15.06.2009

Cinquième jour (2)

Le cinquième jour des terribles événements politiques qui secouent actuellement le Pays de Plassans, déjà traité dans notre précédente livraison, fût également consacré aux deux opposants de la Marquise de Joie-Ceinte, qui firent les honneurs du « Petit Provençal ».


Il y était indiqué, dans deux belles pages se faisant miroir, que M. de Salford fourbissait ses armes dans le même temps que sa liste, qu’il présentait seul, cette fois, tandis que M. de Gensanat, son alter ego dans l’opposition à la Marquise, « cherchait sa voie », entre la fidélité à M. de Peresty, la fidélité à ses idées, et la fidélité aux directives de son mentor, le vénérable bourgmestre de Marseille, Jean-Claude Grondin.

 

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Notre document : "En 1908, Monsieur de Gensanat cherche sa voie..."

Des idées, Monsieur de Gensanat n’en manquait jamais ; de directives non plus. La fidélité n’étant pas la notion qui lui seyait le plus, il lui préféra comme à son habitude l’efficacité.
C’est donc en toute efficacité que le jour du départ de la Marquise, il officia et célébra, le dernier, le mariage d’un couple de Plassanais. Avec la même efficacité, il sembla plutôt tendre, le même jour, pour la discrétion. Après le mariage, où il arbora sa plus belle liquette et sa belle écharpe d’élu (qu’il dut sans doute remettre à la fin de la cérémonie), il s’éclipsa devant les alliés de la Marquise qui commençaient d’arriver en nombre sur le parvis de l’Hôtel de Ville.
C’est la même efficacité qui devrait conduire le bonhomme, selon les rumeurs, à soutenir souterrainement la Marquise, tout en se voyant interdire par la même de revenir aux affaires – du moins ouvertement. La Marquise en effet n’entendait pas qu’on la soupçonne de laxisme avec ceux qui l’avaient jadis trahie.

C’est, qu’en effet, il faut ici faire un peu leçon d’Histoire, je le crains, pour les oublieux et ceux qui ne connaîtraient pas le passé immédiat de notre bonne ville. Notre article en date d’hier avait été intégralement consacré au choc que fut pour toute une population aimante le départ de la bonne Marquise. Il convient aujourd’hui non seulement de parler de l’actualité mais de revenir sur hier.

Évoquer donc ces deux opposants, amis d’hier, et peut-être ennemis d’aujourd’hui – en tout cas adversaires. D’abord, celui qui a traîné l’infortunée Marquise devant les tribunaux ; celui dont la procédure de recours à conduit à l’annulation que l’on sait. Ensuite, celui qui avait traîtreusement tenté de la devancer en 1906 et qui avait proposé, avec son cercle de réflexion les « Manufactures de demain », aux habitants de Plassans d’emprunter une autre voie que celle de la Marquise, à savoir : la sienne. Il s’agit évidemment, respectivement, du Vicomte de Salford et de M. Brunheau de Gensanat.

 

 

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Notre document : "En 1906, Monsieur de Gensanat à la recherche d'idées pour Plassans, pendant l'épisode malheureux des "Manufactures de demain"."


Le premier étant l’actuel vice-consul du Malagawi, lointaine contrée d’Afrique où nous avons encore des intérêts nationaux ; le second, étant un farouche conseiller échevinal d’opposition élu en 1908 (mais nécessairement démis en même temps que la Marquise et ses alliés), et toujours conseiller départemental du Président Gueyriny.

Le divorce de la Marquise et de ses deux anciens partenaires est né donc de l’épisode resté fameux dans les annales des « Manufactures de demain ». Ce club de réflexion, les habitants de Plassans avaient pu le découvrir un matin de 1906, sur les placards de la ville. Le conseiller de Gensanat avait en effet, sur la cassette de son parti politique (qui était pourtant celui de la Marquise), préparé et organisé une vaste consultation populaire dont le but était la réflexion sur l’avenir de Plassans. Ne pouvait-il réfléchir seul à ses destinées ? Toujours est-il qu’il songea benoîtement faire appel au peuple pour penser avec lui la ville dans les années d’après la Marquise. Une forme de « démocratie participative » avant l’heure, dont Marie-Ségolène Royale, candidate malheureuse à la présidence nationale, fut le chantre… en 1907. Mal en pris à M. de Gensanat : la Marquise fut fort marrie de découvrir, en même temps que son peuple, les ambitions de Monsieur de Gensanat ainsi affichées au grand jour et à travers la ville.

 

 

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Notre document : "En 1906, les habitants de Plassans découvrent, médusés, les premières affiches portant le noble visage de M. de Gensanat : il s'agit d'une invitation à penser avec lui en ses "Manufactures de demain"..."


Ce club de réflexion ne paraissait guère orthodoxe à la Dame de Plassans, qui devinait plutôt là-dessous un complot visant à lui ravir l’Hôtel de Ville en 1908 (puisque les élections de 1907, par goût de l’Etat, devaient être repoussées d’un an pour ne point coïncider avec celles de la présidence nationale). La réaction de la bonne Marquise ne se fit point attendre : elle jeta l’opprobre sur Monsieur de Gensanat et à Monsieur de Salford, qu’elle savait proche ami du premier, en même temps que son éminence grise, et leur retira dans le même temps délégations et pouvoirs.
M. de Salford régnait sur un bureau dont plus rien ne sortait, il faisait des inaugurations de salons de petits chiens, tandis que M. de Gensanat, de son côté, ruminait les plus sombres pensées et ne devait le sourire qu’au soutien indéfectible de M. Grondin.

Vint le temps de l’opposition pour les uns, et de la chasse aux sorcières pour les autres. Les « Manufactures de demain » ayant fait chou blanc, les deux élus amis d’hier devenus des rivaux, la Marquise fit chercher par ses gens tous les lieux où l’on soutenait les comploteurs.

Des officines amies du Vicomte, subventionnées par la Ville et par le Pays de Plassans, se révélèrent des nids d’espions au profit de M. de Salford. Les gens de la Marquise mirent tout en œuvre pour briser les velléités de résistance avant que la campagne de 1908 ne soit lancée. Il ne fallait pas que M. de Salford puisse compter sur ces bases arrières et ces amitiés, en cas de candidature hostile à la Marquise. Et puis c’était, pour Madame de Joie-Ceinte et ses gens, une manière de justice : des pratiques étranges étaient subodorées dans ces officines ; il fallait couper le mal à la racine. Ce qui fut fait.

 

 

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Notre document : "En 1906, le beau temps de la politique est terminé : le Vicomte de Salford en pleine tempête ; il affronte, quasiment seul, les foudres de la Marquise. Fort heureusement, il pourra compter sur son ami d'alors, M. de Peresty, pour trouver un abri électoral sûr."


La Marquise frappa moins durement Monsieur de Gensanat, qu’elle laissa présenter sa candidature, sous ses couleurs, en 1908, au poste de conseiller départemental. Elle aurait pu lui opposer un candidat de son cru, mais elle laissa, magnanime, M. Brunheau de Gensanat se présenter et reconquérir son siège de conseiller. M. de Gensanat devait lui en être reconnaissant. Sans doute est-ce pour cette noble raison et en souvenir des amitiés d’antan qu’il ne fût pas un farouche opposant aux séances de conseils échevinaux successifs de 1908 à 1909, lorsqu’il fut élu d’opposition, face aux soutiens majoritaires de la Marquise. À l’opposition frontale, le conseiller préférait l’efficacité, toujours, de la discrète réfutation.
Pourtant en 1908 M. de Salford et M. de Gensanat s’allièrent tous deux à l’ennemi de toujours, Monsieur François-Xavier de Peresty, qui opta dès les premières semaines du fameux « Pacte-à-Trois », pour une opposition fauve et implacable. C’est donc sur sa liste « Filiation Plassans », orientée au centre de l’échiquier politique national (mais pas local), que se retrouvèrent les compères Salford et Gensanat. Curieux attelage que celui de cette liste de 1908, que l’on escompte retrouver en 1909.

En effet, « Le Petit Provençal » du jour nous apprend que Monsieur Maidevet-Dovesquit, que le parti Socialiste a finalement choisi contre Monsieur de Guindet (information sur laquelle nous aurons tout loisir de revenir dans un prochain numéro des « Frelons »), a rencontré M. de Peresty pour discuter de l’avenir de leurs alliances et s’unir contre la Marquise. L’union n’est pas certaine, mais au moins ces deux éminences en auront discuté. M. de Peresty a en effet fort à faire des désaffections au sein de son propre parti, en déliquescence depuis de récentes affaires européennes, et au fort de son ancienne liste (M. de Salford et M. de Gensanat ne repartant plus avec lui, pour les raisons évoquées plus haut). Les Défenseurs de la Nature, qui ont connu, eux, de récents succès électoraux, présenteront leur propre liste, sur papier recyclé. Elle permettra aux amoureux de Mère Nature d’avoir l’illusion que le patrimoine naturel de Plassans sera préservé grâce à ces vigilants des bouleversements climatiques qui durent depuis la première Révolution industrielle.

 

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Notre document : "Coup de tonnerre dans l'entourage d'André de Guindet : on apprend la fâcheuse nouvelle : Monsieur Maidevet-Dovesquit sera la tête de liste socialiste. "

 

Curieusement, dans toutes les bouches de ces opposants, il n’est que rarement question de Plassans, mais toujours de contrer la Marquise. Tant et si bien que cela semble leur seul programme. Mais nos lecteurs ne seront pas étonnés, car ils ne connaissent, en pays de Plassans, que trop bien l’adage : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis »…