06.07.2009
Vingt-septième jour
Quelques nouvelles brèves des opposants à Madame la Marquise de Joie-Ceinte, relevées dans les rues de Plassans, dans les discussions de buffet, les estaminets, les places, par de nombreux espions, soutiens, pique-assiettes ou candides candidats… Les modestes citoyens, dont certains parfois nous lisent, déboussolés par cette campagne-éclair, ne pourront que sourire ou rager des anecdotes que nous citons et qui en disent long sur les mœurs politiques de notre temps, décidément bien triste.
Notre document : "Des candidats issus de la liste de Madame de Joie-Ceinte à la chasse aux voix dans un quartier excentré de la ville. La tâche est d'autant plus difficile que la température est parfois beaucoup plus élevée dans les banlieues qu'au centre ville, en raison d'une curiosité climatique, hélas encore mal comprise par les élus locaux. "
Parmi les rangs de Monsieur Maidevet, la bataille fait rage… pour savoir qui va gouverner la Communauté du Pays de Plassans ! En effet, Monsieur Maidevet est dans l’obligation de donner quelque chose à Monsieur de Guindet ou au Professeur de Peresty. On ne peut imaginer que ces personnages se soient alliés à lui sans contrepartie. Mais la Communauté du Pays de Plassans ne connaît qu’un Président : la question est donc de savoir qui d’André de Guindet ou de François-Xavier de Peresty obtiendra cette lourde et noble charge. Sans doute le plus valeureux des deux. Mais… le mystère demeure entier, car les fusions sont inévitables au second tour, et MM. De Guindet comme de Peresty risquent fort de dégringoler dans le classement, au profit de nouveaux venus qui viendront sans doute ajouter leurs voix à celles (déjà discordantes) de celles que pourra rassembler, malgré les pertes prévisibles, notre trio de choc.
Notre document : "Les questions fondamentales au coeur de la campagne socialiste : l'épineux problème du positionnement des candidats sur les listes. Deux militants socialistes, autour de l'ancien champ de courses, se font l'écho de nouvelles variations dans les listes de fusion du second tour... Les pronostics vont bon train. "
Ces nouveaux venus sont évidemment la Gauche de la Gauche, et le Groupe Vert, habitués aux compromissions d’usage lors des alliances politiques de jadis. Mais il y a deux inconnues à cette campagne : le chiffon orange de la présence du Modème, organe du Mitan considéré comme affreusement de droite par beaucoup des soutiens de M. Maidevet, et la présence décidément encombrante pour beaucoup de M. de Salford.
Il faut compter en effet avec Monsieur de Salford dont le résultat pourrait marquer la surprise. Même s’il s’en défend, M. de Salford est déjà courtisé ou en attente de l’être, par les uns et les autres. Le divorce d’avec Madame de Joie-Ceinte semble définitivement consommé, tant M. de Salford se répand en critiques (appelées aussi vilenies par certains). Pour ce qui concerne le second tour, M. de Salford s’annonce déjà très gourmand – des bruits courent qu’une fois élu, le Vicomte en effet se voit déjà habilité à faire régner la justice et à « couper des têtes » à la Communauté. Dans un de ses billets, dont il a le secret, Monsieur de Castreneuf, radical socialiste à la verve bien connue, n’hésite pas à écrire que personne ne veut s’allier à M. de Salford. « À moins qu’au soir du premier tour un désastre des oppositions soit tel qu’une seule nuit de calcul et de reniement suffise aux têtes de liste pour lui trouver soudain des vertus insoupçonnées. » Fort belle phrase dont nous sommes jaloux ici, à la rédaction des « Frelons » et que nous aurions aimé pouvoir imaginer, sinon écrire. Elle résume à elle seule tous les calculs que les politiques sont capables d’imaginer, les alliances de circonstances et les désaveux de lignes de gouvernance que les mêmes hommes publics peuvent prendre, pour obtenir le pouvoir, au détriment des idées… et des idéaux. Qu’elles sont loin les batailles d’hier pour la démocratie, les idées, et le respect du peuple !
Notre document : "Certains retournent régulièrement leur veste ; d'autres en sont au stade de retourner leur pantalon. Ici, un candidat (non déterminé) analyse toutes les possibilités de ralliement au second tour."
Les pronostics et les calculs vont donc bon train chez les socialistes rejoints par le Mitan, et les présentes élections semblent devenues une partie de chevaux, dans les quartiers généraux des opposants à la Marquise. On a pu voir que d’importants calculs étaient actuellement à l’étude dans l’Atelier de MM. Maidevet, Guindet et de Peresty, pour les positions, les rangs, les fusions à venir. – fusions, acquisitions, que par son métier Alexandre Maidevet connaît bien…
Notre document : "M. Hagaupiand ne décolère pas : où se retrouvera-t-il suite aux fusions du second tour. Déjà que la fusion-acquisition du premier tour avec la liste Modème l'a renvoyé au plus bas de la liste Maidevet-de Peresty, il risque de tout perdre au second avec une position inéligible !
Monsieur Hagaupiand, lui aussi, fulmine, tempête. Il sait en effet qu’il va reculer entre les deux tours, dans son rang sur la liste d’union. Ce personnage jadis d’importance attend les résultats du 12 juillet 1909 et surtout les tractations du 13 avec une vive inquiétude. Contraint de reculer, où va-t-il se retrouver ? En se retrouvant trop loin, il risque de ne pas se trouver en position éligible et… de ne plus siéger au Conseil échevinal. Et sans siège au Conseil, pas de chance d’être élu au Conseil Communautaire, ni d’en redevenir un des vice-présidents, comme naguère ! Tout une stratégie politique au service des Plassanais risque ainsi de se trouver anéantie, par le jeu des chiffres, pronostics et calculs de positions ! Maudite statistique ! Mais les gens bien informés (et il s’en trouve dans tous les camps) l’assurent : il n’est pas dit que les édiles de la Communauté qui y siègent encore aient à nouveau inclination de voir M. Hagaupiand revenir parmi eux. Pour nombre d’entre eux, il n’en est plus question. Quant à Madame la Marquise, peut-être n’aura-t-elle plus le caprice, comme jadis, de vouloir l’ouverture et de redonner la charge à un M. Hagaupiand qui aurait tant déplu, aux uns comme aux autres. La messe semble donc dite pour le bon Monsieur Hagaupiand, pour son camp comme pour ses rivaux.
Notre document : "La vice-présidence Hagaupiand montrée du doigt par ses collatéraux du Parti Socialiste. Nombre d'édiles locaux ne le souhaitent plus à leurs côtés à la Communauté du Pays de Plassans. Pourtant, l'homme y a brillé."
Nous avons rencontré un édile qui nous a fait bien rire en nous contant une plaisanterie. Celle-ci mérite d’être intégralement reprise, même s’il s’agit sans doute d’une rêverie amusante. Le groupe Vert aurait été confronté il y a peu de jours à un premier problème. On sait Monsieur Gayrerrat défenseur de la langue d’oc. La juge Eve Hageauly, récemment élue au Parlement d’Europe, est attendue à Plassans pour un grand raout en faveur de la liste du Groupe Vert – dans le but de renouveler au local les succès des précédentes élections européennes. Les soutiens de M. Gayrrerat se sont rapidement trouvés confrontés à un épineux problème : le bonhomme va-t-il parler en français ou en occitan ? Venue spécialement de ses nouvelles terres de Bruxelles pour entendre le représentant Vert de Plassans, la juge Hageauly aura-t-elle la surprise de découvrir un occitan pur souche lui parler dans sa belle mais peu compréhensible langue d’oc pour l’occasion ? S’il renonce à défendre cette fois sa chère langue natale, M. Gayrerrat aura-t-il d’ailleurs un discours écrit en français, ou bien ses soutiens lui auront-ils préparé un discours écrit en phonétique, cette discipline récente amenée à résoudre bien des problèmes de langage entre les pays ?
Notre document : "Eve Hageauly attendue de pied ferme, mais avec une certaine inquiétude, par les Verts Plassanais. Ici, le navire scandinave spécialement affrêté d'Ostende, qui arrive en rade de Marseille. "
La plaisanterie est aisée, me direz-vous, mais elle permet de souligner un plaisant trait de la personnalité de M. Gayrrerat, en même temps qu’une particularité Plassanaise de la liste Verte, qui est bien loin des déclarations d’intention et des projets que les Verts défendent, à l’échelle nationale ou européenne. La ligne de M. Gayrrerat, atypique, est loin de celle des figures nationales des Amoureux de la Nature. S’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, il y a plusieurs Groupements dans la Maison des Verts… et bien malin celui qui devinera ce qu’un conseil échevinal en occitan pourra bien changer au quotidien des Plassanais dans leurs quartiers les plus populaires !
La défense de la Nature peut avoir de bien imprévisibles conséquences. Spectacle touchant : on a pu voir M. de Salford dodeliner et s’endormir, tête sur l’épaule, pendant la présentation tardive du « Pacte naturel » du Docteur Halymit, du sommeil du juste. Ses détracteurs, présents dans l’assemblée (l’écologie ayant bonne presse de nos jours), donnaient deux explications à cette somnolence toute sénatoriale : soit la tournée électorale des estaminets du coin avait été un peu trop arrosée ; soit les émeutes devant le Consulat dont il a la charge, avaient eu raison des dernières forces du jour de M. de Salford. En vérité, ce que les méchantes langues ne reconnaissaient pas, c’est qu’endormi ou non, le Vicomte avait eu in fine l’audace de signer le Pacte – ce que certains de ses opposants se refusent encore aujourd’hui de faire.
Notre document : Monsieur de Salford réveillé en sursaut par une pensée affreuse : faudra-t-il réellement appliquer toutes les conditions du Pacte naturel du bon docteur Halymit ?"
On a peu parlé dans ces pages de l’extrême gauche, qu’il ne faudrait pas tenir pour quantité négligeable, mais… qui pose le problème du traitement d’idées qui ont défrayé la chronique en Angleterre, en Russie et ont conduit à des errements, des tentatives de coups d’état, bref, des violences et du saccage. La gauche de la gauche Plassanaise est très loin (trop loin) du marxisme originaire pour pouvoir tenir la comparaison avec les lignes puissantes de MM. Marx ou Engels. Toutefois, la pensée de ces économistes et philosophes trouvent en Madame Lecompte, en Pays de Plassans, une moderne héritière. Il convient donc d’en parler, ne serait-ce que pour quelques lignes. Madame Lecompte n’est pas une comtesse et n’entend rien partager avec les nobles figures de droite et de gauche que nous avons pu décrire ici. Elle est la tête de liste des Communistes et de l’extrême gauche. Il y a beaucoup et peu à dire sur les partis et programmes qui composent cette liste étonnante. Jadis encore alliée avec Monsieur Maidevet, elle a refusé, avec ses comparses, de faire désormais alliance avec quelqu’un qui est capable de serrer la main de Monsieur de Peresty, qui, tout au Mitan qu’il soit, fait de toute évidence partie de la droite la plus dure et la moins fréquentable – du moins pour la Gauche de la manche gauche de Monsieur Maidevet. Cette manche gauche, qui réserve plus d’un tour, désormais, au pourtant habile Maidevet, se fait discrètement entendre, avec des discours au marxisme franchement édulcoré et tout empreint de pragmatisme.
Notre document : "Le saviez-vous ? Le parc des logements sociaux de la ville de Plassans comprend de charmantes petites datchas à loyer modéré. Qui a dit qu'il y avait une crise du logement social à Plassans ?"
Madame Lecompte, pragmatique, l’est. Selon nos sources, elle serait logée dans le parc social de Plassans, logements habituellement réservés aux plus nécessiteux de nos concitoyens, et aurait changé, en quelques années, trois fois de logements, de charmantes petites datchas sociales en grands appartements tout aussi sociaux. Tout ceci dans un parc social, dont bénéficient tout autant d’anciens élus aujourd’hui sans emploi, sans la moindre vergogne. Quand tant de Plassanais vivent dans le dénuement le plus extrême et sillonnent les bureaux de l’Office Public du Logement Plassanais, à la recherche quasi impossible de logements dignes d’eux, on ne peut que s’interroger sur l’étonnante propension des élus locaux à bénéficier eux-mêmes des avantages qu’ils veulent réserver à leurs concitoyens ! Il est temps que les mœurs changent et que la priorité des aides et des logements sociaux, des subventions et des moyens, soient réellement donnés à ceux qui le méritent – à savoir ceux qui, tous les six ans sont consultés pour donner le pouvoir.
Notre document : "Un peu d'anticipation. En l'an 2000, les élus visiteront les logements sociaux avec les moyens de transport les plus modernes. Ce qui leur permettra une visibilité et un contrôle intégraux de la situation de l'habitat social de la ville dont ils ont la charge."
Des spécialistes de l’œuvre de Nicolas Stavroguine, tels Juste Simard ou Camille Henares, ont pu regretter que l’auteur des Chroniques de Plassans, en milieu de campagne, prête l’oreille à de telles rumeurs, propage ainsi dans sa revue des histoires qui circulaient alors dans Plassans mais donnaient une piètre image de la politique d’alors. Prêter foi à ces histoires, c’était en quelque sorte faire le jeu de tous ceux qui gravitaient autour des candidats et faisaient leur miel de rumeurs, de vraies-fausses nouvelles, pour exister, le temps d’une campagne. Mais, du point de vue de Stavroguine, ces récits et rumeurs constituaient le corps de la campagne, vue de l’intérieur, et telle qu’elle était perçue par les Plassanais. C’était, au fond, une façon de comprendre et de décrire le quotidien d’un temps fort électoral. Dans les années 1900, une campagne était principalement faite de ce genre d’historiettes. Aujourd’hui, heureusement, la politique locale a pris un tour beaucoup plus noble.
Succession N. Stavroguine
20:33 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : municipales partielles, annulation, invalidation, rumeurs, histoires, récits, anecdotes, mascarade











