22.12.2009

Becassine à Plassans

Suite au succes des "Chroniques de Plassans", nous avons decidé de rendre public un récit en estampes écrit par notre ancêtre. Il se situe aussi dans le Plassans que N. Stavroguine connaissait si bien, et raconte les (més)aventures d'une servante bien connue de nos lecteurs...

Succession N. Stavroguine

 

becassine_1.jpg

31.10.2009

L'introuvable

L'introuvable a été finalement retrouvé : une réédition de 1947 du premier volume des Chroniques de Plassans, de Nicolas Stavroguine, a été retrouvé sur un marché de livres anciens... de Plassans ! Ce volume, édité au Livre moderne illustré par J. Ferenczi & Fils, contenait, à notre grande surprise, un grand nombre de pages inédites, parfois féroces, sur le petit monde politique et culturel de Plassans. Ces pages inédites seront donc adjointes à l'édition à venir des Chroniques, qui sera donc finalement réalisée en fac-similé de cet ouvrage.
Ce livre sera très prochainement disponible à l'achat, et nous tiendrons informés de cette publication les lecteurs qui suivent, semaine après semaine, sur la Toile, l'exhumation des articles de notre ancêtre.


Succession N. Stavroguine


 

couv_plassans.jpg

 

02.08.2009

Les vacances du pouvoir

Après la vacance du pouvoir, les vacances... Mais "Les Frelons" poursuivent leurs enquêtes dans la chaleur de l'été 1909. Alors que le bloc-note de Monsieur de Castreneuf sera prochainement mis en sommeil pour cause de congés bien mérités, nous poursuivons notre tâche, avec un nouveau feuilleton sur les vacances des élus de notre coeur, le devenir de tous nos sympathiques personnages publics... Premier épisode, ce jour, avec un article sur Maître Pezest. À suivre, un article très atttendu sur Monsieur de Gensanat et ses nouveaux projets pour le Pays de Plassans, les vacances de la Marquise aux Indes... Ne manquez pas ce grand feuilleton d'amour et d'ivresse du pouvoir !

 

vacances_marquise.jpg
Notre document : "Un navire se prépare à accoster des terres lointaines ; l'exotisme et le dépaysement sont au bout du voyage... après une lutte acharnée, les uns comme les autres vont goûter à un repos bien mérité...  Mais leurs aventures ne sont pas encore terminées, bien au contraire. Aux antipodes, les nouveaux mystères de Plassans les poursuivent...  Énigmes, passions et aventures seront au programme de notre feuilleton qui se poursuit et se développe...  À suivre tout (le reste de) l'été dans votre feuille favorite, Les Frelons."

À SUIVRE...

 


28.07.2009

Quarante-huitième jour - Histoire des Treize

Le premier conseil échevinal a enfin eu lieu, ce dimanche, exceptionnellement. Plus une journée à perdre pour reprendre le travail, abandonné précipitamment voici plus de quarante jours pour cause de cette annulation de sinistre mémoire.


Désormais, le pouvoir n’est plus vacant. M. Abricottiès, le chef de la délégation préfectorale qui avait repris les clefs des mains de la Marquise de Joie-Ceinte les lui a d’abord rendus dans la semaine, et sa charge a pu lui être enfin remise. Par voie de conséquence, le conseil a été convoqué dans la plus grande urgence, ce dimanche. Les élus de la majorité étaient tous parés de leurs plus beaux atours, pour ce merveilleux événements ; l’opposition vient unie, dans des tenues beaucoup plus décontractées – ses membres prévoyaient sans doute que l’ambiance serait chaude.

La foule était venue en masse, en la salle des Marquis de Provence, si bien que, pleine comme un œuf, elle ne pouvait plus accueillir de public au moment fatidique : neuf heures était en effet l’heure du grand rendez-vous.

 

 

48ej_refuse.jpg

Notre document : "On refusait du monde, Salle des Marquis de Provence, dimanche matin. Sur notre document, un bon père de famille soucieux d'éducation civique, souhaitait montrer à ses enfants le conseil échevinal. La porte lui a été fermée : "C'est complet !". Heureusement, une étrange lucarne, dans une grande salle du rez-de-chaussée, retransmettait les débats (sic) par un procédé moderne. Cette petite famille a pu ainsi assister en toute tranquillité au sain débat démocratique qui a eu lieu ce dimanche en l'Hôtel de Ville de Plassans."


La grande inconnue était la suivante : les opposants à la Marquise allaient-ils se présenter au conseil ? Monsieur Maidevet, qui a déposé un recours contre la nouvelle élection, avait en effet menacé de boycott le premier conseil, car il ne reconnaissait pas la légitimité du scrutin. On sait aujourd’hui ce qu’il en fût : ils ne purent ne pas venir. Malgré ces effets d’annonce, les Treize sont arrivés place de l’Hôtel de Ville, et ont pénétré, fiers et droits, dans la grande salle aux lambris vénérables. Monsieur de Guindet s’est même levé un instant, fort digne, et a présenté ses hommages à la Marquise en l’assurant que personne ici ne remettait en cause sa légitimité – ce qui est curieux, puisque son groupe a déposé un recours.

 

 

 

48ej_jeunes.jpg

Notre document : "Les nouveaux élus s'étaient mis sur leur trente-et-un pour leur premier conseil et leur présentation à la Marquise. Ici, deux jeunes élus, très intimidés, sont présentés à Madame de Joie-Ceinte. Elle les accueille avec bienveillance : n'est-elle pas notre bourgmestre à tous ?"


Le conseil a été houleux, et il est advenu de premières échauffourées. Au départ, ainsi que le veut la tradition, le Baron Chauraud, doyen de l’équipe échevinale, a fait l’ouverture, puis Madame la Marquise, pour qui désormais tout va très bien – ou presque –, a représenté la même équipe, avec quelques menus changements. Citons quelques exemples : Monsieur Rejeton perd la délégation de l’Assainissement et de la Propreté au profit de la responsabilité d’un quartier excentré de la ville, celui des Facultés. Monsieur de Pahaulys obtient des charges supplémentaires, en récompense de sa fidélité et de ses actions pendant la campagne, pourtant menée au pas de charge.


Il est beau de voir que la jeunesse est récompensée et que, selon la formule de monsieur de Meillère, le futur ne manque pas d’avenir dans l’entourage de Madame la Marquise.
Hormis ces quelques permutations, l’équipe reste inchangée, tant Madame de Joie-Ceinte est fière de ses affidés et de leurs résultats de jadis.

Madame la Marquise est en revanche bien plus critique sur l’action de ses opposants, qu’elle a vertement tancés à un moment crucial de ce premier conseil.

 

 

48ej_marquise.jpg

 

Notre document : "La Marquise de Joie-Ceinte avait préparé une de ces belles interventions dont elle a le secret, comme de coutume, pour son premier conseil échevinal. Tout Plassans en a parlé !"


Déjà, dès la déclaration liminaire, Monsieur Maidevet avait eu des paroles terribles : contrairement à ce que devait assurer plus tard son soutien Monsieur de Guindet, il proclama une lapalissade : le scrutin avait été serré. Doux euphémisme, puisque centre quatre-vingt-sept voix séparaient la liste battue de celle qui avait remporté la victoire. « Votre légitimité est équivalente à la nôtre, avertit ainsi Monsieur Maidevet. Nous contestons la légalité de votre élection. » Il avertit qu’un recours avait été déposé et que désormais, il fallait compter les Treize au nombre des Vigilants qui allaient courir la Cité et le Conseil échevinal à la quête  de chaque irrégularité ou injustice. Belle envolée, et nous sommes impatients de voir à l’œuvre ce moderne Robin des Bois : sera-t-il aussi vigilant en justice sociale qu’en justice politique ?

 

 

48ej_serieux.jpg

Notre document : "À côté des plaisanteries de conseil échevinal, les choses sérieuses commencent : il faut présenter le petit dernier à l'élu de son quartier afin de lui trouver un poste en mairie. C'est une course contre la montre qui s'engage : il n'y aura pas de place pour tout le monde, et un nouveau recours viendrait gâcher les efforts des plus valeureux ! "

 

Madame la Marquise écouta sous les huées de ses alliés, présents en masse dans le public. Ce n’est que plus tard qu’elle répliqua, qualifiant les Treize de « pathétique ». Mais le plus gros restait à venir. Il fallut un instant choisir les représentants de l’opposition au Conseil du Pays de Plassans. Monsieur Maidevet avait présenté six hauts personnages, dont Monsieur de Peresty. Mais Monsieur de Peresty, Madame la Marquise n’en voulait point. Les raisons étaient personnelles. Une violente inimitié déchire aujourd'hui les alliés de 1901. Cela fit scandale : c’est là que Monsieur de Guindet assura que personne ne contestait la légitimité de l’élection de Madame la Marquise – ce qui est curieux, répétons-nous, puisque les Treize ont déposé la semaine dernière un nouveau et fatidique recours.

 

48ej_quitte.jpg

Notre document : "La coupe est pleine, nous ne la boirons pas jusqu'à la lie ! Les Treize, offusqués, décident de quitter le Conseil échevinal. À la sortie de l'Hôtel de Ville, les journalistes et les daguerriens qui guettaient l'incident ont pu enregistrer les réactions amères des Treize, depuis largement répandues dans les feuilles locales."


Monsieur de Guindet demanda instamment à Madame de Joie-Ceinte de respecter la demande, coutumière, de l’opposition. La Marquise s’y refusa. Monsieur de Peresty s’enflamma. Madame de Joie-Ceinte eut des mots très amers, haussa les épaules, en un geste peu noble, mais évocateur. Les Treize quittèrent la salle – plus tard la majorité présente vota la liste des conseillers communautaires et remplaça Monsieur de Peresty par Monsieur Hammi.

 

 

48ej_depresty.jpg

 

Notre document : "Monsieur de Peresty, fortement ébranlé par la terrible nouvelle : c'est sûr, à présent, la Marquise ne l'aime pas ! Monsieur de Guindet est venu, en vain, à sa rescousse ainsi qu'à son chevet. C'est un nouveau coup dur pour l'homme fort du Modème, qui perd ainsi une place de conseiller communautaire et un beau moyen de se placer en opposant à la Communauté du Pays de Plassans, où l'élection de 1908 ne lui avait pas permis de siéger."



Il est dit dans la feuille locale que les conseillers communautaires ne siègeront pas. Est-ce vrai ? Dimanche prochain, un nouveau conseil est prévu : les Treize y siégeront, avant la « trêve estivale ». Madame la Marquise a prévu, paraît-il de visiter nos lointains Comptoirs des Indes pour se détendre de ces joutes terribles qui ont obscurci le ciel radieux de Plassans. Puisse-t-elle y trouver une sérénité perdue et oublier, ne fût-ce que le temps de ce périple indien, l’esprit de vengeance qui semble désormais l’animer.

 

 

48ej_indes.jpg

 

Notre document : "La Marquise préparerait un voyage dans nos lointains Comptoirs des Indes. Au pays des Maharadjahs, retrouvera-t-elle un peu de cette quiétude qui était devenue la sienne en mars 1908 ?"

19.07.2009

Trente-neuvième jour - Jour d'élections

 

39ej_preparatifs01.jpg

 

«  - Tu me parais bien calmé sur la politique ?
- Effet de l'âge dit l'avocat.
Et ils résumèrent leur vie.
Ils l'avaient manquée tous les deux, celui qui avait rêvé l’amour, celui qui avait rêvé le pouvoir. (….)
Et quand ils eurent fini :
- C’est la ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frédéric.
- Oui, peut-être bien. C’est là ce que nous avons eu de meilleur, dit Deslauriers. »

Flaubert, L’Éducation sentimentale

 

 

39ej_preparatifs.jpg

 

« Si l’on te pousse dans une entreprise dont tu as peu de chances de sortir indemne, fait montre de la meilleure volonté du monde, prépare-toi avec ostentation, mais, en même temps, débrouille-toi pour mentionner à tout propos les obstacles qui se présentent dans l’immédiat. Cela te donnera le temps d’imaginer les dispositions contraires qu’il convient de prendre. »

Mazarin, Bréviaire des politiciens

 

 

39ej_melange.jpg

 

« J’ignore si ce mélange, auquel je ne puis apporter remède, plaira ou déplaira. »

Chateaubriand

24.06.2009

Seizième jour

C’est une même ferveur qui, hier, étreignait tout le peuple de Plassans, venu en masse pour l’inauguration de la permanence électorale de la Marquise de Joie-Ceinte. Seize longues et rudes journées après l’annonce de l’annulation des élections de 1908, la Marquise et l’équipe de ses fidèles avaient en effet, sur le Cours Mirabelle, convié le bloc des partisans toujours présents à la soutenir, la foule de ceux qui refusaient le sac de Plassans par les aigris, les jaloux et les revanchards.

 

 

16ej_allocution.jpg

Notre document : "Nouvelles scènes de liesse populaire, sur le Cours Mirabelle cette fois. Les badauds se joignaient à la foule des admirateurs de la Marquise, mais on a pu constater que nombre de Plassanais ignoraient que l'élection de 1908 avait été annulée... Les curieux, qui ne savaient pas trop ce que l'on venait fêter ou annoncer, arrivaient circonspects : mobilisation générale ? armistice ? campagne électorale ? innovation publicitaire ? début des soldes ? Prudents, les Plassanais ignorants avaient sorti tous leurs drapeaux, "au cas où"... mais les mâles accents de la Marquise suffirent à faire taire leurs angoisse et à calmer leurs doutes : c'était bien d'une nouvelle élection qu'on venait leur parler."


Tous faisaient corps autour de la Marquise, sur le cours Mirabelle. Armés d’un porte-voix, certains faisaient la claque. L’ambiance était chaleureuse, l’atmosphère lourde, les mots parlaient d’orages. Les adjoints au bourgmestre d’hier, reconduits à l’identique – excepté de menus changements, que l’on dévoilera plus tard –, étaient derrière elle sur les clichés que les daguerriens, venus en nombre, allaient confier aux feuilles locales pour les papiers du jour. La présence de Monsieur de Gensanat fut remarquée. Ami d’avant-hier, ennemi d’hier et de nouveau soutien d’aujourd’hui - de quoi demain sera fait ? –, le Conseiller faisait forte impression, et on a pu constater combien, malgré ses revirements de 1908, il était toujours populaire auprès des Plassanais. A nouveau, Monsieur de Gensanat, efficace, avait endossé son plus beau costume pour l’occasion – qui était historique. C’était le rapprochement inespéré, attendu, indispensable. La Marquise ne pouvant, comme ses adversaires, compter sur des regroupements improbables de partis éloignés, elle devait combiner avec ses fidèles et apparentés. Des logotypes de partis familiers égayaient déjà ses premiers placards ; « Le Nouveau Mitan » de Monsieur de Gensanat en était : il était donc indispensable que, par sa popularité incroyable et par ce soutien capital, il fût parmi les partisans du jour.
Toujours fringant, encore plus vif que lors de la dernière union qu’il prononça en l’Hôtel de Ville, en ce jour fatidique où la Marquise rendit sa charge, Monsieur de Gensanat, après l’allocution remarquée de la Marquise, allait vers le peuple, les amis, les soutiens, mais aussi les anonymes et les curieux. Pour chacun il avait un bon mot, une accolade, une poignée de main. C’était lui le succès de la soirée – hors la Marquise, bien sûr, qui fût royale.

 

 

16ej_allocution01.jpg

Notre document : "La présence de Monsieur de Gensanat fut remarquée. Toujours populaire, le Conseiller Général était pourtant en 1908 opposant à la Marquise dans la liste de Monsieur de Peresty. Ce ralliement de raison lui coûte son amitié avec Steven Salford et une réprimande du professeur de philosophie Peresty. "Qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le flacon !", disent les méchants. Mais peu lui chaut, car seul Plassans compte ! Et les vivats et les bravos qui accompagnent chacune de ses prestations suffisent au bonheur de M. de Gensanat. "


Depuis quelques années, les discours politiques se font dans des permanences, de grandes salles louées expressément pour l’occasion, ou, comme cette fois, dans la grand-rue. Autrefois les mêmes rencontres politiques se faisaient dans des brasseries, des lieux familiers et quotidiens. Ce sont désormais des lieux ouverts, conviviaux, où l’ouvrier, le patron comme le chemineau peuvent se croiser qui ont l’affection des hommes publics modernes. L’allocution de la Marquise se fit donc en place publique, sur ce cours Mirabelle qui connût tant de proclamations, d’événements (depuis les exécutions publiques de la Révolution aux plus récents carnavals).

 

 

16ej_allocution02.jpg

 

Notre document : "Sur une estrade de fortune défilent les membres de la liste de la Marquise de Joie-Ceinte, visiblement reconduite à l'identique (la liste, pas Madame la Marquise). Après son allocution, et le verre de l'amitié, la Marquise regagne ses quartiers, et se fraie un passage parmi la foule, distribuant baisers, accolades et bons mots."


La Marquise était en voix, et plein de courage. Ses phrases furent fortes et belles. Elle parla de courage, d’honneur. J’invite les lecteurs à se procurer la feuille qui aujourd’hui rend public le discours qu’elle fit. Madame de Joie-Ceinte fit l’appréciation de ses charges passées, parla d’avenir. Elle évoqua même les riantes années, où, nouveau-né, elle était déjà dotée d’un fort caractère. La foule rit de bon cœur à tous ces souvenirs, comme aux promesses – confondant parfois promesses, souvenirs et bilans, dans un joyeux chahut dont ne devait finalement ressortir que la personnalité attachante de la Marquise. De son discours une feuille comme « Le Petit Provençal » ne retient pas grand-chose ce matin, mais la foule présente se souviendra longtemps des accents de sincérité de la Marquise. On peut résumer en effet la campagne, à ce stade, à une querelle d’adverbes. À l’« assurément » de Steven Salford et aux « obligatoirement » du nouveau couple Maidevet-de Peresty, Madame de Joie-Ceinte répondit, hier soir : « forcément ». Et la foule en liesse qui mit du temps à s’éparpiller sur le cours Mirabelle, longtemps après que les forces de la Marquise le quittèrent devra longtemps se souvenir de la force tranquille de celle qu’ils ont jadis portée au pouvoir – et sur laquelle portent aujourd’hui tous leurs espoirs.

 

 

 

16ej_noce.jpg

 

Notre document : "A quelques rues du Cours Mirabelle, on célèbre une improbable noce, celles de la carpe et du lapin. Mais la fable nous rappelle le souvenir édifiant de la tortue... Monsieur de Peresty, aux bras de M. Maidevet, en un mariage de raison électorale. L'union sera-t-elle durable et profitable ? Comme dirait M. de Salford : "Wait and see"..."


D’autres espoirs naissaient, de nouveau, à quelques rues de là. Renaissant de cendres bien froides, une force tentait encore de s’élever. Un phénix qui entendait s’opposer à la Marquise, lui barrer le passage, comme naguère, comme toujours. Une union impossible était célébrée en effet dans le même temps que l’allocution de la Marquise, sur la place publique et dans un local de marchand d’instruments de musique en déshérence.
Délaissant son précieux Atelier, qui trop plein des souvenirs de Madame Royale et des élections perdues du passé, Monsieur Maidevet avait convié ses soutiens à la célébration de son mariage de raison électorale avec le Modème, parti du Mitan opposé à celui de Monsieur de Gensanat.


Monsieur Maidevet était bien sûr aux bras de Monsieur de Peresty, et tous deux accompagnés de M. de Guindet, demoiselle d’honneur de ce bien curieux couple, sommé par le Président Gueyriny de se joindre à leur improbable liste.

 

 

16ej_mariage.jpg

Notre document : "Monsieur Maidevet porte un toast à la liste d'union qu'il a eu tant de mal à former. Adepte de la méthode moderne Emile Coué, qui a tant de succès de nos jours, l'avocat d'affaires a répété plus de vingt fois, dans la même soirée, la même phrase : " Tous les jours, à tous points de vue, ma liste va de mieux en mieux". Et il songe déjà à l'ouverture au Groupe Vert et à la gauche de la gauche de sa manche gauche, pour le second tour... Difficiles arithmétiques en prévision. La méthode du Docteur Coué ne sera pas de trop, en effet, pour garder le cap et le moral dans les prochaines semaines ! "


De la liste, il fut difficile d’accoucher. Les premiers furent les derniers, et les derniers, rayés d’un trait rageur par un Monsieur Maidevet décidément rancunier. Les alliés de Maître Pezest, par exemple, et comme une récente de nos chroniques vous l’apprenaient, ne devaient finalement pas faire partie de l’aventure – pour leur bonheur. Monsieur Maidevet, qui décidément avait une bien vilaine dent contre l’avocat marseillais dissident de 1908, refusa toutes les propositions des amis de Maître Pezest. La couverture de la route, par exemple, obtint une fin de non-recevoir. Monsieur Maidevet n’avait guère d’idées, mais il n’entendait pas prendre celles des autres, surtout quand elles lui étaient aussi visiblement étrangères. Monsieur Maidevet n’est pas un bâtisseur – malgré son expérience fort remarquée quand il fût en charge des Constructions lors des mandats de Monsieur de Picherasle et dont beaucoup se souviennent encore – et son activité encore récente prouve bien qu’il n’a que peu en commun avec ces rois constructeurs dont Maître Pezest se voulait un héritier.

 

 

16ej_mariage02.jpg

Notre document : "Monsieur de Peresty, philosophe, se prête également à l'exercice des toasts. On imagine sans peine que dans la salle où a été dressé le banquet républicain de ce soir, les ennemis haineux d'hier sont devenus les témoins du mariage de raison électorale d'aujourd'hui. Mais Monsieur de Peresty garde le cap - Monsieur Maidevet lui ayant fait découvrir les bienfaits de la méthode du Docteur Coué. "


La liste donc, issue du cerveau fécond de Monsieur Maidevet, ne fit pas la part belle aux amis de Maître Pezest. Monsieur de Peresty était également un grand perdant de cette union. La dot n’était pas fameuse, et le marié, employait beaucoup l’impératif. Si les sourires étaient de façade, les murmures et contradictions se voyaient déjà. Quelques verres n’étaient pas de trop pour que la bourrée de fin de banquet ne dégénère déjà en rixe.
Monsieur de Peresty avait beau afficher le sourire de circonstance, sa liste « Filiation Plassans » est réduite à peau de chagrin dans la noce triste que l’on pouvait voir hier soir. Délesté de ses soutiens d’hier et ennemis d’aujourd’hui, MM. Salford et de Gensanat, abandonné par la comédienne populaire Andrée de Fayréalles, c’est pratiquement seul qu’il doit tenter de mener la barque de Monsieur Maidevet. Arriveront-ils à bon port ? Monsieur de Guindet expliquait jadis, il y a une éternité (à peine l’année 1907 pourtant), pourquoi il ne pouvait décemment rejoindre Monsieur Maidevet et préférait Monsieur Pezest et l’ancien bourgmestre Picherasle. Tiendra-t-il jusqu’au bout le rôle que le Président Gueyriny, décidemment bien despotique, lui a dévolu ? Les partisans venimeux de Maître Pezest, traités en pestiférés, donneront-ils leurs voix pour l’ingrat Maidevet ? Pour l’improbable alliance avec un Monsieur de Peresty aux forces amoindries ? Une telle union, portée au pouvoir, pourrait-elle gouverner durablement ? C’est ce que les prochaines semaines montreront.

 

 

 

16ej_mariage01.jpg

Notre document : "André de Guindet, ragaillardi par le combat politique qui s'approche, trinque à l'ouverture au centre : "Plassans peut se gagner en ouvrant au Mitan", clame-t-il au "Petit Provençal". Mais curieusement, dans la même feuille, le Conseiller de Guindet garde une dent, lui aussi, contre la liste de Maître Pezest, "cette liste qui nous a fait perdre la Ville l'an dernier !" Les plus anciens de nos lecteurs se souviendront cependant qu'au début de la campagne de 1908, M. de Guindet était un soutien de MM. Pezest et Picherasle... Mais qu'importe : maintenant que le vin est tiré, il faut le boire !"

Deux frissons parcouraient la même ville hier soir. Du cours Mirabelle, un frémissement se muant en ferveur pour l’infortunée Marquise ; de la rue des Peaussiers, un tremblement qui fait redouter des convulsions, des spasmes. Dans les deux cas, après les libations, c’est la Ville qui se lève, ce matin, avec une gueule de bois. Lequel de ces braves connaît la pharmacopée pour lever la névralgie qui fait souffrir la ville, depuis maintenant seize jours ?

09.06.2009

Premier jour - Annulation des élections

Qui ne connaît Plassans ? La "belle aux eaux crépitantes" a été popularisée par des feuilletons de mon confrère Zola, qui y a vécu et s'en est inspiré pour créer la ville imaginaire d'Aix-en-Provence dans ses romans La Conquête d'Aix-en-Provence, Le Docteur Pascal, ou La Fortune des Rougon. Plassans est également célèbre dans l’Europe entière pour ses calironds, délicieuses friandises de pâte de melon confit et d’amandes broyées, nappées de glace royale. Plassans est aussi renommée pour son goût de l’art lyrique et des récits en estampes – auxquels j’ai, pour ma part, la faiblesse de préférer l’opérette, genre résolument moderne honteusement délaissé par les pouvoirs publics depuis bien des décennies. Mais voici que je perds déjà le fil de ma pensée – et mon lecteur avec.


Plassans est surtout une ville qui a traversé l’Histoire de la Provence. Des Comtes, des Rois, des Maires s’y sont succédé, des campagnes, des batailles, des épidémies et de bien nombreux fléaux politiques… La liste serait trop longue et ce n’est pas encore le lieu ni le moment de faire une leçon d’Histoire de cette Ville vénérable.
Plassans est tristement connue dans toute la France, et jusque dans certaines contrées d’Europe, pour ses particularités politiques. Plus que partout ailleurs, les édiles de ce pays se livrent à de curieuses et violentes joutes électorales, qui reviennent à intervalles réguliers, comme la grippe ou le mildiou, et finissent immanquablement par diviser les citoyens, médusés devant tant de bassesses et de querelles étalées sur la place publique et les premières pages des quotidiens.


plassans.jpg

Notre document : "Entre deux élections, Plassans est tout de même une cité riante où les enfants, innocents électeurs de demain,  peuvent prendre le temps de contempler les beautés du patrimoine millénaire de l'ancienne co-capitale de Provence (ici le massif de Sainte-Victoire, rendu célèbre par les peintures modernes de l'artiste Cézanne)."


Pendant ces luttes que l’on dit démocratiques, le bon peuple souverain, appelé aux urnes et à l’arbitrage de ces improbables règlements de comptes, assiste impuissant à de multiples batailles rangées d’états-majors. Ces élections s’achèvent souvent dans un joyeux désordre et n’apportent pas grand-chose, in fine, à la ville elle-même – excepté de multiples et successives défigurations urbatecturales, qui en font, en 1909, au moment où j’écris ces lignes, une ville de bric et de broc à laquelle le dernier bourgmestre en date, la Marquise de Joie-Ceinte, aura désespérément tenté de redonner noble figure.

enfants_refugient.jpg

Notre document : "A Plassans, les enfants s'enfuient lorsqu'ils rencontrent un homme politique en campagne. Ici, deux écoliers se réfugient dans les hauteurs d'un platane face à un candidat de la droite modérée (oxymore) qui souhaitait leur distribuer un tract."


Mais venons-en à l’actualité la plus brûlante, celle qui a conduit la revue « Les Frelons », que j’ai l’honneur de diriger, à commander cette chronique de nouvelles élections. Celles de mars 1908, qui avaient vu la victoire de la Marquise de Joie-Ceinte, ont en effet été annulées par le Conseil d’Etat. De nombreux recours, déposés par l’ancien échevin de la Marquise, le Vicomte de Salford, ont finalement porté leurs fruits, et les élections désignant le bourgmestre de Plassans ont été tout simplement annulées, un an et mèche après avoir été gagnée haut la main par la Marquise.

 

salford_decouvre.jpg

Notre document : Un de ses fidèles lieutenants présente à l'ancien élu Steven Salford, pendant la campagne de 1908, l'un des tracts qui offense gravement son honneur. Pour lui, pas de doute : le coup bas provient des fidèles de la Marquise. Il faut contre-attaquer, mais comment ? Ce n'est qu'après la défaite que viendra l'idée de déposer un recours. Le plus vite possible !


Le Conseil, autorité supérieur, a estimé dans un arrêt rendu public en ce triste jour de juin 1909, que des attaques avaient été dirigées contre le candidat malheureux aux élections de 1908, François de Peresty, conduisant la liste « Filiation Plassans ».
Ces attaques, sous forme de libelles chantées dans les tavernes de la ville, propagées par des tracts, des petits placards insidieusement disséminés à travers la ville, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent. Il y avait dans ces écrits et ces modernes mazarinades des propos et des insinuations d’une nature et d’une gravité peu admissibles.
Pour le Conseil, ces attaques, courageusement anonymes, selon la coutume locale, ont constitué une manœuvre qu’il n’a pu être possible de mettre de côté. Selon les sages du Conseil de l’Etat, les chansons et les textes mordants propagés dans la ville on été de nature à fausser le résultat du scrutin de 1908.



jeunesames.jpg

Notre document : "De jeunes âmes de Plassans découvrent pendant la campagne de 1908 l'odieux tract mettant en cause l'honneur du Vicomte de Salford. Effarement dans la bonne société de la ville. Qui a pu produire d'aussi odieuses calomnies ?"


Plassans, notre bonne ville, en ce 8 juin 1909, aura donc connu la quatrième annulation de l'élection du bourgmestre de son histoire récente. D’après les textes de loi, il sera signifié à la Marquise de Joie-Ceinte, dans la semaine, la fin prématurée de son mandat. Un collège échevinal, mandé par le Préfet de Marseille, viendra prendre les clefs et le contrôle de la Ville, qui sera sous sa tutelle. Le collège de sages qui dirigera ensuite les affaires courantes, en l’absence de bourgmestre légalement élu, ne remettra les clefs et les pouvoirs qu’au nouveau bourgmestre, qui sera désigné après une courte campagne par le vote populaire, lors de nouvelles élections qui auront lieu d'ici trois mois, probablement en septembre. La Marquise de Joie-Ceinte a d’ores et déjà diligenté une enquête auprès des Cours de pays d’Europe alliés, car la manœuvre lui semble politique, et non juridique. Il semblerait que des ennemis de la République se soient insinué dans le collège du Conseil d’Etat, à seule fin de la contraindre à abandonner son poste. C’est tout une région qui est à la dérive, un gigantesque bateau devenu sans maître.

 

1erjour.jpg

Notre document : "La Marquise de Joie-Ceinte (à droite), en conseil de famille, reçoit de l'Huissier de l'Hôtel de Ville la terrible nouvelle : les élections qui l'ont consacrée en 1908 sont annulées par décision du Conseil d'Etat. Le poids des gros soucis se lit sur le visage de la famille de Joie-Ceinte. Mais la Marquise est impassible : la guerre contre les méchants, les revanchards et les jaloux doit reprendre. Dès demain."



La procédure en révocation de l'ancien adjoint d’origine galloise, Salford, qui a conduit à cette annulation, est nommé, comme nous l’avons dit, un « recours ». Nous reviendrons, dans ces colonnes, sur les événements de 1908 qui ont conduit à cette procédure et à l’annulation qui frappe aujourd’hui le paysage politique de Plassans. Toute la ville est dès ce matin sous le choc de la nouvelle, car notre bourgmestre avait remarquablement oeuvré pour la Ville et son départ prématuré, signe des temps, ôte un grand espoir de prospérité et d’affaires, car, sans le bourgmestre et les membres de son conseil échevinal, ce sont bien des projets qui tombent à l’eau et ne pourront sans doute pas être remontés.

Les nouvelles élections, qui devront se tenir dans un délai de trois mois, s'annoncent déjà mouvementées. (A suivre...)

 

 

marquise_priant.jpg

Notre document : "Après le camouflet infligé par le Conseil dEtat, la Marquise s'en remet à de plus hautes instances pour faire valoir son bon droit et demander la grâce d'une réelection triomphale bien méritée. Sera-t-elle entendue ? Car les menaces, nombreuses, planent sur Plassans et l'ennemi est toujours à l'affût de la moindre de ses faiblesses, au loin..."