19.10.2009
Éternels recours
« Les nouvelles du jour telles qu’elles étaient rapportées dans les gazettes étaient discutées avec une spéciale vigilance d’examen. En ce qui regardait tout récit auquel il manquait date de temps ou origine de lieu, quelque plausible qu’il puisse paraître, Kant se montrait toujours inexorablement sceptique et le tenait comme indigne d’être raconté. »
Thomas de Quincey, Les derniers jours d’Emmanuel Kant
Notre document : "Après l'été indien arrivent les premiers frimas électoraux en pays de Plassans..."
L’actualité politique en pays de Plassans semble morne et terne, en cet automne tardif. C’est ce que pourrait croire le non-initié aux arcanes politiques de « la belle aux eaux crépitantes », s’il ne lisait que les feuilles locales et les blocs-notes des anciens politiciens. Pour preuve : dans son bloc-notes, même Monsieur de Castreneuf, que l’on a connu plus combatif, se borne aujourd’hui à commenter des daguerréotypes qu’il réalise lui-même de travaux qui ont lieu aux Tulettes, près de l’hôpital psychiatrique. Beaucoup d’ « observateurs de la vie politique », comme on dit dans les journaux nationaux, se contentent, eux, d’attendre d’hypothétiques rebondissements en recours, qui ont fini par lasser les Plassanais les plus politiquement acharnés, jusqu’à la Marquise elle-même – que l’on dit fort lasse de toutes ces élections successives auxquelles elle a fort imprudemment pris part, et qui l’ont conduit à accumuler des responsabilités fort nombreuses, dont on lui fait grief jusqu’à Paris.
Pourtant, l’heure est au combat politique le plus ardent : les préparatifs vont bon train, dans tous les camps : les élections régionales se préparent, ainsi qu’un découpage de la carte électorale, qui est à l’oeuvre, dont même « Le Petit Provençal » relève les incongruités. Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de se reporter à l’édition de ce quotidien pour s’informer des détails de cette opération de loisir créatif politique.
Notre document : "Confits sociaux aux Postes et télécommunications. À la Poste centrale de Plassans en grève, il était récemment impossible de retirer son salaire, le service minimum étant réduit à peau de chagrin. Les politiques locaux restent étrangement muets devant ces avalanches de problèmes. Seul Monsieur de Castreneuf semble prendre clairement position pour le maintien de la Poste dans le Service Public. Mais sans doute n'a-t-il jamais connu de postière revêche ?"
Nous avions rencontré Monsieur de Gensanat, pendant la dernière campagne échevinale, qui nous avait alors éclairé sur cette problématique. Il nous est apparu utile, quelques semaines plus tard, de rendre publiques les propos échangés avec ce fin politicien. On l’avait beaucoup accusé de virevolter, de parti en parti, de changer d’étiquette, pour finalement n’être nulle part. Le sémillant conseiller général, avant même d’expliquer la nouvelle carte électorale, s’en défendit : il était dans une logique… parfaitement logique. À l’échelle du Royaume, l’ancienne UDF (Union des Francs) s’était ralliée majoritairement à l’UMP (Union pour la Majorité du Prince), et non au Modème de Monsieur de Bailleroux. C’est tout naturellement que Monsieur de Gensanat avait rejoint, dans la petite foulée, les rangs de l’UMP, puis du Nouveau Mitan, le parti créé pour remplacer l’UDF, quand il est apparu que le Mystère des Voix Centristes, un peu trop rapidement oublié, devait opérer de nouveau dans l’alchimie des urnes.
Notre document : "Notre reporter prépare son entretien avec Monsieur de Gensanat dans un café du Cours Mirabelle où le fringant conseiller général a ses habitudes."
Monsieur de Gensanat a ensuite été auréolé d’une certaine gloire : celle de se voir adouber par Monsieur Maurin, ministre de la Guerre. Tout naturellement oint de cette protection capitale, Monsieur de Gensanat est devenu le chef de fiel de ce nouveau parti de Mitan.
Il fallait ensuite convaincre Madame de Joie-Ceinte du soutien authentique de Monsieur de Gensanat. Elle avait déjà dans ses rangs des membres (déjà) anciens et nouveau du Nouveau Mitan, comme Monsieur Bambin et Monsieur de Carat, mais la Marquise voyait toujours d’un mauvais œil l’arrivée dans la campagne de juillet de Monsieur de Gensanat. Elle avait souvenance que le politicien avait été fort virulent contre elle les années précédentes et avait participé à la liste de Monsieur de Peresty en 1908.
Notre document (reconstitution) : "LA MARQUISE - Ah, Monsieur de Gensanat, nous ne vous haïssons point ! Nous revenez-nous fidèle ?
"MONSIEUR DE GENSANAT -Madame la Marquise, si vous me permettez, j'ai toujours été fidèle à ma famille politique. C'est tout naturellement que je vous reviens.
"LA MARQUISE - Cela est bel et bon. Nous comptons sur vous et vous pourrez compter sur nous : régionales et législatives vous seront acquises, sous les auspices du Ministre MAURIN. Mais le plus dur reste à faire : il faut reconquérir Plassans..."
Un accord devait être trouvé entre Monsieur de Gensanat et les fidèles de Madame de Joie-Ceinte pour apaiser les esprits et permettre à la Marquise de remporter la victoire de 1908, injustement volée, en juillet 1909. Un accord, demandé par Monsieur Maurin, et accepté par la Marquise. Des documents furent même signés qui indiquèrent que la guerre était finie, et qu’il était temps pour Monsieur de Gensanat de rejoindre sa famille politique de toujours. En échange de son soutien inconditionnel, Monsieur de Gensanat était candidat sur la liste des régionales emmenée par Monsieur Falcaud – qui plus est, dans une position éligible. Qui sait ce qu’il en est aujourd’hui que les têtes de liste ont changé ? L’accord était assorti d’une autre promesse, qui fait intervenir le fameux découpage électoral, si mal compris par certains esprits fâcheux.
Notre document : "L'accord a enfin été trouvé entre le toujours stylé Monsieur de Gensanat et les fidèles de la Marquise. Le combat peut reprendre. Les joutes futures sont d'ores et déjà établies. La reconquête de la région commence par Plassans."
Mais à l’époque, cela était clair, bel et bon. La reconquête de la région, après celle de Plassans, allait se faire avec Monsieur de Gensanat. Sa popularité faisait espérer en effet au Parti majoritaire un apport de voix indispensable.
C’est là que vient jouer le redécoupage électoral, que Monsieur de Gensanat nous expliqua fort clairement. Dans l’accord qui le liait désormais avec la Marquise (dont nos lecteurs savent aujourd’hui qu’elle a justement reconquis Plassans), il y avait la promesse d’une circonscription législative : Monsieur de Gensanat allait devenir député à la Chambre !
Mais pour cela, il fallait encore créer une nouvelle circonscription. Marseille et le département entier donnent à la France huit députés (dont la Marquise). Mais Marseille est surreprésentée dans ce découpage. Ce problème de représentativité, dont les experts discutent aujourd’hui, a pour conséquence de supprimer une circonscription à Marseille pour en créer une huitième en Pays de Plassans - mais pas avant 1912. Cette circonscription irait du Château de Ventabren à la Ville de Nostradamus.
Notre document : "Giberne, le fameux garde-champêtre en retraite président d'association, n'a guère compris le principe du redécoupage électoral. Peu lui chaut. Il lui suffit de comprendre qu'il y a de nouvelles élections et de nouvelles opportunités à saisir aux cheveux. Dès octobre, il bat le rappel de ses troupes pour les prochaines élections. Il compte, avec son association, se rendre utile au plus offrant. Mais qui soutenir ? C'est là l'éternel problème pour ce bon Giberne. Fidèle à son habitude, tel les carabiniers d'Offenbach, il risque encore d'arriver après la tempête..."
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Les fâcheux et les détracteurs de Monsieur de Gensanat – il y en a encore malgré le (ou à cause du) succès de la Marquise – ne décolèrent pas. D’abord en s’en prenant au découpage électoral, qu’ils disent favorable aux force majoritaires actuelles. Ensuite en prétendant que l’accord de juillet 1909 ne sera pas respecté, ni aux régionales et encore moins aux législatives.
L’avenir seul nous dira si le toujours sémillant conseiller général Monsieur de Gensanat aura les combats politiques que lui ont ouvert ses soutiens inattendus mais logiques à la Marquise de Joie-Ceinte, au cours de la joute de l’été 1909.
Monsieur de Falcaud a jeté l’éponge pour les élections régionales – ce qui a rendu sa Majesté furieuse, qui ne décolère pas – et la donne pourrait changer de ce côté-là.
Notre document : "Une nouvelle élections échevinale en 1910 ? Les urnes sont déjà pleines, selon les méchants dires de revanchards radicaux-socialistes. Cela ne se peut pas, bien évidemment."
La Marquise, de son côté, n’est pas à l’abri d’une nouvelle annulation de ses élections. Certains la nomment aujourd’hui « l’éternel recours ». Il fut un temps question, malgré cette même épée de Damoclès, à nouveau sur sa tête, de la propulser en tête de liste des élections régionales du parti du Roi, mais la Marquise après de nombreuses tergiversations, à préféré soutenir Monsieur de Marillagny. Il s’avère aujourd’hui qu’elle a eu raison, puisque Sa Majesté a choisi Monsieur de Marillagny pour reprendre la région des mains des radicaux-socialistes, devant l’abandon de Monsieur de Falcaud.
Si la Marquise voyait son élection de 1909 annulée à son tour, quelle serait la suite ? Une nouvelle élection en 1910, dans le même temps que ces fameuses élections régionales ? La Marquise, épuisée, repartirait-elle au combat ? Ou laisserait-elle la place à Monsieur Bramoulay ? Une rumeur, de plus en plus insistante, dit en effet qu’il lui succèdera en attendant la reprise de la ville par Sophie de Joie-Ceinte. Ces annulations prévisibles auront-elles une conséquence sur les élections régionales ? Et par là sur le redécoupage et les élections législatives de 1912 ?
On voit que l’avenir reste toujours incertain. Du côté des farces de progrès, qu’avons-nous ? Monsieur de Voselle, actuel Président de la Région Provence, semble dans une forteresse assiégée. Malgré ses réalisations et ses prises de positions, dont il peut s’enorgueillir, il aura à répondre notamment de problèmes relatifs aux subventions accordées à des associations fantômes, faits découverts l’année dernière et qui devraient quelque peu ternir son armure de blanc chevalier au service des nécessiteux de Provence.
Notre document : "Grande interrogation : Monsieur de Salford sera-t-il sur la liste emmenée par Monsieur de Voselle pour les régionales ? En position éligible ? Où demeurera-t-il le fin observateur de la vie politique plassanaise que les événements ont fait de lui ?"
Monsieur de Voselle prendra-t-il sur sa liste Monsieur de Salford, comme il fut un temps question pendant la campagne des élections échevinales partielles de l’été 1909 ? Ou bien n'était-ce que méchante rumeur dissipée par les partisans de la Marquise en juillet ? C’est une des questions de cette élection nouvelle qui, on le voit, fera la part belle à Plassans – tout en concernant l’entièreté de la Région.
Notre document : "L'AGENT - Et bien, mon petit, où vas-tu de si bonne heure ?
"LE JEUNE MILITANT - Bigre, Monsieur l'agent, je m'en vais porter la bonne parole du candidat Voselle pour son troisième mandat !
"LA DAME - Ma doué ! Il les prennent au berceau, les militants, maintenant ?"
07:27 Publié dans Philatélie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : élections régionales, provence, plassans, découpage électoral, 1910, marquise, marquisard












Commentaires
En espérant que ces nouvelles plassanaises seront régulièrement alimentées pendant les prochaines joutes électorales qui s'annoncent particulièrement animées !
Ecrit par : Ernest Auguste Vallondol | 20.10.2009
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