19.10.2009
Éternels recours
« Les nouvelles du jour telles qu’elles étaient rapportées dans les gazettes étaient discutées avec une spéciale vigilance d’examen. En ce qui regardait tout récit auquel il manquait date de temps ou origine de lieu, quelque plausible qu’il puisse paraître, Kant se montrait toujours inexorablement sceptique et le tenait comme indigne d’être raconté. »
Thomas de Quincey, Les derniers jours d’Emmanuel Kant
Notre document : "Après l'été indien arrivent les premiers frimas électoraux en pays de Plassans..."
L’actualité politique en pays de Plassans semble morne et terne, en cet automne tardif. C’est ce que pourrait croire le non-initié aux arcanes politiques de « la belle aux eaux crépitantes », s’il ne lisait que les feuilles locales et les blocs-notes des anciens politiciens. Pour preuve : dans son bloc-notes, même Monsieur de Castreneuf, que l’on a connu plus combatif, se borne aujourd’hui à commenter des daguerréotypes qu’il réalise lui-même de travaux qui ont lieu aux Tulettes, près de l’hôpital psychiatrique. Beaucoup d’ « observateurs de la vie politique », comme on dit dans les journaux nationaux, se contentent, eux, d’attendre d’hypothétiques rebondissements en recours, qui ont fini par lasser les Plassanais les plus politiquement acharnés, jusqu’à la Marquise elle-même – que l’on dit fort lasse de toutes ces élections successives auxquelles elle a fort imprudemment pris part, et qui l’ont conduit à accumuler des responsabilités fort nombreuses, dont on lui fait grief jusqu’à Paris.
Pourtant, l’heure est au combat politique le plus ardent : les préparatifs vont bon train, dans tous les camps : les élections régionales se préparent, ainsi qu’un découpage de la carte électorale, qui est à l’oeuvre, dont même « Le Petit Provençal » relève les incongruités. Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de se reporter à l’édition de ce quotidien pour s’informer des détails de cette opération de loisir créatif politique.
Notre document : "Confits sociaux aux Postes et télécommunications. À la Poste centrale de Plassans en grève, il était récemment impossible de retirer son salaire, le service minimum étant réduit à peau de chagrin. Les politiques locaux restent étrangement muets devant ces avalanches de problèmes. Seul Monsieur de Castreneuf semble prendre clairement position pour le maintien de la Poste dans le Service Public. Mais sans doute n'a-t-il jamais connu de postière revêche ?"
Nous avions rencontré Monsieur de Gensanat, pendant la dernière campagne échevinale, qui nous avait alors éclairé sur cette problématique. Il nous est apparu utile, quelques semaines plus tard, de rendre publiques les propos échangés avec ce fin politicien. On l’avait beaucoup accusé de virevolter, de parti en parti, de changer d’étiquette, pour finalement n’être nulle part. Le sémillant conseiller général, avant même d’expliquer la nouvelle carte électorale, s’en défendit : il était dans une logique… parfaitement logique. À l’échelle du Royaume, l’ancienne UDF (Union des Francs) s’était ralliée majoritairement à l’UMP (Union pour la Majorité du Prince), et non au Modème de Monsieur de Bailleroux. C’est tout naturellement que Monsieur de Gensanat avait rejoint, dans la petite foulée, les rangs de l’UMP, puis du Nouveau Mitan, le parti créé pour remplacer l’UDF, quand il est apparu que le Mystère des Voix Centristes, un peu trop rapidement oublié, devait opérer de nouveau dans l’alchimie des urnes.
Notre document : "Notre reporter prépare son entretien avec Monsieur de Gensanat dans un café du Cours Mirabelle où le fringant conseiller général a ses habitudes."
Monsieur de Gensanat a ensuite été auréolé d’une certaine gloire : celle de se voir adouber par Monsieur Maurin, ministre de la Guerre. Tout naturellement oint de cette protection capitale, Monsieur de Gensanat est devenu le chef de fiel de ce nouveau parti de Mitan.
Il fallait ensuite convaincre Madame de Joie-Ceinte du soutien authentique de Monsieur de Gensanat. Elle avait déjà dans ses rangs des membres (déjà) anciens et nouveau du Nouveau Mitan, comme Monsieur Bambin et Monsieur de Carat, mais la Marquise voyait toujours d’un mauvais œil l’arrivée dans la campagne de juillet de Monsieur de Gensanat. Elle avait souvenance que le politicien avait été fort virulent contre elle les années précédentes et avait participé à la liste de Monsieur de Peresty en 1908.
Notre document (reconstitution) : "LA MARQUISE - Ah, Monsieur de Gensanat, nous ne vous haïssons point ! Nous revenez-nous fidèle ?
"MONSIEUR DE GENSANAT -Madame la Marquise, si vous me permettez, j'ai toujours été fidèle à ma famille politique. C'est tout naturellement que je vous reviens.
"LA MARQUISE - Cela est bel et bon. Nous comptons sur vous et vous pourrez compter sur nous : régionales et législatives vous seront acquises, sous les auspices du Ministre MAURIN. Mais le plus dur reste à faire : il faut reconquérir Plassans..."
Un accord devait être trouvé entre Monsieur de Gensanat et les fidèles de Madame de Joie-Ceinte pour apaiser les esprits et permettre à la Marquise de remporter la victoire de 1908, injustement volée, en juillet 1909. Un accord, demandé par Monsieur Maurin, et accepté par la Marquise. Des documents furent même signés qui indiquèrent que la guerre était finie, et qu’il était temps pour Monsieur de Gensanat de rejoindre sa famille politique de toujours. En échange de son soutien inconditionnel, Monsieur de Gensanat était candidat sur la liste des régionales emmenée par Monsieur Falcaud – qui plus est, dans une position éligible. Qui sait ce qu’il en est aujourd’hui que les têtes de liste ont changé ? L’accord était assorti d’une autre promesse, qui fait intervenir le fameux découpage électoral, si mal compris par certains esprits fâcheux.
Notre document : "L'accord a enfin été trouvé entre le toujours stylé Monsieur de Gensanat et les fidèles de la Marquise. Le combat peut reprendre. Les joutes futures sont d'ores et déjà établies. La reconquête de la région commence par Plassans."
Mais à l’époque, cela était clair, bel et bon. La reconquête de la région, après celle de Plassans, allait se faire avec Monsieur de Gensanat. Sa popularité faisait espérer en effet au Parti majoritaire un apport de voix indispensable.
C’est là que vient jouer le redécoupage électoral, que Monsieur de Gensanat nous expliqua fort clairement. Dans l’accord qui le liait désormais avec la Marquise (dont nos lecteurs savent aujourd’hui qu’elle a justement reconquis Plassans), il y avait la promesse d’une circonscription législative : Monsieur de Gensanat allait devenir député à la Chambre !
Mais pour cela, il fallait encore créer une nouvelle circonscription. Marseille et le département entier donnent à la France huit députés (dont la Marquise). Mais Marseille est surreprésentée dans ce découpage. Ce problème de représentativité, dont les experts discutent aujourd’hui, a pour conséquence de supprimer une circonscription à Marseille pour en créer une huitième en Pays de Plassans - mais pas avant 1912. Cette circonscription irait du Château de Ventabren à la Ville de Nostradamus.
Notre document : "Giberne, le fameux garde-champêtre en retraite président d'association, n'a guère compris le principe du redécoupage électoral. Peu lui chaut. Il lui suffit de comprendre qu'il y a de nouvelles élections et de nouvelles opportunités à saisir aux cheveux. Dès octobre, il bat le rappel de ses troupes pour les prochaines élections. Il compte, avec son association, se rendre utile au plus offrant. Mais qui soutenir ? C'est là l'éternel problème pour ce bon Giberne. Fidèle à son habitude, tel les carabiniers d'Offenbach, il risque encore d'arriver après la tempête..."
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Les fâcheux et les détracteurs de Monsieur de Gensanat – il y en a encore malgré le (ou à cause du) succès de la Marquise – ne décolèrent pas. D’abord en s’en prenant au découpage électoral, qu’ils disent favorable aux force majoritaires actuelles. Ensuite en prétendant que l’accord de juillet 1909 ne sera pas respecté, ni aux régionales et encore moins aux législatives.
L’avenir seul nous dira si le toujours sémillant conseiller général Monsieur de Gensanat aura les combats politiques que lui ont ouvert ses soutiens inattendus mais logiques à la Marquise de Joie-Ceinte, au cours de la joute de l’été 1909.
Monsieur de Falcaud a jeté l’éponge pour les élections régionales – ce qui a rendu sa Majesté furieuse, qui ne décolère pas – et la donne pourrait changer de ce côté-là.
Notre document : "Une nouvelle élections échevinale en 1910 ? Les urnes sont déjà pleines, selon les méchants dires de revanchards radicaux-socialistes. Cela ne se peut pas, bien évidemment."
La Marquise, de son côté, n’est pas à l’abri d’une nouvelle annulation de ses élections. Certains la nomment aujourd’hui « l’éternel recours ». Il fut un temps question, malgré cette même épée de Damoclès, à nouveau sur sa tête, de la propulser en tête de liste des élections régionales du parti du Roi, mais la Marquise après de nombreuses tergiversations, à préféré soutenir Monsieur de Marillagny. Il s’avère aujourd’hui qu’elle a eu raison, puisque Sa Majesté a choisi Monsieur de Marillagny pour reprendre la région des mains des radicaux-socialistes, devant l’abandon de Monsieur de Falcaud.
Si la Marquise voyait son élection de 1909 annulée à son tour, quelle serait la suite ? Une nouvelle élection en 1910, dans le même temps que ces fameuses élections régionales ? La Marquise, épuisée, repartirait-elle au combat ? Ou laisserait-elle la place à Monsieur Bramoulay ? Une rumeur, de plus en plus insistante, dit en effet qu’il lui succèdera en attendant la reprise de la ville par Sophie de Joie-Ceinte. Ces annulations prévisibles auront-elles une conséquence sur les élections régionales ? Et par là sur le redécoupage et les élections législatives de 1912 ?
On voit que l’avenir reste toujours incertain. Du côté des farces de progrès, qu’avons-nous ? Monsieur de Voselle, actuel Président de la Région Provence, semble dans une forteresse assiégée. Malgré ses réalisations et ses prises de positions, dont il peut s’enorgueillir, il aura à répondre notamment de problèmes relatifs aux subventions accordées à des associations fantômes, faits découverts l’année dernière et qui devraient quelque peu ternir son armure de blanc chevalier au service des nécessiteux de Provence.
Notre document : "Grande interrogation : Monsieur de Salford sera-t-il sur la liste emmenée par Monsieur de Voselle pour les régionales ? En position éligible ? Où demeurera-t-il le fin observateur de la vie politique plassanaise que les événements ont fait de lui ?"
Monsieur de Voselle prendra-t-il sur sa liste Monsieur de Salford, comme il fut un temps question pendant la campagne des élections échevinales partielles de l’été 1909 ? Ou bien n'était-ce que méchante rumeur dissipée par les partisans de la Marquise en juillet ? C’est une des questions de cette élection nouvelle qui, on le voit, fera la part belle à Plassans – tout en concernant l’entièreté de la Région.
Notre document : "L'AGENT - Et bien, mon petit, où vas-tu de si bonne heure ?
"LE JEUNE MILITANT - Bigre, Monsieur l'agent, je m'en vais porter la bonne parole du candidat Voselle pour son troisième mandat !
"LA DAME - Ma doué ! Il les prennent au berceau, les militants, maintenant ?"
07:27 Publié dans Philatélie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : élections régionales, provence, plassans, découpage électoral, 1910, marquise, marquisard
23.07.2009
Quarantième jour
Nous étions dans la salle réservée à la presse et aux présidents de bureaux de vote, dimanche soir, muni de toutes les autorisations, grâce à la diligence d'une bonne amie protectrice des arts. C'est qu'il fallait être dans les lieux, là où tout allait se jouer : la trame et les dessous du drame qui devait prendre fin, après le long calvaire estival des uns comme des autres, candidats ou citoyens.
Notre document : "La place de l'Hôtel de Ville devait être vidée de ses terrasses, dimanche, dès 17 heures, pour permettre l'arrivée en nombre des calèches et des voitures des présidents de bureaux de vote. Sur notre document, le parvis commence à peine à se remplir à 17h30, et des badauds s'approchent, intéressés par l'issue du scrutin. Plus de la moitié des Plassanais, pourtant, n'ont pas pris la peine de se prononcer sur ce vote..."
La nuit fut longue, les décomptes complexes – l’enjeu était d’importance : la reconquête d’une ville, ou l’avènement d’un nouveau Prince. Les premiers chiffres furent rapidement connus. Les résultats définitifs furent plus longs à venir, et les candidats et leurs soutiens passaient de la terreur à la joie, l’un et l’autre sentiment étant dissimulés par superstition et peur de dévoilement.
Notre document : "Rue des Pausseurs, en début de soirée : l'ambiance est encore sereine. Dans la journée, les candidats parcouraient la ville, le front pourtant soucieux. Sentaient-ils déjà les premiers souffles du vent de la défaite ?"
Un officier de gendarmerie en retraite, en monocle et en habit, pronostiquait avec certitude : la Marquise ferait 52% et son adversaire 48%. Au début, on pouvait y croire – même si rue des Pausseurs, c’est l’inverse qui était cru, et que les premiers chiffres laissaient croire. À mesure que les chiffres changeaient, les partisans de la Marquise regardaient l’officier en retraite d’un œil torve. D’où venaient ses pronostics ? Mystère – la police royale n’étant plus habilitée à questionner les électeurs à la sortie des urnes, c’est après calculs personnels que l’on se passait les dits et pronostications.
Notre document : "Invention moderne et devenue si précieuse : le téléphone ! Un fameux colonel de gendarmerie en retraite, est resté suspendu au poste pendant toute la soirée, pour donner pronostics et résultats à travers tout le pays de Plassans ! Mais gare à la note !"
Mais bientôt, après des suées froides et des bouffées d’angoisse, tues dans le vin frais et les petits sandwiches abondamment fournis par la municipalité – enfin, par la délégation préfectorale qui en avait repris la charge –, le résultat n’offrait plus de doute possible : la Marquise de Joie-Ceinte avait reconquis son fauteuil. D’une courte tête, seulement, puisque cent quatre-vingt-sept voix séparaient sa liste de celle de Messieurs Maidevet, De Peresty, Guindet et Gayrerrat.
Mais elle avait gagné, c’était indéniable. On parlait déjà de recours du côté de la rue des Pausseurs. C’est d’ailleurs la coutume plassanaise. Ceux de nos lecteurs fraîchement établi au pays ne le savent sans doute pas, mais depuis 1878, en effet, les recours et annulations se succèdent en pays de Plassans, et les électeurs sont plus souvent appelés aux urnes qu’il ne conviendrait dans une monarchie constitutionnelle sereine telle que la nôtre.
La fusion-acquisition des amoureux de la Nature, du Mitan, des Radicaux-Socialistes n’aura donc pas réellement porté ses fruits. Le soutien même du Vicomte de Salford était pourtant acquis à la liste d’union : Monsieur de Salford avait appelé au « vote futile » dès le lendemain du premier tour. Que s’était-il donc passé ? En vain contre la Marquise toute une armada s’est liguée… et la Marquise n’a pas perdu, pour reprendre l’expression de Monsieur de Castreneuf.
Notre document : "Une rumeur parcourt la ville : on nous assure que des candidats importants de la liste d'union se seraient vertement tancés par d'autres éminences de la même liste, à l'issue du scrutin, devant leur score malheureux. Commérages que tout cela !"
Monsieur Maidevet ses troupes s’étaient calfeutrés rue des Pausseurs : une estrade et des grilles le protégeaient de ses admirateurs, alors que pendant toute la campagne, « l’atelier nouveau » faisait portes ouvertes. Les daguerriens qui étaient disposés en tous les lieux stratégiques de la ville l’étaient aussi dans la permanence de la liste d’union : ils ont pu saisir Monsieur Maidevet, se prenant la tête dans les mains, en apprenant sa si courte défaite. Tant d’espoirs placés en vain sur cette charge tant espérée, depuis si longtemps. Après tant de tentatives, tant de combinaisons, Monsieur Maidevet échouait encore ! Ah, ça ! On ne lui volerait pas la victoire, cette fois. Il entendait déposer un recours, de nouveau. L’ancien conseiller d’Etat en appellera, lui-même, au Conseil d’Etat, s’il le faut ! Il ne laissera pas un de ses lieutenants proposer des recours à sa place ! Il s’y attellera lui-même.
Dans la semaine, par voie de presse, il appellera même à témoin, pour rendre preuves de dysfonctionnements dans les bureaux de vote. L’affaire est trop importante : il faut battre le fer de la revanche pendant qu’il est chaud. Après deux élections, une troisième ? On peut l’espérer, pour la presse, d’abord, qui fait de belles ventes en de telles périodes, et aussi pour les imprimeurs, qui voient leurs chiffres d’affaires se développer : tracts, affiches, plaquettes… sont pour l’essentiel les armes des politiciens modernes, et tout ceci fait prospérer des commerces que le dégoût progressif de la lecture manquerait autrement de faire chuter dans les abysses économiques.
Notre document : "Par voie de presse, Monsieur Maidevet a lancé un appel à témoins. Toute la ville est appelée à jouer les détectives à rebours, pour trouver des preuves hypothétiques d'irrégularités dans les bureaux de vote. Sur notre document, un jeune avocat nécessiteux, qui espérait un poste auprès du bourgmestre Maidevet, erre dans la ville à l'affût d'une preuve, d'un témoignage susceptible d'être produit devant la justice."
Le plus dur commence maintenant pour la Marquise et ses soutiens. Continuer, reprendre des dossiers délaissés... Mais le coeur y est-il encore ? La chaleur de l'été n'a-t-elle pas épuisé les ardeurs et les patiences ? Le dégoût de l’action publique s’est-il installé chez nos gouvernants ? On espère bien que non, et la Marquise nous assura du contraire, dès ses premières déclarations publiques. Il faut aller de l'avant. D'autant que de nouvelles élections sont toujours à l’horizon, fussent celles du Conseil de Région – dont un avant-goût a déjà été donné, un jeudi soir de ce mois, avec la présence du cousin de Madame la Marquise, Hubert de Falcaud, bourgmestre de Toulon, qui sera, dit-on, tête de liste pour la Majorité aux élections de Région.
Immédiatement après les élections, un homme politique dont nous tairons le nom dit à l'un de nos enquêteurs que le plus difficile était, à présent, de reconnaître, devant ceux à qui tout a été promis durant la campagne (places, postes, charges, serments et engagements), que rien ou presque ne sera possible. Difficile d’embaucher les soutiens, les amis, dans des structures déjà pleines comme des œufs. Difficile également de réaliser l’impossible dans une cité aussi rigide, où l’on ne peut déshabiller un élu pour en habiller un autre. Mais les promesses n’engagent que ceux qui ont la faiblesse d’y croire…
Notre document : "(Image d'archives) Pendant la campagne, des candidats (non déterminés) sont aux petits soins avec un jeune nécessiteux engagé à leurs côtés et espérant un poste après leur élection. Le même, quelques jours après l'issue du scrutin, bénéficiera-t-il des mêmes attentions ? "
Au soir du triomphe de la Marquise, sur les terrasses des estaminets tranquilles de la Place Pauvrelme, on vit passer le Vicomte de Salford. Il n’était plus, ce soir-là, que l’ombre de lui-même. Sa démarche était hésitante, son pas était peu assuré – était-ce un homme brisé que nous venions de voir ? C’était bien triste de penser qu’il avait peut-être tout perdu : ses amis d’antan, ses soutiens d’hier. Il restait une poignée de fidèles qui le soutenaient. Ce soir là, le poids des gros soucis se lisait sur son visage. Il faut l’avouer, sincèrement, nous avons craint pour lui.
Le lendemain, il était, comme à l’accoutumée, à la place de l’Archevêché, dans son salon de thé préféré, et si sa jovialité n’était pas revenu, il paraissait toutefois à nouveau en forme. Mais beaucoup ont pu, en ce soir fatidique, s’inquiéter pour lui, comme nous. En effet, l’homme a presque tout perdu, hors l’honneur. Politiquement parlant, il est « libre », selon ses propres termes, mais il est seul. Et que peut désormais un homme seul, si ce n’est cette lutte d’idéal dont il nous parlait il y a une quinzaine de jours encore, dans ces colonnes mêmes ? Ancien du parti majoritaire, il a manqué faire battre son propre camp, en effectuant ce recours, puis en donnant son soutien à une liste menée par un socialiste.
Notre document : "Monsieur de Salford au désespoir ? Espérons que non ! "
La donne politique a changé, mine de rien, dans Plassans, avec cette élection incroyable. Les jours prochains donneront encore anecdotes riches d’enseignements, et nous ne manquerons pas de nous en faire l’écho. Mais, avec l’équipe à nouveau en place et de menus changements envisageables, on peut déjà prédire que le futur ne manque pas d’avenir, à Plassans.
10:58 Publié dans Philatélie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : municipales partielles, victoire, défaite, libations, bonnet blanc, blanc bonnet, dindons, farce
19.07.2009
Trente-neuvième jour - Jour d'élections
« - Tu me parais bien calmé sur la politique ?
- Effet de l'âge dit l'avocat.
Et ils résumèrent leur vie.
Ils l'avaient manquée tous les deux, celui qui avait rêvé l’amour, celui qui avait rêvé le pouvoir. (….)
Et quand ils eurent fini :
- C’est la ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frédéric.
- Oui, peut-être bien. C’est là ce que nous avons eu de meilleur, dit Deslauriers. »
Flaubert, L’Éducation sentimentale
« Si l’on te pousse dans une entreprise dont tu as peu de chances de sortir indemne, fait montre de la meilleure volonté du monde, prépare-toi avec ostentation, mais, en même temps, débrouille-toi pour mentionner à tout propos les obstacles qui se présentent dans l’immédiat. Cela te donnera le temps d’imaginer les dispositions contraires qu’il convient de prendre. »
Mazarin, Bréviaire des politiciens
« J’ignore si ce mélange, auquel je ne puis apporter remède, plaira ou déplaira. »
Chateaubriand
08:09 Publié dans Philatélie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : élections annulées, invalidation, provence, élections, voix, votes
12.06.2009
Quatrième jour
La bonne ville de Plassans, frappée du séisme électoral que l’on sait, sourd depuis quatre jours maintenant de mille bruits de couloirs provençaux, d’allées ancestrales et de bonnes feuilles comme de mauvais mots. Alors que la Marquise de Joie-Ceinte n’a pas encore quitté l’enceinte de l’Hôtel de Ville, les prétendants à la place du bourgmestre de notre cité se multiplient.
Tant et si bien que le President Gueyriny, qui se fit recaler en 1908 aux élections de Marseille face au bourgmestre sortant Jean-Claude Grondin, décida de mettre bon ordre dans son camp. Assurément, les ordres venaient de très haut pour que le parti du Président Gueyriny ne se perde pas en vaines divisions et en querelles d’ambitions.
Mais les Socialistes, dont le Président Gueyriny et ses troupes se disaient d’être, n’ont pas ravi immédiatement la couverture médiatique à la majorité déchue. Les deux premiers jours de la terrible découverte, c’est bien la Marquise, ses alliés, ses opposants internes qui étaient en premières pages des feuilles locales – y compris le Vicomte de Salford, qui était tout de même à l’origine de cette brusque accélération de l’Histoire de Plassans.
Notre document : "Intenses tractations entre hommes politiques de tous horizons. Ici M. de Peresty rencontre un ancien membre de la Liste de Maître Pezest pour discuter des éventuelles alliances en vue de renverser définitivement l'infortunée Marquise."
C’est que les rumeurs couraient vite sous les platanes et à travers les pollens qui continuaient encore, dans ce début d’été déréglé, de voler dans les ciels de Plassans.
Les rumeurs portèrent d’abord sur le Baron Chauraud, que les lecteurs connaissent comme le premier Conseiller de la Marquise, propriétaire de nombreux sanatoriums et titulaire des responsabilités urbatecturales au sein de la Ville. Le Baron Chauraud, selon ces bruits, ne serait pas sur la nouvelle liste de la Marquise de Joie-Ceinte. Pour quelle étrange raison ? Le Baron avait pourtant signé le fameux Pacte-à-Trois qui, en 1901, permit à la Marquise d’enlever l’Hôtel de Ville au Professeur de Picherasle qui en était le bourgmestre précédent. Mais Monsieur de Peresty l’avait aussi signé en 1901 – pour le déchirer d’un geste rageur peu de temps après, dans un de ces emportements dont ce professeur de philosophie a le secret. Signe que le Pacte-à-Trois, devenu Pacte-à-Deux, aurait très bien pu s’éteindre de lui-même, en cas de brouille entre la Marquise et le Baron. Brouille dont certains, y compris dans les rangs de la Marquise, se faisaient l’écho, longtemps avant les premières fuites de l’annulation de lundi.
Notre document : "Gare aux oreilles indiscrètes ! La Ville redevient nid d'espions le temps de l'élection nouvelle. C'est ainsi que les rumeurs se propagent. Sur notre document, un indigent, espérant le succès de la Marquise pour obtenir un emploi salarié à la Ville, espionne les politiques qu'il croise sur son chemin. Ici, le bonhomme écoute les propos de Steven Salford au salon de thé "Les jours heureux", où le Vicomte a ses habitudes."
Lundi prochain donnera la liste, que la Marquise et ses troupes, déjà en ordre de marche, présentera pour la reconquête de Plassans. Gageons que le Baron en sera. Cet homme généreux, efficace mais redoutable en affaires, ne saurait manquer à l’équipe que la Marquise entend immédiatement remettre en place, sitôt les nouvelles élections gagnées. La reconquête passe par le Baron Chauraud, mais peut-être par de nouvelles conditions à un Pacte-à-Deux renouvelé. C’est une supposition, que les chroniqueurs de notre journal, « Les Frelons », se permettent d’avancer.
Revenons aux socialistes, ou plutôt aux radicaux-socialistes, car c’est bien ainsi que le temps les nomme. Quelques jours d’attente et les véritables listes seront connues. Mais pour l’heure, d’autres rumeurs prêtent à Monsieur de Guindet la candidature des radicaux-socialistes.
Cette candide candidature avait pour positif que le bonhomme Guindet faisait consensus auprès de la population mais surtout auprès des politiciens de son bord, qui, tout occupés qu’ils étaient à recompter les voix de l’une ou l’autre élection interne de leur groupe, ne savaient plus reconnaître un candidat du terroir d’un homme d’affaire parisien.
Notre document : "André de Guindet se réchauffe aux douces paroles du Président Gueyriny. Le nouvel ancien homme fort de la Gauche de Plassans enfin adoubé. Le vieux sage, devant sa soupe à la grimace socialiste, promet à la Marquise que le combat se fera dans l'honneur et le respect. "
L’avocat Pezest, candidat non-inscrit de 1908, qui venait de Marseille, fût quant à lui gentiment invité par le Président Gueyriny à ne point venir troubler les gens de Plassans. Il était en effet peu envisageable qu’en 1909 lessocialistes rejouassent les élections de 1908, en étant encore plus nombreux à se partager le gâteau de la Gauche, qui s’était quelque peu émietté entretemps – les desserts fondent vite sous les chaleurs provençales.
Du côté du Vicomte de Salford, on fourbissait ses armes. Le Vicomte, en effet, n’entendait pas laisser sa procédure victorieuse aux autres sans en récolter les fruits. Qui avait les premières pages des journaux ? La Marquise, qui se disait blessée dans son honneur, mais aussi « les autres », ces fameux, qui allaient retirer tout le miel de ces éprouvantes batailles juridiques, menées, elles aussi, « pour l’honneur ». Salford était cité beaucoup plus tard, à l’intérieur des articles. Les « autres » ne devaient pas lui voler la vedette.
Son noble visage apparut d’abord dans les feuilles d’informations dans des daguerréotypes de jadis, aux côtés de la Marquise, également en joie. C’était l’époque du Pacte-à-Trois, Salford soutenait la Marquise, qui le lui rendait bien. Le « temps du bonheur » précisa le journal « Le petit Provençal ». Salford bourbit ses armes à l’heure où nous mettons sous la presse. Vendredi, il réunit ses derniers fidèles dans un restaurant des faubourgs et dévoilera son plan d’attaque. Nous reviendrons sur ses griefs à la Marquise, mais pour l’heure il semble que le Vicomte prépare sa propre liste pour emporter l’Hôtel de Ville.
Notre document : "Le Vicomte de Salford à la recherche de ses alliés dans la nouvelle bataille électorale qui s'annonce. Il réunit ce vendredi ses fidèles dans un petit restaurant "sur le pouce" de la Route du Gars-Lisse."
Aurait-il été abandonné par M. de Peresty ? Celui-ci, aux dernières rumeurs, se rallierait à une liste unique, sorte de comité de salut public électoral, pour barrer le passage à la Marquise, sa famille et ses alliés d’hier. Faut-il que cette noble dame inquiète tant nos sourcilleux politiciens pour que tant de voix s’élèvent contre elle ! La Marquise ne souhaite que le bien de son peuple – pour lequel elle n’a pas hésité à conquérir également la députation, poste qui lui demeure encore, et que nul recours, Dieu merci ! n’est venu lui retirer. C’est pour son peuple et pour ses gens qu’elle se battra, à nouveau, dès lundi – même si elle a certainement pris un peu d’avance, grâce aux hautes intercessions dont nous nous faisions l’écho dans notre précédente chronique.
Vendredi, à cinq heures de l’après-midi, dans la fraîcheur qui commencera de gagner la ville, encore sous la somnolence de la traditionnelle sieste politique locale qui a tendance à se réduire considérablement avec les changements de climats électoraux, vendredi, donc, la Marquise devra quitter l’Hôtel de Ville. La délégation préfectorale lui prendra le pouvoir, chassant une équipe qui a fait ses preuves.
« Les frelons », notre feuille, ne prendra nulle position pendant la relation de ces événements. Mais notons déjà plusieurs choses. D’abord, la Marquise ne méritait pas le sort injuste qui lui a été réservé par ce sort cruel qui s’acharne à nouveau sur elle et sur les siens. Tout occupée qu’elle était à gérer ses affaires en Pays de Plassans, la Marquise de Joie-Ceinte n’a pas vu venir les méchants qui souhaitaient tous lui soustraire son siège, plus tôt que prévu ! Elle a laissé les revanchards lui ravir sa victoire d’épuisantes courses juridiques en effets d’annonce. Cela crée un précédent, car la Communauté de Communes se retrouve amoindrie et la marche de la Ville, arrêtée. Les nouvelles élections coûteront au contribuable une forte somme.
Un ancien élu local, toujours actif sur le front de la vilaine opposition à la Marquise, M. de Castreneuf, a écrit dans la feuille qu’il dirige : « Pour laver plus blanc, il ne faut pas laver plus gris. » Nous serions tenté de rajouter : « Et pas avec n’importe quelle lavandière ! » Car certaines belles que nous voyons en première pages des journaux, ces jours-ci, aux mains comme des battoirs, pourraient réduire à peau de chagrin le drap de la Ville que certains souhaitent laver.
Nous avons beaucoup parlé de rumeurs. Observez cependant que dans notre chronique du jour, immanquablement, nous nous sommes fait l’écho desdites rumeurs. Espérons que les jours prochains viennent en confirmer certaines, réduire à rien les autres, pour la bonne marche des élections nouvelles.
Notre document : "Il va falloir repartir en campagne, et battre le pavé de quartiers où la main du candidat n'a encore jamais mis le pied ! Ici, les membres d'une liste indéterminée découvrent des quartiers excentrés de la ville."
09:24 Publié dans Philatélie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : élections municipales annulées, plassans, rumeurs


























