02.10.2009

Association de bienfaiteurs

"Il apparut par la suite que ce Lébiadkine, installé chez nous depuis peu, était un personnage des plus louches et n'avait aucun droit au grade de capitaine en retraite dont il se paraît. Il ne savait que friser sa moustache, boire et raconter les histoires les plus stupides qu'on puisse imaginer."
F. Dostoïevski, Les Démons (Trad. de Boris de Schloezer).

 

Les « associations » sont des inventions de fraîche date. Une loi de 1901 en a en effet établi les dispositions, réglementations et limites. Huit ans à peine après le vote de cette loi, quel bilan peut-on tirer de ces officines et de leurs liens avec la politique locale ? À Plassans comme partout ailleurs, les associations, souvent utiles, sont parfois en cheville trop étroite avec les pouvoirs en place (région, département et ville) et les deniers amassés par ces officines servent parfois davantage les intérêts de leurs créateurs et des politiciens qui les soutiennent que le public qu’elles sont censées représenter et défendre. Cela est su de tous, mais curieusement, chacun se tait. Tout le monde semble tirer profit de ce système assez pernicieux. Des associations existent qui aident véritablement leur prochain. D’autres ne sont que des coquilles vides qui aspirent les subventions et dont les liquidités disparaissent au profit d’on ne sait quelle œuvre, comme par hasard avant des élections locales. Des exemples récents sont connus de nos lecteurs : la Région a connu des déboires certains suite à la découverte d’une ce ces coquilles vides. Ces coquillages qui ne rendent pas même le son de la mer existent partout.

 

 

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Notre document : "Principale difficulté pour une jeune association : trouver un local. Sauf quand on peut bénéficier du soutien d'amis sincères et désintéressés... Sur notre document, le président d'une jeune association, garde champêtre en retraite, visite des locaux prêtés par des amis ottomans, qu'il a autrefois connus pour des problèmes de vols d'oies."



Monsieur Zola démontra habilement dans sa fiction La Conquête d’Aix-en-Provence l’ascension intéressée d’un bien curieux personnage, l’Abbé Faujas. Celui-ci, au cours de sa progression parmi les notables aixois, faisait usage de deux cercles destinés à la jeunesse pour obtenir les faveurs des Aixois et de leurs édiles. Ces deux cercles étaient de toute évidence des instruments pour s’attirer les bonnes grâces de ceux qui lui étaient opposés – les « bonnes œuvres » ainsi réalisées apparaissaient, avant l’heure, comme des opérations de marketing – comme on dit en Amérique.
On sait que la ville d’Aix-en-Provence est inventée à partir de notre ville, bien réelle, de Plassans. Mais la description que fait Zola de ces instruments au service de la conquête d’un pouvoir, cette description si amusante et si… glaçante, est édifiante ! Autour de nous, dans la réelle Plassans d’aujourd’hui, certains tentent de fonder des associations, des cercles, à seule fin de se rendre indispensables aux édiles d’abord – et connus des Plassanais ensuite – les Plassanais viennent toujours après dans les calculs politiques – car c’est bien encore ici de politique qu’il s’agit.

Un exemple : un garde-champêtre en retraite, déçu du « marquisisme », n’avait point obtenu fin juillet la place qu’il espérait en battant la campagne aux côtés de la Marquise. Celle-ci s’était émue de ce soutien curieux. Que venait faire ce garde en retraite dans sa galère ? Ancien soutien du Vicomte de Salford, que l’on sait toujours en disgrâce, le retraité portait comme une croix ses ralliements de jadis. En arpentant la rue Joliet, où loge la Marquise, il fût comme Saint Paul sur le chemin de Damas et se convertit au « marquisisme », car le vent avait tourné un peu trop fort et trop vite. Ne l’avait-on pas vu quelques semaines auparavent à un meeting de Monsieur de Bailleroux, invité par Monsieur de Peresty ?

 

 

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Notre document : "Le garde-champêtre en retraite, au fond du trou, part à la recherche de voix pour la Marquise, pendant la campagne de 1909. Que n'a-t-il mis semblable ardeur à la campagne de 1908 ? Obtiendra-t-il réparation pour son honneur perdu et bon poste pour autant ?"


Arrivé chez la Marquise, le garde était déterminé : c’était cette cause qu’il fallait embrasser, absolument. Il renia le Vicomte de Salford trois fois au moins avant que le coq ait chanté. Lorsqu’il sortit de la demeure de la Marquise, raccompagné par le chauffeur d’icelle, le garde était circonspect. La partie n’était pas gagnée.
La Marquise semblait froide à son égard, méfiante – et combien elle avait raison ! Et l’élection n’était pas acquise. Le garde champêtre lui-même ne votait pas à Plassans, il n’y habitait même pas. Mais qu’importe ! Il devait faire tout comme et rallier tous ceux qu’ils pouvaient à la seule cause qui vaille : celle qui pourrait lui faire retrouver une bonne place – à la Compagnie Mixte des Calèches Plassanaises, par exemple.

 

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Notre document : "Malgré tous ses efforts pour les convaincre du contraire, le garde champêtre en retraite était toujours considérés par les amis de la Marquise comme un sous-marin du Vicomte de Salford..."

 

On sait ce qu’il advint : la Marquise gagna, d’un cheveu. Et le plus dur restait à faire à ses soutiens les plus proches : expliquer aux dupes qu’on ne pouvait réaliser les promesses tenues pendant la campagne-éclair. Le garde en retraite, comme tant d’autres, se vit joué. Il avait perdu une bonne occasion de passer des vacances au calme – et n’avait toujours pas retrouvé la place qu’il escomptait, malgré ses efforts de dernière minute. Salford ne voulait sans doute plus entendre parler de lui, et du côté de la Marquise, il apparaissait toujours pour un soutien – voire un sous-marin – de ce fâcheux Vicomte qui avait fait choir la Marquise en juin 1909. Pis, le garde en retraite courait après le Baron Chauraud chaque fois qu’il le voyait, espérant quelque aide de sa part, et le Baron n’avait pas bonne presse auprès des vrais amis de la Marquise – l’alliance du Baron et de Madame de Joie-Ceinte n’était que de façade.

 

 

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Notre document : "Au beau milieu de la tragédie qui la frappa au cours de l'été 1909, la Marquise pouvait toujours compter... sur le soutien de notre garde champêtre en retraite. Bienheureuse consolation. Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis !"


Le garde était joué. Il avait usé son téléphone pendant la campagne, traîné ses guêtres et épuisé son cheval en vaines cavalcades. Comment faire à présent pour revenir en grâce, obtenir place et argent, gloire et célébrité ? C’est que le temps pressait… Il fallait pour cela se rendre indispensable, mais comment ? Susciter l’intérêt et le désir auprès de ces politiques tant admirés ? Comment revenir en grâce ? C’était la phrase qui revenait le plus souvent dans les propos. La nuit, il se retournait sur son matelas, sans réveiller son épouse, et songeait à l’ingrate Marquise. La campagne n’avait point suffit, les gesticulations et les lourdes notes de téléphone non plus. Que faire ?


 

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Notre document : "Ingratitude de la destinée : c'est à cause d'une malheureuse bouteille de liqueur, offerte au Petit Noël des Gendarmes Ruraux, inopportunément trouvée dans son bureau, que notre garde champêtre fut mis en retraite d'office. A cause d'un soutien malheureux au Vicomte, le même garde allait-il encore une fois tout perdre : veau, vache, cochon, couvée ? Cela ne sera pas dit !"


L’idée vint, d’une création d’une officine. Elle devait être destinée à rassembler le maximum de subventions d’abord et de Plassanais ensuite. C’est ce qui germa du cerveau fécond du garde en retraite. L’association – puisque c’était la forme que devait prendre ce « piège à politiques » – devait tout faire, véritablement tout. Sport, œuvres de piété, chorales, arts… rien ne devait échapper au hardi garde champêtre. S’il voulait conquérir Plassans, il lui faudrait être présent sur tous les terrains.
Il battit donc la campagne, de nouveau, seul cette fois, sous la chaleur rude de Provence, tout le mois d’août, pour préparer sa vengeance à deux visages : une association aimable cachant une machine à conquérir.


L’un des objectifs premiers étant d’aider à ravir la mairie de Châteauvieux au bourgmestre actuel pour le compte de Monsieur de Navarrais, riche propriétaire de manèges et de chevaux de traits. On ne sait ce qu’il doit advenir de ce projet. Mais il est véritable. Un objectif secondaire étant de devenir nécessaire, incontournable, pour les prochaines élections en pays de Plassans et, si ce n’est pour soutenir la Marquise, du moins se montrer indispensable au Baron Chauraud – qui sera d’ailleurs l’un des premiers sollicités pour la peine. Le Baron fut-il parrain de cette association si jeune et déjà si importante (du moins dans l’esprit de son créateur) ? Nul ne le sait. Ce que l’on sait, en tout cas, c’est que le gendre du Baron sortit son portefeuille et tira un chèque d’une petite somme (rondelette) pour permettre au garde en retraite de poser les premières pierres de l’officine nouvelle.
L’association, aux objectifs et objets nombreux, fut rapidement surnommée « association kifétou » par ses détracteurs, car, à peine née, sans membre, sans bénévoles, elle entendait véritablement se rendre indispensable dans tous les domaines, et surtout aux puissants de Plassans.

 

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Notre document : " Le comptable au président-garde-champêtre de la jeune association : - Voyez, Président, ceci est votre première lettre recommandée. C'est la rançon du succès : à peine née, votre association recueille déjà les premiers fruits de ses bienfaits : les factures s'accumulent, les impayés, les reconnaissances de dette. Vous irez loin, foi de spécialiste !  "


Les gesticulations du garde président ne devaient que rendre encore plus complexe encore les fins véritables de ce nouveau cercle. Des restaurateurs, qu’il avait arrêtés quand il était encore en service, lui offrirent spontanément un local. D’anciens contacts, qui avaient eu affaire à lui, dans le passé, pour des histoires de police, offrirent également leurs services, devinrent membres de l’officine. Le garde en retraite avait un répertoire fort bien garni par ses activités passées, et l’association montait, petit à petit, par l’apport honnête et désintéressé de toute cette bande de chouettes amis.

 

 

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Notre document : "Pour faire connaître une association, rien ne vaut les bonnes méthodes d'antan : les voleurs de poules de jadis font de très bons membres d'association aujourd'hui... surtout quand on leur rappelle leur passé... Sur notre document : le président-garde-champêtre et ses amis retrouvent un peu de leur jeunesse en battant la campagne à la recherche de membres frais pour leur association de bienfaiteurs."


Mais si l’amitié et le bénévolat sont deux belles choses, le garde en retraite ne perdait pas de vue son ambition première : conquérir Plassans, absolument, et le cœur des élus dont il visait la protection.

 

 

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Notre document : "Le Président-Garde-champêtre : Crrrédieu ! C'est-y pas vrrrai ! Des facturrres ? Déjà ? Et où sont-y, les chèques des membrrres ?
"Le Comptable : Parbleu ! Déjà encaissés, sitôt dépensés ! "


Les dossiers survinrent. Des adversaires internes à la Marquise, connus de longue date, apportèrent du cœur même du pouvoir (tant espéré) des preuves capitales dans un lourds carton aux sangles en souffrance : un dossier sur des factures élevées et troubles du Carnaval de Plassans de 1907. Tout une correspondance, officielle des proches du bourgmestre était étalée là ; des factures, des devis, des courriers vindicatifs. De l’argent avait été englouti, par on ne sait quelle magie. Le garde ne comptait pas faire la lumière là-dessus, mais faire son miel, dans un futur plus ou moins proche, de ces informations précieuses et compromettantes. C’est qu’une idée nouvelle avait – encore ! – germé dans son esprit fécond. Il comptait organiser à lui tout seul le carnaval de 1910. Mais il dut rapidement revoir ses prétentions à la baisse, devant la difficulté de la chose. De ce rêve resta le dossier, sur une étagère vide du bureau prêté par les amis restaurateurs. Tout au plus tenta-t-il de négocier la présence de danseuses exotiques issues du lointain Brésil au prochain Carnaval – qui était toujours chasse gardée...

 

 

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Notre document : "Notre retraité avait, du temps de son activité de garde champêtre, un faible pour le beau sexe. C'est donc tout naturellement que, dans sa tentative maladroite d'annexion du Carnaval de Plassans, il devait (faire) préparer un spectacle de danseuses exotiques."


Les autres projets ne manquaient pas : tournois de sport organisés à la va-vite sur des terrains communaux dont on se demandait qui pouvait bien en louer les services à une association qui vient juste d’éclore ; repas arrosés sous les tonnelles de quelque audacieuse guinguette provençale… Le sport et la culture sortiront certainement grandis de ces opérations où le dindon de la farce sera sans doute le contribuable qui verra des subventions attribuées à des officines de ce type – qui n’aspirent qu’au succès de leurs dirigeants. Où devra conduire cette irrésistible ascension ? À des soutiens inattendus lors de prochaines élections ? Nous verrons bien, mais nous ne manquerons pas de tenir nos lecteurs au courant des déploiements de farce de ces armées des ombres politiciennes que constituent certaines des associations du Pays de Plassans.

 

 

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Notre document : "Des méthodes quelque peu musclées pour convaincre les plus réticents à devenir membres !"

29.07.2009

Quarante-neuvième jour - Histoire des Treize (2)

Dernière minute : au moment où nous mettons sous la presse ce numéro des "Frelons", nous apprenons, dans un communiqué de presse, que les Treize (ainsi que nous avons nommé dans ces colonnes les élus de l'opposition à la Marquise de Joie-Ceinte) ont annoncé la démission de six des leurs de la Communauté du Pays de Plassans. Leur but, par cette manoeuvre politique et médiatique :  refuser ce que monsieur de Castreneuf, dans son bloc-note, appelle "le  coup de force" de la Marquise. On se souvient en effet avec cet auteur que dimanche dernier, lors du Conseil échevinal qui fit tant parler de lui, elle "avait récusé le nom de François-Xavier [De Peresty] et avait ensuite désigné contre [le gré des Treize] un autre élu à sa place.

Ce sont donc quelques brèves, tout de même illustrées, qui, exceptionnellement, viennent aujourd'hui commenter ce fait majeur de l'Histoire politique contemporaine de Plassans - fait sur lequel nous aurons assurément l'occasion de revenir dans nos prochains numéros.


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Notre document : "Préparatifs de noce à la campagne ? Non : simplement le conseil communautaire qui se prépare. Alors qu'on organise à grand train le conseil de la Communauté de Plassans, afin d'y réintégrer, le plus vite possible, les élus plassanais, nouveau coup dur pour la Marquise : six des Treize (opposants) qui avaient été désignés comme conseillers communautaires démissionnent !"

 

 

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Notre document : "Pendant ce temps, la Marquise demeure impassible et continue ses plans pour son voyage prévu dans nos lointains Comptoirs des Indes. La nouvelle reste toujours à confirmer, mais il paraît salutaire à Madame de Joie-Ceinte de se ressourcer après les dures épreuves qu'elle a traversées pendant cette terrible campagne."

 

 

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Notre document : "Bref rappel des faits : dimanche dernier, Madame la Marquise, en plein Conseil échevinal, a vertement tancé Monsieur de Peresty et lui a refusé un poste de conseiller communautaire. Les Treize de l'Opposition s'en sont sentis fort marris et ont quitté le Conseil, précipitamment. Le mardi, ils devaient, par voie de presse, annoncer leur démission du Conseil communautaire.

"Dans les cours d'école, c'est déjà la trêve depuis plusieurs semaines, fort heureusement l'été est bien entamé et les garnements ne se bagarrent plus. Du moins jusqu'à la rentrée."

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet à ses troupes : « Tous unis, démissionnons ! Un seul être nous manque est tout est dépeuplé ! Solidarité avec notre camarade de Peresty ! »"

(À suivre...)

17.07.2009

Trente-septième jour

Quelques jours nous séparent désormais de l’issue du scrutin exceptionnel qui agite tout Plassans. Les pronostics vont bon train et, de la rue des Pausseurs au Cours Mirabelle, chacun veut croire en la victoire.


Pourtant, Monsieur Maidevet, rejoint à présent par les amis de la Nature, a annulé son grand meeting de la semaine. Avait-il peur que les militants socialistes s’empoignent avec ceux du Mitan, ceux du Mitan avec les amoureux de l’environnement ? Le fait est qu’il a préféré ces réunions informelles, « sur le pouce », dans des estaminets tranquilles de Plassans pour porter la bonne parole de sa liste d’union – mais quelle parole, au fait ?
Sans doute aura-t-il suivi l’exemple de Steven Salford, pour cela. On se souvient en effet que le Vicomte de Salford, dans son échoppe de la route du Gars-Lisse - un restaurant « sur le pouce » - préférait  l’atmosphère intime des comptoirs aux grandes assemblées pour propager ses bonnes idées. Le résultat de dimanche dernier fut également… intime. On peut le regretter, sans doute était-ce une « erreur d’appréciation », comme nous l’a assuré un de ses proches au soir du premier tour. Nous pensons, nous, que cela faisait partie de sa stratégie, et que cela suivait l’idéal que M. de Salford s’était fixé.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet a annulé son grand meeting. Sans doute redoutait-il des rixes entre militants des différentes factions qui forment désormais sa liste bigarrée ? Ici, un militant ami de la Nature arrose un militant Modème (reconnaissable à son costume trois-pièces)."


En tout cas, le Vicomte n’a pas longtemps hésité à appeler à "voter futile" pour la liste hétéroclite de Monsieur Maidevet. Dans une bonne feuille du « Petit Provençal », on le voit, accompagné de Monsieur Hagaupiand, ce dernier lui mettant la main sur l’épaule. Geste fort, geste de camarade. On oubliera, pour ce cliché, toutes les méchancetés qu’avait pu dire par le passé Monsieur Hagaupiand sur le compte du pauvre Vicomte. En politique, d’aucuns ont la mémoire courte.

 

 

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Notre document : "C'est dans son fief de la route du Gars-Lisse que le Vicomte de Salford a reçu une bien étonnante visite. Autour d'un bon café arrosé, M. Hagaupiand est en effet venu soutenir M. de Salford dans sa démarche louable d'apport de voix à M. Maidevet."


Certains hommes de gauche regrettent amèrement ce soutien. Monsieur de Salford est en effet homme de droite et si la pilule du ralliement originel au Mitan fut dure à avaler, celle du soutien reconnu et apprécié du Vicomte l’est aujourd’hui encore plus, pour ces militants socialistes convaincus. Qu’est devenu l’idéal de gauche, en effet, dans cette liste sans âme, bigarrée, qui accepte tous les soutiens, pourvu qu’ils soient contre la Marquise de Joie-Ceinte ? Cela ne fait pas un programme, et nombre de socialistes déterminés enragent en silence de voir ainsi leurs belles idées passées sous le boisseau du calcul politicien.

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Notre document : "Au banquet du soir du premier tour, rue des Pausseurs, un jeune militant ingénu laisse échapper sa colère : "Camarades, que sont nos idéaux devenus ? Allons-nous accepter toute la Droite dans nos rangs ? Allons, reprenez-vous !"


Pour prendre la ville les hommes de cette famille politique recomposée sont prêts à tout. Un de nos informateurs nous a en effet assuré – mais cela reste à confirmer – que, dés dimanche soir, le Vicomte de Salford était en contact avec Monsieur Maidevet pour une bien étrange donne.

L’équipe d’union aurait en effet proposé au Vicomte, en échange de ses voix, non pas une place sur la liste définitive qui sortirait du chapeau après fusion-acquisition des amis de la Nature (une place qui lui était impossible) mais… une place de candidat à une autre élection ! On lui aurait (et le conditionnel n’est pas de trop ici, car cela reste à confirmer, tant l’information est surprenante) promis un poste de Conseiller Régional sur la liste que mènera le Président de Région sortant, le socialiste Vosèle ! On comprend que cette information nous ait étonné !

 

 

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Notre document : "La route vers les élections régionales reste encore longue et sera hérissée d'obstacles pour M. de Salford si, comme on nous l'a glissé, il entendait entrer dans le groupe du Président Vosèle."


Mais les hommes politiques sont complexes et calculateurs, quand il s’agit de pouvoir : les élections régionales sont encore loin, et une place sur une liste de premier tour peut devenir une chaise vide sur une liste de second tour – souvenons-nous des grands disparus suite aux fusions-acquisitions avec les amis de la Nature. Ces fusions pourraient devenir monnaie courante, et se systématiser pour les élections de Région.

Mais n’allons pas trop loin dans la prospective – d’autant que notre information est au conditionnel : car nous il paraît en effet impensable que M. de Salford, homme libéral, rejoigne les rangs d’une gauche qui l’a toujours honni.
Mais tout reste possible. Ne parlons-nous pas de politique ? Il paraît que l’effondrement moral de M. de Salford était grand, ce soir-là. Nous l’avons rencontré le lundi, sur la Place de l’Archevêché, et l’homme était effectivement soucieux. Il nous a assuré avoir le moral, car son équipe avait le moral, et le lui transmettait. Mais le poids des gros soucis se lisait sur son visage.

Nous avons dit ici tout le bien que nous pensons de cet homme de lettres. Il est malheureux qu’il ait fait, dès dimanche, l’objet d’un calcul égoïste de la part de ceux qui veulent s’unir contre la Marquise. D’autant que, dans sa propre équipe de soutien, sur sa propre liste, beaucoup n’apprécient pas de voir le Vicomte objet de calculs de la part de la liste d’union Maidevet-de Peresty-Guindet-Gayrerrat.

 

 

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Notre document  : "Le combat va être rude, dimanche, comme pour les prochaines régionales. Beaucoup de valeureux tomberont au champ d'horreur de la politique..."

 

Espérons que, au-delà des querelles de personnes, les idées (lesquelles ?) l’emportent pour que Plassans, qui est, rappelons-le, l’objet de ces élections inaccoutumées, puisse sortir grandie de cette aventure. Mais dans ce combat de personnes, au vu des gesticulations de fontaine des uns, des propos des autres, et de la défense de l’infortunée à qui on a ravi l’Hôtel de Ville, il n’y ait guère de place pour des idées.

10.07.2009

Trentième jour - L’impossible Monsieur Maidevet

« La grandeur d’âme est un instinct élevé qui porte les hommes au grand, de quelque nature qu’il soit, mais qui les tourne au bien ou au mal, selon leurs passions, leurs lumières, leur éducation, leur fortune, etc. Égale à tout ce qu’il y a sur terre de plus élevé, tantôt elle cherche à soumettre par toutes sortes d’efforts ou d’artifices les choses humaines à elle, et tantôt, dédaignant ces choses, elle s’y soumet elle-même sans que sa soumission l’abaisse : pleine de sa propre grandeur, elle s’y repose en secret, contente de se posséder. Qu’elle est belle, quand la vertu dirige tous ses mouvements ! mais qu’elle est dangereuse alors qu’elle se soustrait à la règle ! »
Marquis de Vauvenargues

 

"L'habileté de l'ouvrier apparaît chétive devant la science prodigieuse, les énormes forces naturelles, la grandeur du travail social incorporées au système mécanique, qui constituent la puissance du Maître."

Karl Marx, Le Capital, IVe section, La grande industrie, XV, IV.


Ce caillou dans la chaussure des soutiens, même socialistes, de Monsieur Maidevet : comment expliquer aux Plassanais le métier de Monsieur Maidevet ?
La chose n’est pas aisée, ses soutiens mêmes sont un peu face à son activité professionnelle comme une poule devant un couteau. Quel est le métier de Monsieur Maidevet ? Difficile question, pour qui connaît la réponse, peu facile à détailler. Non pas que le métier de Monsieur Maidevet soit ingrat, ou peu louable – il est au contraire fort respectable. Mais il reste difficile à expliciter.

Madame la Marquise fut avocate, l’affaire est entendue. Elle se présente même comme l’avocate des pauvres. Maître Pezest est également un ténor du barreau et leurs succès furent nombreux – ils plaidèrent même ensemble, à l’occasion, m’a-t-on soufflé. Monsieur de Salford est toujours un homme d’affaires redoutable, efficace, et un professeur de sciences politiques – certainement. Monsieur Gayrerrat est technicien d'étranges lucarnes, Monsieur de Peresty enseigne la philosophie, on peut le voir parfois discuter de Spinoza, même avec des élus… Mais lobbyiste n’est pas un métier. En tout cas, pas pour le Plassanais « moyen ». Car voilà, Monsieur Maidevet, avocat d’affaire, fait œuvre de lobbying. Le mot est récent, anglais, et sonne mal aux oreilles françaises. Il fait penser à un groupe de pression.
Difficile en effet d’expliquer simplement à quoi œuvre le cabinet de Monsieur Maidevet, Réseau E.S.L., au citoyen du Mas de Bouffant. Déjà l’acronyme, devenu à la mode, est obscur. Mais la raison d’être de ce cabinet, le lobbying, est une notion étrangère au Plassanais moyen.

 

 

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Notre document : "Un salarié d'une des firmes clientes du cabinet d'affaires de Monsieur Maidevet. Ce jeune prolétaire songe, en regardant le fruit de son travail, aux prochaines échéances électorales. Il ignore qu'il votera pour le même qui encouragea peut-être son patron à réaliser un plan social."


Le dictionnaire de l’Académie française, toujours précieux, nous donne la définition suivante :
LOBBY n. m. (pl. Lobbys ou Lobbies). XIXe siècle. Mot de l’anglais des États-Unis signifiant initialement « antichambre, couloir, vestibule d'un hôtel ou d'une assemblée », et qui a pris le sens de « groupe d'influence soutenant une cause, une catégorie d'intérêts ». Syn. de Groupe de pression (voir Groupe). L'influence des lobbys sur les assemblées parlementaires. On préfèrera au dérivé Lobbying les expressions Manœuvres de couloir, travail d'influence.

Édifiante lecture. « Manœuvres de couloir » est une expression un peu connotée, on lui préférera « travail d’influence ». Mais souvenons-nous de cette définition imparable et de référence lorsque nous rencontrerons un électeur de Plassans pour lui expliquer le métier de Monsieur Maidevet.
Il est plus difficile de retenir cette explication seule pour l’électeur de gauche et le soutien socialiste. Comment en effet expliquer à l’électeur de gauche que Monsieur Maidevet, dans les conseils, le travail d’influence, qu’il donne aux entreprises clientes de son cabinet, peut être conduit à faire quelques entorses à la doctrine socialiste qui anime pourtant sa vie politique ?
C’est qu’il faudrait expliquer que parfois, certaines entreprises sont contraintes de faire des choix économiques cruciaux et que, pour rendre leur activité plus rémunératrice, plus efficace, il faut parfois conseiller de faire ce que l’on appelle pudiquement un plan social, id est licencier du personnel, sans autre raison que de comptabilité et de rentabilité. En ces temps de crise, il faudrait pouvoir se rendre compte de toutes les décisions et des bons conseils que Monsieur Maidevet donne contre espèces sonnantes et trébuchantes à ses clients, et trier le bon grain socialiste de l’ivraie terriblement matérialiste parmi lesdits conseils.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet (haut de forme) visite une de ses entreprises clientes. À ses côtés, un prolétaire (casquette) et un contremaître (chapeau melon). "

 

Si dans le métier de Monsieur Maidevet entre la possibilité de conseiller à ses clients d’organiser des plans sociaux, pour assurer leur rentabilité, et qu’ensuite en tant qu’élu, le même Monsieur Maidevet, au sein du parti socialiste dénonce les plans sociaux et lutte contre ces vilenies économiques des temps modernes, que doit penser l’électeur Plassanais, qui tient dans ses mains la profession de foi du candidat ? D’autant que le logotype du parti socialiste est maintenant absent de ladite profession de foi ! Que reste-t-il des amours socialistes de jadis aujourd’hui dans les activités de Monsieur Maidevet ? Et que seront les promesses, éminemment sociales, quand demain l’avocat d’affaires sera au pouvoir ? Ses intérêts d’élu ne seront-ils pas en opposition avec ses intérêts de lobbyiste ?

 

 

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Notre document : "Au cours de la présente campagne, Monsieur Maidevet (haut de forme) saisi par un militant de Madame Lecompte (casquette). Ce dernier tente d'inculquer au candide avocat d'affaires les rudiments de la doctrine socialiste. Hélas, le temps presse : la campagne est de courte durée, et l'heure n'est plus à la dialectique, mais à la conquête du pouvoir par les moyens les plus rapides. "


Un seul exemple parviendra sans doute à éclaircir notre pensée. Au sein de son efficace cabinet d’affaire, Monsieur Maidevet a contribué au succès d’une compagnie canadienne, Cuirassier, contre l’entreprise française Hallestome, dans un fructueux marché public, celui de la compagnie des trains régionaux de l’Ile-de-France. On ne peut que tirer son chapeau devant la capacité de Monsieur Maidevet, avec ses collègues de travail, à réussir de telles prouesses que l’on peut résumer de la manière suivante : permettre la conquête de marchés publics français à des compagnies étrangères et rechercher des sociétés françaises en difficulté pour le rachat par des sociétés étrangères.
Je crois que l’on peut parler, ici, de fortune anonyme et vagabonde et on peut regretter que l’intelligence économique française se borne à entretenir le commerce de l’étranger, assurément.

Il est vrai que jamais l’adage n’aura été aussi bien adapté que dans cet admirable cas de figure de la science économique : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. »

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Notre document : "Monsieur Maidevet dans les eaux glacées du calcul égoïste."

09.06.2009

Premier jour - Annulation des élections

Qui ne connaît Plassans ? La "belle aux eaux crépitantes" a été popularisée par des feuilletons de mon confrère Zola, qui y a vécu et s'en est inspiré pour créer la ville imaginaire d'Aix-en-Provence dans ses romans La Conquête d'Aix-en-Provence, Le Docteur Pascal, ou La Fortune des Rougon. Plassans est également célèbre dans l’Europe entière pour ses calironds, délicieuses friandises de pâte de melon confit et d’amandes broyées, nappées de glace royale. Plassans est aussi renommée pour son goût de l’art lyrique et des récits en estampes – auxquels j’ai, pour ma part, la faiblesse de préférer l’opérette, genre résolument moderne honteusement délaissé par les pouvoirs publics depuis bien des décennies. Mais voici que je perds déjà le fil de ma pensée – et mon lecteur avec.


Plassans est surtout une ville qui a traversé l’Histoire de la Provence. Des Comtes, des Rois, des Maires s’y sont succédé, des campagnes, des batailles, des épidémies et de bien nombreux fléaux politiques… La liste serait trop longue et ce n’est pas encore le lieu ni le moment de faire une leçon d’Histoire de cette Ville vénérable.
Plassans est tristement connue dans toute la France, et jusque dans certaines contrées d’Europe, pour ses particularités politiques. Plus que partout ailleurs, les édiles de ce pays se livrent à de curieuses et violentes joutes électorales, qui reviennent à intervalles réguliers, comme la grippe ou le mildiou, et finissent immanquablement par diviser les citoyens, médusés devant tant de bassesses et de querelles étalées sur la place publique et les premières pages des quotidiens.


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Notre document : "Entre deux élections, Plassans est tout de même une cité riante où les enfants, innocents électeurs de demain,  peuvent prendre le temps de contempler les beautés du patrimoine millénaire de l'ancienne co-capitale de Provence (ici le massif de Sainte-Victoire, rendu célèbre par les peintures modernes de l'artiste Cézanne)."


Pendant ces luttes que l’on dit démocratiques, le bon peuple souverain, appelé aux urnes et à l’arbitrage de ces improbables règlements de comptes, assiste impuissant à de multiples batailles rangées d’états-majors. Ces élections s’achèvent souvent dans un joyeux désordre et n’apportent pas grand-chose, in fine, à la ville elle-même – excepté de multiples et successives défigurations urbatecturales, qui en font, en 1909, au moment où j’écris ces lignes, une ville de bric et de broc à laquelle le dernier bourgmestre en date, la Marquise de Joie-Ceinte, aura désespérément tenté de redonner noble figure.

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Notre document : "A Plassans, les enfants s'enfuient lorsqu'ils rencontrent un homme politique en campagne. Ici, deux écoliers se réfugient dans les hauteurs d'un platane face à un candidat de la droite modérée (oxymore) qui souhaitait leur distribuer un tract."


Mais venons-en à l’actualité la plus brûlante, celle qui a conduit la revue « Les Frelons », que j’ai l’honneur de diriger, à commander cette chronique de nouvelles élections. Celles de mars 1908, qui avaient vu la victoire de la Marquise de Joie-Ceinte, ont en effet été annulées par le Conseil d’Etat. De nombreux recours, déposés par l’ancien échevin de la Marquise, le Vicomte de Salford, ont finalement porté leurs fruits, et les élections désignant le bourgmestre de Plassans ont été tout simplement annulées, un an et mèche après avoir été gagnée haut la main par la Marquise.

 

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Notre document : Un de ses fidèles lieutenants présente à l'ancien élu Steven Salford, pendant la campagne de 1908, l'un des tracts qui offense gravement son honneur. Pour lui, pas de doute : le coup bas provient des fidèles de la Marquise. Il faut contre-attaquer, mais comment ? Ce n'est qu'après la défaite que viendra l'idée de déposer un recours. Le plus vite possible !


Le Conseil, autorité supérieur, a estimé dans un arrêt rendu public en ce triste jour de juin 1909, que des attaques avaient été dirigées contre le candidat malheureux aux élections de 1908, François de Peresty, conduisant la liste « Filiation Plassans ».
Ces attaques, sous forme de libelles chantées dans les tavernes de la ville, propagées par des tracts, des petits placards insidieusement disséminés à travers la ville, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent. Il y avait dans ces écrits et ces modernes mazarinades des propos et des insinuations d’une nature et d’une gravité peu admissibles.
Pour le Conseil, ces attaques, courageusement anonymes, selon la coutume locale, ont constitué une manœuvre qu’il n’a pu être possible de mettre de côté. Selon les sages du Conseil de l’Etat, les chansons et les textes mordants propagés dans la ville on été de nature à fausser le résultat du scrutin de 1908.



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Notre document : "De jeunes âmes de Plassans découvrent pendant la campagne de 1908 l'odieux tract mettant en cause l'honneur du Vicomte de Salford. Effarement dans la bonne société de la ville. Qui a pu produire d'aussi odieuses calomnies ?"


Plassans, notre bonne ville, en ce 8 juin 1909, aura donc connu la quatrième annulation de l'élection du bourgmestre de son histoire récente. D’après les textes de loi, il sera signifié à la Marquise de Joie-Ceinte, dans la semaine, la fin prématurée de son mandat. Un collège échevinal, mandé par le Préfet de Marseille, viendra prendre les clefs et le contrôle de la Ville, qui sera sous sa tutelle. Le collège de sages qui dirigera ensuite les affaires courantes, en l’absence de bourgmestre légalement élu, ne remettra les clefs et les pouvoirs qu’au nouveau bourgmestre, qui sera désigné après une courte campagne par le vote populaire, lors de nouvelles élections qui auront lieu d'ici trois mois, probablement en septembre. La Marquise de Joie-Ceinte a d’ores et déjà diligenté une enquête auprès des Cours de pays d’Europe alliés, car la manœuvre lui semble politique, et non juridique. Il semblerait que des ennemis de la République se soient insinué dans le collège du Conseil d’Etat, à seule fin de la contraindre à abandonner son poste. C’est tout une région qui est à la dérive, un gigantesque bateau devenu sans maître.

 

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Notre document : "La Marquise de Joie-Ceinte (à droite), en conseil de famille, reçoit de l'Huissier de l'Hôtel de Ville la terrible nouvelle : les élections qui l'ont consacrée en 1908 sont annulées par décision du Conseil d'Etat. Le poids des gros soucis se lit sur le visage de la famille de Joie-Ceinte. Mais la Marquise est impassible : la guerre contre les méchants, les revanchards et les jaloux doit reprendre. Dès demain."



La procédure en révocation de l'ancien adjoint d’origine galloise, Salford, qui a conduit à cette annulation, est nommé, comme nous l’avons dit, un « recours ». Nous reviendrons, dans ces colonnes, sur les événements de 1908 qui ont conduit à cette procédure et à l’annulation qui frappe aujourd’hui le paysage politique de Plassans. Toute la ville est dès ce matin sous le choc de la nouvelle, car notre bourgmestre avait remarquablement oeuvré pour la Ville et son départ prématuré, signe des temps, ôte un grand espoir de prospérité et d’affaires, car, sans le bourgmestre et les membres de son conseil échevinal, ce sont bien des projets qui tombent à l’eau et ne pourront sans doute pas être remontés.

Les nouvelles élections, qui devront se tenir dans un délai de trois mois, s'annoncent déjà mouvementées. (A suivre...)

 

 

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Notre document : "Après le camouflet infligé par le Conseil dEtat, la Marquise s'en remet à de plus hautes instances pour faire valoir son bon droit et demander la grâce d'une réelection triomphale bien méritée. Sera-t-elle entendue ? Car les menaces, nombreuses, planent sur Plassans et l'ennemi est toujours à l'affût de la moindre de ses faiblesses, au loin..."