, conseil échevinal, bourgmestre, maire, marseille, culture, balzacien

















