25.10.2009

M. de Guindet connaît la chanson

Samedi soir, à Marseille, le chanteur Christophe Bevilacqua donnait un concert public soutenu notamment par le Conseil de Département. Le célèbre interprète de succès tels que "Aline" ou "Comme un interdit" donna un récital de ses chansons nouvelles et plus anciennes, pour le plus grand plaisir des amateurs.

Les politiques de la région de Plassans n'étaient pas absents de cet événement : Monsieur de Guindet a été aperçu dans la salle réservée aux libations des invités du Conseil de Département - salle où n'étaient admis que des hôtes triés sur le volet.

 

 

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Notre document : "Monsieur de Guindet était de sortie, ce samedi soir, pour assister au concert de Christophe Bevilacqua. Hélas, tout occupé à ses affaires politiques, il a oublié d'aller au tour de chant... La politique, qui est tout autant un art, passe hélas avant la musique."


Hélas, pris dans ses discussions de haute volée, il n’a pas assisté au concert. Mais il était beau de voir, toujours aussi vert, celui qui a bien failli être élu échevin de Plassans, discuter à bâtons rompus une bonne partie de la nuit. On ne vit point ce soir-là Maître Pezest, que l'on sait pourtant amoureux de la Chanson française, qu'il ne manque jamais de défendre et de soutenir - notamment avec le Festival de la Chanson française, à Plassans, qu'il aide et apprécie, à juste titre d'ailleurs.

 

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Notre document : "Un jeune artiste indigent, qui est parvenu à obtenir une invitation à la soirée "V.I.P." (prononcer : "vieille pie") du Département, remplit un panier à l'issue de la soirée pour subsister pendant quelques jours encore aux frais du contribuable. Entre deux campagnes électorales, les occasions de manger gratis se font rare, en effet..."

02.07.2009

Vingt-troisième jour - Le Million

Le Marquis de Vauvenargues l’écrivait : « Celui qui sait rendre son dérangement utile est au-dessus de l’économie. ». Le Vicomte de Salford aurait-il médité cette subtile pensée, en préparant le dérangement de son recours, à l’ombre des platanes de la Place de l’Archevêché ? On pourrait le croire, tant la question du chiffrage du coût des élections nouvelles semble au coeur des débats, alors que la campagne bat son plein sous une chaleur écrasante.

Le recours qu’en effet le Vicomte de Salford dépose prestement en 1908, il l’estime utile. A sa carrière d’abord, disent les méchants, à Plassans ensuite, assurément, et de fait notre politicien place ce dérangement au-dessus de l’économie. Il en fait la démonstration dans une batterie de déclarations tonitruantes en même temps que la matière d’un tract – encore un ! – aussi virulent que calculateur. Il y est surtout question d’arithmétique. Monsieur de Salford a retrouvé sa règle à calcul et son boulier pour revoir les calculs que la Marquise avait faits dès l’annulation et qui concernaient le nerf de la guerre, à savoir les dépenses que ladite annulation allait sans nul doute occasionner.

 

 

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Notre document : "Madame de Joie-Ceinte et son équipe, lors du calcul du fameux "Million". Quel raisonnement mathématique, quelle mystérieuse axiomatique a-t-elle bien pu adopter pour atteindre ce chiffre ? Pour Steven Salford, ce raisonnement impossible constitue la véritable énigme de ce scrutin..."

 

On sait M. de Salford féru de sciences, et un homme positif dans la lignée de ces héros du vieux XIXe siècle, que les miracles de la science engagent à donner une importance démesurée aux mathématiques. C’est donc règle à la main, dans son tract sur papier jaune et dans ses interventions tous azimuts que M. de Salford matraque une leçon de mathématique à l’usage des Plassanais… et de Madame de Joie-Ceinte.


Madame la Marquise avait estimé le tort porté à la Ville par l’annulation funeste à un million de francs-or. Une somme astronomique qui ne devrait laisser personne indifférent. Surtout pas M. de Salford. Outragé par ces chiffres qui l’accusaient, implicitement et indirectement, par son recours, d’avoir occasionné une telle perte pour la Ville, Monsieur de Salford s’offusque et fait la leçon.


Par un savant calcul que l’on épargnera à nos lecteurs, mais qui est aisément disponible dans les tracts et les opuscules de M. de Salford, le Vicomte estime d’abord à la bagatelle de 218.000 francs-or les indemnités des fonctionnaires qui organiseront l’élection nouvelle. Il note en tout cas qu’en provoquant le limogeage brutal de l’équipe du bourgmestre (Ville de Plassans et Communauté du Pays de Plassans), ce ne sont pas moins de 472.000 francs-or qui sont ainsi économisés pendant toute la durée de la procédure ! Une « somme rondelette » précise le bonhomme, qui se soucie évidemment des bourses des Plassanais, qu’il espère voir redevenir ses administrés.

 

 

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Notre document : "Une difficile estimation... Les spécialistes les plus réputés sont invités à se prononcer sur l'évaluation du coût de cette annulation et des élections nouvelles. Ici, un antiquaire du centre ville se penche sur la question."



Il est beau de voir un ancien élu, qui espère revenir aux charges de bourgmestre et se présente devant le suffrage de ses concitoyens, aspirer à moins de dépenses en matière d’émoluments d’élus. C'est un débat national : le salaire des élus. Dans l’hypothèse où M. de Salford arriverait au pouvoir, on peut donc espérer que, nouveau bourgmestre, il ait le geste noble et magnanime de renoncer aux dites indemnités et émoluments, afin de poursuivre le louable effort d’économie qu’il a entamé pour la Ville, à travers cette annulation. S’engagerait-il tout autant à renoncer à siéger (ou tout le moins à percevoir les émoluments d’un fauteuil) à la Communauté du Pays de Plassans ? On peut le croire, au vu de ces saines et sages préoccupations d’économe.

 

 


Lorsque M. de Salford, homme de calculs, contredit notre infortunée Marquise de Joie-Ceinte sur le plan de la science économique et arithmétique, il ne faut pas perdre de vue les effets de cette annulation. Si depuis les débuts de la campagne nouvelle, et maintenant par un tract, assurément, le bonhomme Salford tente de démontrer l’incapacité de Madame la Marquise à la science arithmétique, en revenant sans relâche sur l’épisode devenu fameux du « Million », il convient tout de même de recenser les effets dévastateurs de ladite annulation.

La commission d’appels d’offres, qui attribue les marchés de la Ville, par exemple, ne se réunira pas avant le mois de septembre 1909. Pendant trois mois, les décisions en la matière seront gelées. La ville est évidemment ralentie d’autant, sans compter les effets négatifs sur les économies des valeureux entrepreneurs et ouvriers qui auraient pu se voir déjà attribuer des marchés, commencer de retrousser leurs manches, en un mot : travailler à la relève de Plassans – belle endormie pendant l’attente du fatal verdict du 8 juin 1909.

 

 

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Notre document : "Combien de projets, de marchés, bloqués ? Ici, un contremaître vient intimer à ses ouvriers de stopper le travail, dans un chantier de Plassans : les élections viennent d'être annulées ! Chômage technique ! Qui sait ce que le nouveau bourgmestre aura décidé à la place de cette fontaine souterraine votée par l'ancien conseil échevinal ?"


De même, pendant cet intervalle, et au mois fatidique de septembre auquel, décidément, tout semble fixé, les subventions aux associations, ces officines créées depuis 8 ans (1901, à peine), ne sont plus étudiées ni ne seront versées en temps et en heure. Que l’on accepte ou pas le concept des associations subventionnées, c’est tout une économie qui se trouve menacée, ralentie, abîmée : salaires, réalisations de projets… Nombre de citoyens de Plassans sentiront bientôt le contrecoup de ces mésaventures électorales dont nous plaisantons ici chaque jour, mais qui ont tout de même une importance dans la vie quotidienne des Plassanais, avant même de parler de ceux qui arriveront ou non au pouvoir.

 

 

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Notre document : "Une image du passé : le président d'une association d'économie sociale et solidaire fête l'arrivée de sa subvention, si durement obtenue. Aujourd'hui, ce sont des myriades de petites officines associatives qui voient leur fonctionnement bloqué par la funeste annulation. Vivement que la vie reprenne normalement à Plassans !"


Une ville ne gagne rien à être ainsi la risée des feuilles locales comme nationales, des autres villes, et pour ne rien dire de Paris, où les plus attentifs se gaussent des malheurs de la Province. La perte immatérielle est grosse, on l’aura compris. Si les calculs pour parvenir au fameux « Million » de Madame la Marquise restent encore obscurs (et M. Salford lui demande, je crois, de refaire le calcul avec lui pour démontrer s'ils tombent sur les mêmes résultats), ils témoignent de deux façons opposées de faire de l’arithmétique.

Le réflexe comptable est différent : M. de Salford, habitué de la chose électorale, se place essentiellement du point de vue des élus, dont il se réjouit de la suspension des émoluments, calcule les économies faites en gelant les politiques. Madame de Joie-Ceinte, tout en restant silencieuse sur les calculs qui l’ont conduite à ce fameux « Million », compte, elle, le tort porté à la Ville : image, gel de salaires d'employés d'associations, de subventions, de projets, de marchés. Les entreprises, les associations, les emplois forment la base de son calcul comptable, qui tient finalement plus du symbolique que de l’arithmétique profonde.

 

 

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Notre document : "Deux conceptions radicalement différentes de la gestion comptable d'une ville : une rêveuse Marquise et un Vicomte terriblement matérialiste."


M. de Salford est bien ce héros à la Jules Verne dont nous parlons souvent ici. Un personnage cultivé pour qui les principes du calcul infinitésimal sont une moderne religion ; Madame de Joie-Ceinte, elle, se place du point de vue du symbole : 1001 pour elle est chiffre d’infini. Si l’alpha et l’oméga ne peuvent se rejoindre pour l’homme pragmatique, ils se rejoignent pour la femme d’esprit. Deux façons de compter, deux façons de voir le monde et l’avenir. Ces deux candidats sont bel et bien opposés, y compris sur la façon de concevoir le monde.


Restera, après ces élections, il faut le craindre, une querelle amusante sur ce « Million », des lignes de calculs, des comptes d’apothicaire – ce qu’on attend certainement d’une ville qui fait songer chaque jour davantage à Yonville-L’Abbaye (bourg où, comme chacun sait, élit domicile le ménage Bovary)… Mais au-delà de l’efficace Monsieur de Salford qui se dépense sans compter, la Marquise poursuit son juste combat et, présente une liste inchangée – tout en plaçant un homme de chiffres – décidément ! – en deuxième position, M. de Bramoulay.

 

 

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Notre document : "Ardents calculs dans les lambris de l'Atelier du P.S.-Modème. On y calcule déjà places, positionnements, sièges et liste de fusions, au deuxième tour : qui fusionnera avec qui ? qui sera placé à quel rang ? Ces calculs soutenus occasionnent parfois des surchauffes inattendues : ici, Monsieur de Guindet au chevet d'un colistier victime d'épuisement cérébral, suite à de trop intenses tractations pour le second tour."


Pendant ce temps, de l’autre côté de Plassans, d’autres calculs se font sur les tables compliquées du nouvel et vaste « Atelier » hypermoderne de MM. Maidevet et de Peresty, et de leurs valeureux soutiens : Quelles alliances ? Quelles positions dans les listes ? Combien de sections ? Combien d’élus ? Qui sera au premier rang au deuxième tour ? Combien fera la liste verte, ennemi principal non avoué ? Et surtout combien de pertes, à gauche de la manche gauche de Monsieur Maidevet, et à droite de M. de Peresty ?


Bref, tempêtes sous des crânes pendant la fin de juin et le début de juillet, et intenses calculs nébuleux pour une ville qui est depuis une semaine étouffée par la chaleur et la ferveur électorales !





L’anecdote, depuis restée célèbre du « Million » donna l’argument, plus de vingt après ces événements, d'une version primitive de la toute première comédie musicale française, le film chantant de René Clair, Le Million (1931), qui devait offrir la vedette à Annabella et Alibert. (N.D.L.E.)