19.07.2009

Trente-neuvième jour - Jour d'élections

 

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«  - Tu me parais bien calmé sur la politique ?
- Effet de l'âge dit l'avocat.
Et ils résumèrent leur vie.
Ils l'avaient manquée tous les deux, celui qui avait rêvé l’amour, celui qui avait rêvé le pouvoir. (….)
Et quand ils eurent fini :
- C’est la ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frédéric.
- Oui, peut-être bien. C’est là ce que nous avons eu de meilleur, dit Deslauriers. »

Flaubert, L’Éducation sentimentale

 

 

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« Si l’on te pousse dans une entreprise dont tu as peu de chances de sortir indemne, fait montre de la meilleure volonté du monde, prépare-toi avec ostentation, mais, en même temps, débrouille-toi pour mentionner à tout propos les obstacles qui se présentent dans l’immédiat. Cela te donnera le temps d’imaginer les dispositions contraires qu’il convient de prendre. »

Mazarin, Bréviaire des politiciens

 

 

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« J’ignore si ce mélange, auquel je ne puis apporter remède, plaira ou déplaira. »

Chateaubriand

17.07.2009

Trente-septième jour

Quelques jours nous séparent désormais de l’issue du scrutin exceptionnel qui agite tout Plassans. Les pronostics vont bon train et, de la rue des Pausseurs au Cours Mirabelle, chacun veut croire en la victoire.


Pourtant, Monsieur Maidevet, rejoint à présent par les amis de la Nature, a annulé son grand meeting de la semaine. Avait-il peur que les militants socialistes s’empoignent avec ceux du Mitan, ceux du Mitan avec les amoureux de l’environnement ? Le fait est qu’il a préféré ces réunions informelles, « sur le pouce », dans des estaminets tranquilles de Plassans pour porter la bonne parole de sa liste d’union – mais quelle parole, au fait ?
Sans doute aura-t-il suivi l’exemple de Steven Salford, pour cela. On se souvient en effet que le Vicomte de Salford, dans son échoppe de la route du Gars-Lisse - un restaurant « sur le pouce » - préférait  l’atmosphère intime des comptoirs aux grandes assemblées pour propager ses bonnes idées. Le résultat de dimanche dernier fut également… intime. On peut le regretter, sans doute était-ce une « erreur d’appréciation », comme nous l’a assuré un de ses proches au soir du premier tour. Nous pensons, nous, que cela faisait partie de sa stratégie, et que cela suivait l’idéal que M. de Salford s’était fixé.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet a annulé son grand meeting. Sans doute redoutait-il des rixes entre militants des différentes factions qui forment désormais sa liste bigarrée ? Ici, un militant ami de la Nature arrose un militant Modème (reconnaissable à son costume trois-pièces)."


En tout cas, le Vicomte n’a pas longtemps hésité à appeler à "voter futile" pour la liste hétéroclite de Monsieur Maidevet. Dans une bonne feuille du « Petit Provençal », on le voit, accompagné de Monsieur Hagaupiand, ce dernier lui mettant la main sur l’épaule. Geste fort, geste de camarade. On oubliera, pour ce cliché, toutes les méchancetés qu’avait pu dire par le passé Monsieur Hagaupiand sur le compte du pauvre Vicomte. En politique, d’aucuns ont la mémoire courte.

 

 

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Notre document : "C'est dans son fief de la route du Gars-Lisse que le Vicomte de Salford a reçu une bien étonnante visite. Autour d'un bon café arrosé, M. Hagaupiand est en effet venu soutenir M. de Salford dans sa démarche louable d'apport de voix à M. Maidevet."


Certains hommes de gauche regrettent amèrement ce soutien. Monsieur de Salford est en effet homme de droite et si la pilule du ralliement originel au Mitan fut dure à avaler, celle du soutien reconnu et apprécié du Vicomte l’est aujourd’hui encore plus, pour ces militants socialistes convaincus. Qu’est devenu l’idéal de gauche, en effet, dans cette liste sans âme, bigarrée, qui accepte tous les soutiens, pourvu qu’ils soient contre la Marquise de Joie-Ceinte ? Cela ne fait pas un programme, et nombre de socialistes déterminés enragent en silence de voir ainsi leurs belles idées passées sous le boisseau du calcul politicien.

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Notre document : "Au banquet du soir du premier tour, rue des Pausseurs, un jeune militant ingénu laisse échapper sa colère : "Camarades, que sont nos idéaux devenus ? Allons-nous accepter toute la Droite dans nos rangs ? Allons, reprenez-vous !"


Pour prendre la ville les hommes de cette famille politique recomposée sont prêts à tout. Un de nos informateurs nous a en effet assuré – mais cela reste à confirmer – que, dés dimanche soir, le Vicomte de Salford était en contact avec Monsieur Maidevet pour une bien étrange donne.

L’équipe d’union aurait en effet proposé au Vicomte, en échange de ses voix, non pas une place sur la liste définitive qui sortirait du chapeau après fusion-acquisition des amis de la Nature (une place qui lui était impossible) mais… une place de candidat à une autre élection ! On lui aurait (et le conditionnel n’est pas de trop ici, car cela reste à confirmer, tant l’information est surprenante) promis un poste de Conseiller Régional sur la liste que mènera le Président de Région sortant, le socialiste Vosèle ! On comprend que cette information nous ait étonné !

 

 

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Notre document : "La route vers les élections régionales reste encore longue et sera hérissée d'obstacles pour M. de Salford si, comme on nous l'a glissé, il entendait entrer dans le groupe du Président Vosèle."


Mais les hommes politiques sont complexes et calculateurs, quand il s’agit de pouvoir : les élections régionales sont encore loin, et une place sur une liste de premier tour peut devenir une chaise vide sur une liste de second tour – souvenons-nous des grands disparus suite aux fusions-acquisitions avec les amis de la Nature. Ces fusions pourraient devenir monnaie courante, et se systématiser pour les élections de Région.

Mais n’allons pas trop loin dans la prospective – d’autant que notre information est au conditionnel : car nous il paraît en effet impensable que M. de Salford, homme libéral, rejoigne les rangs d’une gauche qui l’a toujours honni.
Mais tout reste possible. Ne parlons-nous pas de politique ? Il paraît que l’effondrement moral de M. de Salford était grand, ce soir-là. Nous l’avons rencontré le lundi, sur la Place de l’Archevêché, et l’homme était effectivement soucieux. Il nous a assuré avoir le moral, car son équipe avait le moral, et le lui transmettait. Mais le poids des gros soucis se lisait sur son visage.

Nous avons dit ici tout le bien que nous pensons de cet homme de lettres. Il est malheureux qu’il ait fait, dès dimanche, l’objet d’un calcul égoïste de la part de ceux qui veulent s’unir contre la Marquise. D’autant que, dans sa propre équipe de soutien, sur sa propre liste, beaucoup n’apprécient pas de voir le Vicomte objet de calculs de la part de la liste d’union Maidevet-de Peresty-Guindet-Gayrerrat.

 

 

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Notre document  : "Le combat va être rude, dimanche, comme pour les prochaines régionales. Beaucoup de valeureux tomberont au champ d'horreur de la politique..."

 

Espérons que, au-delà des querelles de personnes, les idées (lesquelles ?) l’emportent pour que Plassans, qui est, rappelons-le, l’objet de ces élections inaccoutumées, puisse sortir grandie de cette aventure. Mais dans ce combat de personnes, au vu des gesticulations de fontaine des uns, des propos des autres, et de la défense de l’infortunée à qui on a ravi l’Hôtel de Ville, il n’y ait guère de place pour des idées.

06.07.2009

Vingt-septième jour

Quelques nouvelles brèves des opposants à Madame la Marquise de Joie-Ceinte, relevées dans les rues de Plassans, dans les discussions de buffet, les estaminets, les places, par de nombreux espions, soutiens, pique-assiettes ou candides candidats… Les modestes citoyens, dont certains parfois nous lisent, déboussolés par cette campagne-éclair, ne pourront que sourire ou rager des anecdotes que nous citons et qui en disent long sur les mœurs politiques de notre temps, décidément bien triste.

 

 

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Notre document : "Des candidats issus de la liste de Madame de Joie-Ceinte à la chasse aux voix dans un quartier excentré de la ville. La tâche est d'autant plus difficile que la température est parfois beaucoup plus élevée dans les banlieues qu'au centre ville, en raison d'une curiosité climatique, hélas encore mal comprise par les élus locaux. "


Parmi les rangs de Monsieur Maidevet, la bataille fait rage… pour savoir qui va gouverner la Communauté du Pays de Plassans ! En effet, Monsieur Maidevet est dans l’obligation de donner quelque chose à Monsieur de Guindet ou au Professeur de Peresty. On ne peut imaginer que ces personnages se soient alliés à lui sans contrepartie. Mais la Communauté du Pays de Plassans ne connaît qu’un Président : la question est donc de savoir qui d’André de Guindet ou de François-Xavier de Peresty obtiendra cette lourde et noble charge. Sans doute le plus valeureux des deux. Mais… le mystère demeure entier, car les fusions sont inévitables au second tour, et MM. De Guindet comme de Peresty risquent fort de dégringoler dans le classement, au profit de nouveaux venus qui viendront sans doute ajouter leurs voix à celles (déjà discordantes) de celles que pourra rassembler, malgré les pertes prévisibles, notre trio de choc.

 

 

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Notre document : "Les questions fondamentales au coeur de la campagne socialiste : l'épineux problème du positionnement des candidats sur les listes. Deux militants socialistes, autour de l'ancien champ de courses, se font l'écho de nouvelles variations dans les listes de fusion du second tour...  Les pronostics vont bon train. "

 

Ces nouveaux venus sont évidemment la Gauche de la Gauche, et le Groupe Vert, habitués aux compromissions d’usage lors des alliances politiques de jadis. Mais il y a deux inconnues à cette campagne : le chiffon orange de la présence du Modème, organe du Mitan considéré comme affreusement de droite par beaucoup des soutiens de M. Maidevet, et la présence décidément encombrante pour beaucoup de M. de Salford.


Il faut compter en effet avec Monsieur de Salford dont le résultat pourrait marquer la surprise. Même s’il s’en défend, M. de Salford est déjà courtisé ou en attente de l’être, par les uns et les autres. Le divorce d’avec Madame de Joie-Ceinte semble définitivement consommé, tant M. de Salford se répand en critiques (appelées aussi vilenies par certains). Pour ce qui concerne le second tour, M. de Salford s’annonce déjà très gourmand – des bruits courent qu’une fois élu, le Vicomte en effet se voit déjà habilité à faire régner la justice et à « couper des têtes » à la Communauté. Dans un de ses billets, dont il a le secret, Monsieur de Castreneuf, radical socialiste à la verve bien connue, n’hésite pas à écrire que personne ne veut s’allier à M. de Salford. « À moins qu’au soir du premier tour un désastre des oppositions soit tel qu’une seule nuit de calcul et de reniement suffise aux têtes de liste pour lui trouver soudain des vertus insoupçonnées. » Fort belle phrase dont nous sommes jaloux ici, à la rédaction des « Frelons » et que nous aurions aimé pouvoir imaginer, sinon écrire. Elle résume à elle seule tous les calculs que les politiques sont capables d’imaginer, les alliances de circonstances et les désaveux de lignes de gouvernance que les mêmes hommes publics peuvent prendre, pour obtenir le pouvoir, au détriment des idées… et des idéaux. Qu’elles sont loin les batailles d’hier pour la démocratie, les idées, et le respect du peuple !

 

 

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Notre document : "Certains retournent régulièrement leur veste ; d'autres en sont au stade de retourner leur pantalon. Ici, un candidat (non déterminé) analyse toutes les possibilités de ralliement au second tour."


Les pronostics et les calculs vont donc bon train chez les socialistes rejoints par le Mitan, et les présentes élections semblent devenues une partie de chevaux, dans les quartiers généraux des opposants à la Marquise. On a pu voir que d’importants calculs étaient actuellement à l’étude dans l’Atelier de MM. Maidevet, Guindet et de Peresty, pour les positions, les rangs, les fusions à venir. – fusions, acquisitions, que par son métier Alexandre Maidevet connaît bien…

 

 

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Notre document : "M. Hagaupiand ne décolère pas : où se retrouvera-t-il suite aux fusions du second tour. Déjà que la fusion-acquisition du premier tour avec la liste Modème l'a renvoyé au plus bas de la liste Maidevet-de Peresty, il risque de tout perdre au second avec une position inéligible !

 

Monsieur Hagaupiand, lui aussi, fulmine, tempête. Il sait en effet qu’il va reculer entre les deux tours, dans son rang sur la liste d’union. Ce personnage jadis d’importance attend les résultats du 12 juillet 1909 et surtout les tractations du 13 avec une vive inquiétude. Contraint de reculer, où va-t-il se retrouver ? En se retrouvant trop loin, il risque de ne pas se trouver en position éligible et… de ne plus siéger au Conseil échevinal. Et sans siège au Conseil, pas de chance d’être élu au Conseil Communautaire, ni d’en redevenir un des vice-présidents, comme naguère ! Tout une stratégie politique au service des Plassanais risque ainsi de se trouver anéantie, par le jeu des chiffres, pronostics et calculs de positions ! Maudite statistique ! Mais les gens bien informés (et il s’en trouve dans tous les camps) l’assurent : il n’est pas dit que les édiles de la Communauté qui y siègent encore aient à nouveau inclination de voir M. Hagaupiand revenir parmi eux. Pour nombre d’entre eux, il n’en est plus question. Quant à Madame la Marquise, peut-être n’aura-t-elle plus le caprice, comme jadis, de vouloir l’ouverture et de redonner la charge à un M. Hagaupiand qui aurait tant déplu, aux uns comme aux autres. La messe semble donc dite pour le bon Monsieur Hagaupiand, pour son camp comme pour ses rivaux.

 

 

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Notre document : "La vice-présidence Hagaupiand montrée du doigt par ses collatéraux du Parti Socialiste. Nombre d'édiles locaux ne le souhaitent plus à leurs côtés à la Communauté du Pays de Plassans. Pourtant, l'homme y a brillé."



Nous avons rencontré un édile qui nous a fait bien rire en nous contant une plaisanterie. Celle-ci mérite d’être intégralement reprise, même s’il s’agit sans doute d’une rêverie amusante. Le groupe Vert aurait été confronté il y a peu de jours à un premier problème. On sait Monsieur Gayrerrat défenseur de la langue d’oc. La juge Eve Hageauly, récemment élue au Parlement d’Europe, est attendue à Plassans pour un grand raout en faveur de la liste du Groupe Vert – dans le but de renouveler au local les succès des précédentes élections européennes. Les soutiens de M. Gayrrerat se sont rapidement trouvés confrontés à un épineux problème : le bonhomme va-t-il parler en français ou en occitan ? Venue spécialement de ses nouvelles terres de Bruxelles pour entendre le représentant Vert de Plassans, la juge Hageauly aura-t-elle la surprise de découvrir un occitan pur souche lui parler dans sa belle mais peu compréhensible langue d’oc pour l’occasion ? S’il renonce à défendre cette fois sa chère langue natale, M. Gayrerrat aura-t-il d’ailleurs un discours écrit en français, ou bien ses soutiens lui auront-ils préparé un discours écrit en phonétique, cette discipline récente amenée à résoudre bien des problèmes de langage entre les pays ?

 

 

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Notre document : "Eve Hageauly attendue de pied ferme, mais avec une certaine inquiétude, par les Verts Plassanais. Ici, le navire scandinave spécialement affrêté d'Ostende, qui arrive en rade de Marseille. "


La plaisanterie est aisée, me direz-vous, mais elle permet de souligner un plaisant trait de la personnalité de M. Gayrrerat, en même temps qu’une particularité Plassanaise de la liste Verte, qui est bien loin des déclarations d’intention et des projets que les Verts défendent, à l’échelle nationale ou européenne. La ligne de M. Gayrrerat, atypique, est loin de celle des figures nationales des Amoureux de la Nature. S’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, il y a plusieurs Groupements dans la Maison des Verts… et bien malin celui qui devinera ce qu’un conseil échevinal en occitan pourra bien changer au quotidien des Plassanais dans leurs quartiers les plus populaires !


La défense de la Nature peut avoir de bien imprévisibles conséquences. Spectacle touchant : on a pu voir M. de Salford dodeliner et s’endormir, tête sur l’épaule, pendant la présentation tardive du « Pacte naturel » du Docteur Halymit, du sommeil du juste. Ses détracteurs, présents dans l’assemblée (l’écologie ayant bonne presse de nos jours), donnaient deux explications à cette somnolence toute sénatoriale : soit la tournée électorale des estaminets du coin avait été un peu trop arrosée ; soit les émeutes devant le Consulat dont il a la charge, avaient eu raison des dernières forces du jour de M. de Salford. En vérité, ce que les méchantes langues ne reconnaissaient pas, c’est qu’endormi ou non, le Vicomte avait eu in fine l’audace de signer le Pacte – ce que certains de ses opposants se refusent encore aujourd’hui de faire.

 

 

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Notre document : Monsieur de Salford réveillé en sursaut par une pensée affreuse : faudra-t-il réellement appliquer toutes les conditions du Pacte naturel du bon docteur Halymit ?"


On a peu parlé dans ces pages de l’extrême gauche, qu’il ne faudrait pas tenir pour quantité négligeable, mais… qui pose le problème du traitement d’idées qui ont défrayé la chronique en Angleterre, en Russie et ont conduit à des errements, des tentatives de coups d’état, bref, des violences et du saccage. La gauche de la gauche Plassanaise est très loin (trop loin) du marxisme originaire pour pouvoir tenir la comparaison avec les lignes puissantes de MM. Marx ou Engels. Toutefois, la pensée de ces économistes et philosophes trouvent en Madame Lecompte, en Pays de Plassans, une moderne héritière. Il convient donc d’en parler, ne serait-ce que pour quelques lignes. Madame Lecompte n’est pas une comtesse et n’entend rien partager avec les nobles figures de droite et de gauche que nous avons pu décrire ici. Elle est la tête de liste des Communistes et de l’extrême gauche. Il y a beaucoup et peu à dire sur les partis et programmes qui composent cette liste étonnante. Jadis encore alliée avec Monsieur Maidevet, elle a refusé, avec ses comparses, de faire désormais alliance avec quelqu’un qui est capable de serrer la main de Monsieur de Peresty, qui, tout au Mitan qu’il soit, fait de toute évidence partie de la droite la plus dure et la moins fréquentable – du moins pour la Gauche de la manche gauche de Monsieur Maidevet. Cette manche gauche, qui réserve plus d’un tour, désormais, au pourtant habile Maidevet, se fait discrètement entendre, avec des discours au marxisme franchement édulcoré et tout empreint de pragmatisme.

 

 

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Notre document : "Le saviez-vous ? Le parc des logements sociaux de la ville de Plassans comprend de charmantes petites datchas à loyer modéré. Qui a dit qu'il y avait une crise du logement social à Plassans ?"


Madame Lecompte, pragmatique, l’est. Selon nos sources, elle serait logée dans le parc social de Plassans, logements habituellement réservés aux plus nécessiteux de nos concitoyens, et aurait changé, en quelques années, trois fois de logements, de charmantes petites datchas sociales en grands appartements tout aussi sociaux. Tout ceci dans un parc social, dont bénéficient tout autant d’anciens élus aujourd’hui sans emploi, sans la moindre vergogne. Quand tant de Plassanais vivent dans le dénuement le plus extrême et sillonnent les bureaux de l’Office Public du Logement Plassanais, à la recherche quasi impossible de logements dignes d’eux, on ne peut que s’interroger sur l’étonnante propension des élus locaux à bénéficier eux-mêmes des avantages qu’ils veulent réserver à leurs concitoyens ! Il est temps que les mœurs changent et que la priorité des aides et des logements sociaux, des subventions et des moyens, soient réellement donnés à ceux qui le méritent – à savoir ceux qui, tous les six ans sont consultés pour donner le pouvoir.

 

 

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Notre document : "Un peu d'anticipation. En l'an 2000, les élus visiteront les logements sociaux avec les moyens de transport les plus modernes. Ce qui leur permettra une visibilité et un contrôle intégraux de la situation de l'habitat social de la ville dont ils ont la charge."



Des spécialistes de l’œuvre de Nicolas Stavroguine, tels Juste Simard ou Camille Henares, ont pu regretter que l’auteur des Chroniques de Plassans, en milieu de campagne, prête l’oreille à de telles rumeurs, propage ainsi dans sa revue des histoires qui circulaient alors dans Plassans mais donnaient une piètre image de la politique d’alors. Prêter foi à ces histoires, c’était en quelque sorte faire le jeu de tous ceux qui gravitaient autour des candidats et faisaient leur miel de rumeurs, de vraies-fausses nouvelles, pour exister, le temps d’une campagne. Mais, du point de vue de Stavroguine, ces récits et rumeurs constituaient le corps de la campagne, vue de l’intérieur, et telle qu’elle était perçue par les Plassanais. C’était, au fond, une façon de comprendre et de décrire le quotidien d’un temps fort électoral. Dans les années 1900, une campagne était principalement faite de ce genre d’historiettes. Aujourd’hui, heureusement, la politique locale a pris un tour beaucoup plus noble.

Succession N. Stavroguine

26.06.2009

Dix-septième jour

Brève chronique aujourd’hui, pour évoquer un nouvelle, presque une imputation, lancée à l’infortunée Marquise de Joie-Ceinte, par son principal opposant.

L’un de nos correspondants nous indiquait en effet tout à l’heure dans un télégramme, alors que nous mettions sous la presse, que dans les étranges lucarnes où il s’était produit, Monsieur Maidevet indiquait mercredi à la presse qui l’avait invité que Madame de Joie-Ceinte avait fait pression – sur qui ? – pour que les élections aient lieu le plus rapidement possible ; cette action de la Marquise ayant eu pour conséquence que l’opposition ne fût pas prête à temps.
Monsieur Maidevet, qui s’y connaît dans la science du lobbying qu’il pratiqua naguère dans son métier d'avocat d'afaires, et il y a peu encore, avec l’intelligence économique qu’on lui connaît (et sur laquelle nous reviendrons), sait de quoi il parle quand il dit reconnaître des « pressions » dans une procédure exceptionnelle de cette importance.
Gageons que la célérité avec laquelle Monsieur Maidevet est parvenu à réussir le tour de force d’une liste d’union aussi rapidement prouve qu’il est toujours homme efficace et soucieux de bonne gestion du temps, d’organisation, et de réaction. Sans ces qualités essentielles, comment en effet pourrait-il faire un bon bourgmestre ?

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet, petit déjeunant avec Monsieur Hagaupiand, l'un de ses lieutenants les plus fidèles - envers et contre tout, malgré une nomination curieuse à la vice-présidence de la Communauté du Pays de Plassans par la Marquise en 1908 - découvre les dates des prochaines élections. "Diantre ! Aurons-nous le temps de réunir nos troupes et nos liquidités pour partir à la bataille ?" Gageons que le temps perdu aura été rattrapé depuis.

On pardonnera aisément ce trait, mais le fait est que pendant que l’on discute ainsi des dates, des pressions et des contraintes de saison, les horloges tournent.

À la table des ambitieux, il y a rarement un deuxième service. Cette antienne connue doit faire partie du bréviaire des politiciens modernes, car on constate, jour après jour, que les méthodes d’aujourd’hui, des uns comme des autres, témoignent d’un goût prononcé pour les mêmes qualités d’efficacité et de vélocité.
C’est ainsi qu’après les premières affiches du portrait de la Marquise, (toujours aussi vite lacérées par de courageux opposants anonymes), les placards de Plassans s’ornent du noble visage du Vicomte de Salford, qui décidément n’est jamais en retard dans cette course. Monsieur de Salford est un homme décidément vite, pour parler en langage moderne. Lui aussi était à la bonne école de la rapidité et de l’efficacité – qui était celle de Madame la Marquise, rappelons-le, quand Monsieur de Salford guerroyait à ses côtés contre les troupes de M. de Picherasle, et quand il régna avec elle sur Plassans, près de six ans durant – avant leur mésalliance de 1906-1907.

Les plus avertis de nos lecteurs savent Steven Salford, personnage éminemment vernien, grand admirateur des Voyages extraordinaires de l’écrivain Jules Verne. À l’instar des personnages de mon confrère amiénois, M. le Vicomte aurait-il toujours une longueur d’avance dans cette odyssée électorale extraordinaire ?

 

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Notre document : "Plus qu'un homme politique anglais, M. de Salford est un héros positif, à la façon de ceux de Jules Verne. Téméraire, bonhomme, sans reproches, avec une foi absolu dans la Science et ses miracles, il se pique aussi d'écriture et de métaphysique. Il n'hésite pas, comme ici, à affronter l'inconnu et à arpenter des territoires reculés de la ville de Plassans, à la recherche de voix pour sa liste nouvelle, là où la main de l'homme politique n'a encore jamais mis le pied."


De toute évidence, M. de Salford, comme tous ses confrères en science politique, garde en mémoire les bonspréceptes de Mazarin, qui écrivait :
Aie toujours à l’esprit ces cinq préceptes :
1 – Simule.
2 – Dissimule.
3 -  Ne te fie à personne.
4 - Dis du bien de tout le monde.
5 – Prévois avant d’agir.


Mais souvenons-nous que le Cardinal écrivait également, aux politiciens de son temps comme des générations qui devaient lui succéder : « Si tu es offensé personnellement, le mieux est de faire comme si de rien n’était, car une querelle en amène une autre, et l’offenseur et toi seriez ensuite en guerre perpétuelle. Peut-être finirais-tu par en sortir vainqueur, mais cette victoire serait pire qu’une défaite car entre-temps tu te serais attiré bien des rancunes. »


Monsieur de Salford, que l’on sait amoureux de la méditation, devrait, dans le combat politique qui s’est engagé, méditer précisément cette phrase de celui qui fut jadis la victime des célèbres mazarinades (dont nous nous voulons, de façon un peu immodeste, les héritiers – contrairement à ce que de méchantes langues soufflent ici et là). Mais ces préceptes de Mazarin, appelé injustement "le voleur de Sicile" en son temps, peuvent également être rappelés à ceux qui, à Gauche, s'étripent et se lacèrent, sur l'autel de la renommée politique.

Qui, en effet, à travers ces disputes de noms, de places et de positions éligibles ou non, songe réellement à Plassans ? La comédie humaine que nous voyons se dérouler sous nos yeux montre-t-elle vraiment que ces édiles s'intéressent à la Ville, à son peuple ? Nous verrons dans les prochaines semaines si ces incorrigibles garnements retrouvent un peu de la sagesse qui sied à l'exercice de la fonction de Bourgmestre...


(A suivre)

24.06.2009

Seizième jour

C’est une même ferveur qui, hier, étreignait tout le peuple de Plassans, venu en masse pour l’inauguration de la permanence électorale de la Marquise de Joie-Ceinte. Seize longues et rudes journées après l’annonce de l’annulation des élections de 1908, la Marquise et l’équipe de ses fidèles avaient en effet, sur le Cours Mirabelle, convié le bloc des partisans toujours présents à la soutenir, la foule de ceux qui refusaient le sac de Plassans par les aigris, les jaloux et les revanchards.

 

 

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Notre document : "Nouvelles scènes de liesse populaire, sur le Cours Mirabelle cette fois. Les badauds se joignaient à la foule des admirateurs de la Marquise, mais on a pu constater que nombre de Plassanais ignoraient que l'élection de 1908 avait été annulée... Les curieux, qui ne savaient pas trop ce que l'on venait fêter ou annoncer, arrivaient circonspects : mobilisation générale ? armistice ? campagne électorale ? innovation publicitaire ? début des soldes ? Prudents, les Plassanais ignorants avaient sorti tous leurs drapeaux, "au cas où"... mais les mâles accents de la Marquise suffirent à faire taire leurs angoisse et à calmer leurs doutes : c'était bien d'une nouvelle élection qu'on venait leur parler."


Tous faisaient corps autour de la Marquise, sur le cours Mirabelle. Armés d’un porte-voix, certains faisaient la claque. L’ambiance était chaleureuse, l’atmosphère lourde, les mots parlaient d’orages. Les adjoints au bourgmestre d’hier, reconduits à l’identique – excepté de menus changements, que l’on dévoilera plus tard –, étaient derrière elle sur les clichés que les daguerriens, venus en nombre, allaient confier aux feuilles locales pour les papiers du jour. La présence de Monsieur de Gensanat fut remarquée. Ami d’avant-hier, ennemi d’hier et de nouveau soutien d’aujourd’hui - de quoi demain sera fait ? –, le Conseiller faisait forte impression, et on a pu constater combien, malgré ses revirements de 1908, il était toujours populaire auprès des Plassanais. A nouveau, Monsieur de Gensanat, efficace, avait endossé son plus beau costume pour l’occasion – qui était historique. C’était le rapprochement inespéré, attendu, indispensable. La Marquise ne pouvant, comme ses adversaires, compter sur des regroupements improbables de partis éloignés, elle devait combiner avec ses fidèles et apparentés. Des logotypes de partis familiers égayaient déjà ses premiers placards ; « Le Nouveau Mitan » de Monsieur de Gensanat en était : il était donc indispensable que, par sa popularité incroyable et par ce soutien capital, il fût parmi les partisans du jour.
Toujours fringant, encore plus vif que lors de la dernière union qu’il prononça en l’Hôtel de Ville, en ce jour fatidique où la Marquise rendit sa charge, Monsieur de Gensanat, après l’allocution remarquée de la Marquise, allait vers le peuple, les amis, les soutiens, mais aussi les anonymes et les curieux. Pour chacun il avait un bon mot, une accolade, une poignée de main. C’était lui le succès de la soirée – hors la Marquise, bien sûr, qui fût royale.

 

 

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Notre document : "La présence de Monsieur de Gensanat fut remarquée. Toujours populaire, le Conseiller Général était pourtant en 1908 opposant à la Marquise dans la liste de Monsieur de Peresty. Ce ralliement de raison lui coûte son amitié avec Steven Salford et une réprimande du professeur de philosophie Peresty. "Qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le flacon !", disent les méchants. Mais peu lui chaut, car seul Plassans compte ! Et les vivats et les bravos qui accompagnent chacune de ses prestations suffisent au bonheur de M. de Gensanat. "


Depuis quelques années, les discours politiques se font dans des permanences, de grandes salles louées expressément pour l’occasion, ou, comme cette fois, dans la grand-rue. Autrefois les mêmes rencontres politiques se faisaient dans des brasseries, des lieux familiers et quotidiens. Ce sont désormais des lieux ouverts, conviviaux, où l’ouvrier, le patron comme le chemineau peuvent se croiser qui ont l’affection des hommes publics modernes. L’allocution de la Marquise se fit donc en place publique, sur ce cours Mirabelle qui connût tant de proclamations, d’événements (depuis les exécutions publiques de la Révolution aux plus récents carnavals).

 

 

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Notre document : "Sur une estrade de fortune défilent les membres de la liste de la Marquise de Joie-Ceinte, visiblement reconduite à l'identique (la liste, pas Madame la Marquise). Après son allocution, et le verre de l'amitié, la Marquise regagne ses quartiers, et se fraie un passage parmi la foule, distribuant baisers, accolades et bons mots."


La Marquise était en voix, et plein de courage. Ses phrases furent fortes et belles. Elle parla de courage, d’honneur. J’invite les lecteurs à se procurer la feuille qui aujourd’hui rend public le discours qu’elle fit. Madame de Joie-Ceinte fit l’appréciation de ses charges passées, parla d’avenir. Elle évoqua même les riantes années, où, nouveau-né, elle était déjà dotée d’un fort caractère. La foule rit de bon cœur à tous ces souvenirs, comme aux promesses – confondant parfois promesses, souvenirs et bilans, dans un joyeux chahut dont ne devait finalement ressortir que la personnalité attachante de la Marquise. De son discours une feuille comme « Le Petit Provençal » ne retient pas grand-chose ce matin, mais la foule présente se souviendra longtemps des accents de sincérité de la Marquise. On peut résumer en effet la campagne, à ce stade, à une querelle d’adverbes. À l’« assurément » de Steven Salford et aux « obligatoirement » du nouveau couple Maidevet-de Peresty, Madame de Joie-Ceinte répondit, hier soir : « forcément ». Et la foule en liesse qui mit du temps à s’éparpiller sur le cours Mirabelle, longtemps après que les forces de la Marquise le quittèrent devra longtemps se souvenir de la force tranquille de celle qu’ils ont jadis portée au pouvoir – et sur laquelle portent aujourd’hui tous leurs espoirs.

 

 

 

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Notre document : "A quelques rues du Cours Mirabelle, on célèbre une improbable noce, celles de la carpe et du lapin. Mais la fable nous rappelle le souvenir édifiant de la tortue... Monsieur de Peresty, aux bras de M. Maidevet, en un mariage de raison électorale. L'union sera-t-elle durable et profitable ? Comme dirait M. de Salford : "Wait and see"..."


D’autres espoirs naissaient, de nouveau, à quelques rues de là. Renaissant de cendres bien froides, une force tentait encore de s’élever. Un phénix qui entendait s’opposer à la Marquise, lui barrer le passage, comme naguère, comme toujours. Une union impossible était célébrée en effet dans le même temps que l’allocution de la Marquise, sur la place publique et dans un local de marchand d’instruments de musique en déshérence.
Délaissant son précieux Atelier, qui trop plein des souvenirs de Madame Royale et des élections perdues du passé, Monsieur Maidevet avait convié ses soutiens à la célébration de son mariage de raison électorale avec le Modème, parti du Mitan opposé à celui de Monsieur de Gensanat.


Monsieur Maidevet était bien sûr aux bras de Monsieur de Peresty, et tous deux accompagnés de M. de Guindet, demoiselle d’honneur de ce bien curieux couple, sommé par le Président Gueyriny de se joindre à leur improbable liste.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet porte un toast à la liste d'union qu'il a eu tant de mal à former. Adepte de la méthode moderne Emile Coué, qui a tant de succès de nos jours, l'avocat d'affaires a répété plus de vingt fois, dans la même soirée, la même phrase : " Tous les jours, à tous points de vue, ma liste va de mieux en mieux". Et il songe déjà à l'ouverture au Groupe Vert et à la gauche de la gauche de sa manche gauche, pour le second tour... Difficiles arithmétiques en prévision. La méthode du Docteur Coué ne sera pas de trop, en effet, pour garder le cap et le moral dans les prochaines semaines ! "


De la liste, il fut difficile d’accoucher. Les premiers furent les derniers, et les derniers, rayés d’un trait rageur par un Monsieur Maidevet décidément rancunier. Les alliés de Maître Pezest, par exemple, et comme une récente de nos chroniques vous l’apprenaient, ne devaient finalement pas faire partie de l’aventure – pour leur bonheur. Monsieur Maidevet, qui décidément avait une bien vilaine dent contre l’avocat marseillais dissident de 1908, refusa toutes les propositions des amis de Maître Pezest. La couverture de la route, par exemple, obtint une fin de non-recevoir. Monsieur Maidevet n’avait guère d’idées, mais il n’entendait pas prendre celles des autres, surtout quand elles lui étaient aussi visiblement étrangères. Monsieur Maidevet n’est pas un bâtisseur – malgré son expérience fort remarquée quand il fût en charge des Constructions lors des mandats de Monsieur de Picherasle et dont beaucoup se souviennent encore – et son activité encore récente prouve bien qu’il n’a que peu en commun avec ces rois constructeurs dont Maître Pezest se voulait un héritier.

 

 

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Notre document : "Monsieur de Peresty, philosophe, se prête également à l'exercice des toasts. On imagine sans peine que dans la salle où a été dressé le banquet républicain de ce soir, les ennemis haineux d'hier sont devenus les témoins du mariage de raison électorale d'aujourd'hui. Mais Monsieur de Peresty garde le cap - Monsieur Maidevet lui ayant fait découvrir les bienfaits de la méthode du Docteur Coué. "


La liste donc, issue du cerveau fécond de Monsieur Maidevet, ne fit pas la part belle aux amis de Maître Pezest. Monsieur de Peresty était également un grand perdant de cette union. La dot n’était pas fameuse, et le marié, employait beaucoup l’impératif. Si les sourires étaient de façade, les murmures et contradictions se voyaient déjà. Quelques verres n’étaient pas de trop pour que la bourrée de fin de banquet ne dégénère déjà en rixe.
Monsieur de Peresty avait beau afficher le sourire de circonstance, sa liste « Filiation Plassans » est réduite à peau de chagrin dans la noce triste que l’on pouvait voir hier soir. Délesté de ses soutiens d’hier et ennemis d’aujourd’hui, MM. Salford et de Gensanat, abandonné par la comédienne populaire Andrée de Fayréalles, c’est pratiquement seul qu’il doit tenter de mener la barque de Monsieur Maidevet. Arriveront-ils à bon port ? Monsieur de Guindet expliquait jadis, il y a une éternité (à peine l’année 1907 pourtant), pourquoi il ne pouvait décemment rejoindre Monsieur Maidevet et préférait Monsieur Pezest et l’ancien bourgmestre Picherasle. Tiendra-t-il jusqu’au bout le rôle que le Président Gueyriny, décidemment bien despotique, lui a dévolu ? Les partisans venimeux de Maître Pezest, traités en pestiférés, donneront-ils leurs voix pour l’ingrat Maidevet ? Pour l’improbable alliance avec un Monsieur de Peresty aux forces amoindries ? Une telle union, portée au pouvoir, pourrait-elle gouverner durablement ? C’est ce que les prochaines semaines montreront.

 

 

 

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Notre document : "André de Guindet, ragaillardi par le combat politique qui s'approche, trinque à l'ouverture au centre : "Plassans peut se gagner en ouvrant au Mitan", clame-t-il au "Petit Provençal". Mais curieusement, dans la même feuille, le Conseiller de Guindet garde une dent, lui aussi, contre la liste de Maître Pezest, "cette liste qui nous a fait perdre la Ville l'an dernier !" Les plus anciens de nos lecteurs se souviendront cependant qu'au début de la campagne de 1908, M. de Guindet était un soutien de MM. Pezest et Picherasle... Mais qu'importe : maintenant que le vin est tiré, il faut le boire !"

Deux frissons parcouraient la même ville hier soir. Du cours Mirabelle, un frémissement se muant en ferveur pour l’infortunée Marquise ; de la rue des Peaussiers, un tremblement qui fait redouter des convulsions, des spasmes. Dans les deux cas, après les libations, c’est la Ville qui se lève, ce matin, avec une gueule de bois. Lequel de ces braves connaît la pharmacopée pour lever la névralgie qui fait souffrir la ville, depuis maintenant seize jours ?