29.07.2009

Quarante-neuvième jour - Histoire des Treize (2)

Dernière minute : au moment où nous mettons sous la presse ce numéro des "Frelons", nous apprenons, dans un communiqué de presse, que les Treize (ainsi que nous avons nommé dans ces colonnes les élus de l'opposition à la Marquise de Joie-Ceinte) ont annoncé la démission de six des leurs de la Communauté du Pays de Plassans. Leur but, par cette manoeuvre politique et médiatique :  refuser ce que monsieur de Castreneuf, dans son bloc-note, appelle "le  coup de force" de la Marquise. On se souvient en effet avec cet auteur que dimanche dernier, lors du Conseil échevinal qui fit tant parler de lui, elle "avait récusé le nom de François-Xavier [De Peresty] et avait ensuite désigné contre [le gré des Treize] un autre élu à sa place.

Ce sont donc quelques brèves, tout de même illustrées, qui, exceptionnellement, viennent aujourd'hui commenter ce fait majeur de l'Histoire politique contemporaine de Plassans - fait sur lequel nous aurons assurément l'occasion de revenir dans nos prochains numéros.


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Notre document : "Préparatifs de noce à la campagne ? Non : simplement le conseil communautaire qui se prépare. Alors qu'on organise à grand train le conseil de la Communauté de Plassans, afin d'y réintégrer, le plus vite possible, les élus plassanais, nouveau coup dur pour la Marquise : six des Treize (opposants) qui avaient été désignés comme conseillers communautaires démissionnent !"

 

 

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Notre document : "Pendant ce temps, la Marquise demeure impassible et continue ses plans pour son voyage prévu dans nos lointains Comptoirs des Indes. La nouvelle reste toujours à confirmer, mais il paraît salutaire à Madame de Joie-Ceinte de se ressourcer après les dures épreuves qu'elle a traversées pendant cette terrible campagne."

 

 

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Notre document : "Bref rappel des faits : dimanche dernier, Madame la Marquise, en plein Conseil échevinal, a vertement tancé Monsieur de Peresty et lui a refusé un poste de conseiller communautaire. Les Treize de l'Opposition s'en sont sentis fort marris et ont quitté le Conseil, précipitamment. Le mardi, ils devaient, par voie de presse, annoncer leur démission du Conseil communautaire.

"Dans les cours d'école, c'est déjà la trêve depuis plusieurs semaines, fort heureusement l'été est bien entamé et les garnements ne se bagarrent plus. Du moins jusqu'à la rentrée."

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet à ses troupes : « Tous unis, démissionnons ! Un seul être nous manque est tout est dépeuplé ! Solidarité avec notre camarade de Peresty ! »"

(À suivre...)

28.07.2009

Quarante-huitième jour - Histoire des Treize

Le premier conseil échevinal a enfin eu lieu, ce dimanche, exceptionnellement. Plus une journée à perdre pour reprendre le travail, abandonné précipitamment voici plus de quarante jours pour cause de cette annulation de sinistre mémoire.


Désormais, le pouvoir n’est plus vacant. M. Abricottiès, le chef de la délégation préfectorale qui avait repris les clefs des mains de la Marquise de Joie-Ceinte les lui a d’abord rendus dans la semaine, et sa charge a pu lui être enfin remise. Par voie de conséquence, le conseil a été convoqué dans la plus grande urgence, ce dimanche. Les élus de la majorité étaient tous parés de leurs plus beaux atours, pour ce merveilleux événements ; l’opposition vient unie, dans des tenues beaucoup plus décontractées – ses membres prévoyaient sans doute que l’ambiance serait chaude.

La foule était venue en masse, en la salle des Marquis de Provence, si bien que, pleine comme un œuf, elle ne pouvait plus accueillir de public au moment fatidique : neuf heures était en effet l’heure du grand rendez-vous.

 

 

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Notre document : "On refusait du monde, Salle des Marquis de Provence, dimanche matin. Sur notre document, un bon père de famille soucieux d'éducation civique, souhaitait montrer à ses enfants le conseil échevinal. La porte lui a été fermée : "C'est complet !". Heureusement, une étrange lucarne, dans une grande salle du rez-de-chaussée, retransmettait les débats (sic) par un procédé moderne. Cette petite famille a pu ainsi assister en toute tranquillité au sain débat démocratique qui a eu lieu ce dimanche en l'Hôtel de Ville de Plassans."


La grande inconnue était la suivante : les opposants à la Marquise allaient-ils se présenter au conseil ? Monsieur Maidevet, qui a déposé un recours contre la nouvelle élection, avait en effet menacé de boycott le premier conseil, car il ne reconnaissait pas la légitimité du scrutin. On sait aujourd’hui ce qu’il en fût : ils ne purent ne pas venir. Malgré ces effets d’annonce, les Treize sont arrivés place de l’Hôtel de Ville, et ont pénétré, fiers et droits, dans la grande salle aux lambris vénérables. Monsieur de Guindet s’est même levé un instant, fort digne, et a présenté ses hommages à la Marquise en l’assurant que personne ici ne remettait en cause sa légitimité – ce qui est curieux, puisque son groupe a déposé un recours.

 

 

 

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Notre document : "Les nouveaux élus s'étaient mis sur leur trente-et-un pour leur premier conseil et leur présentation à la Marquise. Ici, deux jeunes élus, très intimidés, sont présentés à Madame de Joie-Ceinte. Elle les accueille avec bienveillance : n'est-elle pas notre bourgmestre à tous ?"


Le conseil a été houleux, et il est advenu de premières échauffourées. Au départ, ainsi que le veut la tradition, le Baron Chauraud, doyen de l’équipe échevinale, a fait l’ouverture, puis Madame la Marquise, pour qui désormais tout va très bien – ou presque –, a représenté la même équipe, avec quelques menus changements. Citons quelques exemples : Monsieur Rejeton perd la délégation de l’Assainissement et de la Propreté au profit de la responsabilité d’un quartier excentré de la ville, celui des Facultés. Monsieur de Pahaulys obtient des charges supplémentaires, en récompense de sa fidélité et de ses actions pendant la campagne, pourtant menée au pas de charge.


Il est beau de voir que la jeunesse est récompensée et que, selon la formule de monsieur de Meillère, le futur ne manque pas d’avenir dans l’entourage de Madame la Marquise.
Hormis ces quelques permutations, l’équipe reste inchangée, tant Madame de Joie-Ceinte est fière de ses affidés et de leurs résultats de jadis.

Madame la Marquise est en revanche bien plus critique sur l’action de ses opposants, qu’elle a vertement tancés à un moment crucial de ce premier conseil.

 

 

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Notre document : "La Marquise de Joie-Ceinte avait préparé une de ces belles interventions dont elle a le secret, comme de coutume, pour son premier conseil échevinal. Tout Plassans en a parlé !"


Déjà, dès la déclaration liminaire, Monsieur Maidevet avait eu des paroles terribles : contrairement à ce que devait assurer plus tard son soutien Monsieur de Guindet, il proclama une lapalissade : le scrutin avait été serré. Doux euphémisme, puisque centre quatre-vingt-sept voix séparaient la liste battue de celle qui avait remporté la victoire. « Votre légitimité est équivalente à la nôtre, avertit ainsi Monsieur Maidevet. Nous contestons la légalité de votre élection. » Il avertit qu’un recours avait été déposé et que désormais, il fallait compter les Treize au nombre des Vigilants qui allaient courir la Cité et le Conseil échevinal à la quête  de chaque irrégularité ou injustice. Belle envolée, et nous sommes impatients de voir à l’œuvre ce moderne Robin des Bois : sera-t-il aussi vigilant en justice sociale qu’en justice politique ?

 

 

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Notre document : "À côté des plaisanteries de conseil échevinal, les choses sérieuses commencent : il faut présenter le petit dernier à l'élu de son quartier afin de lui trouver un poste en mairie. C'est une course contre la montre qui s'engage : il n'y aura pas de place pour tout le monde, et un nouveau recours viendrait gâcher les efforts des plus valeureux ! "

 

Madame la Marquise écouta sous les huées de ses alliés, présents en masse dans le public. Ce n’est que plus tard qu’elle répliqua, qualifiant les Treize de « pathétique ». Mais le plus gros restait à venir. Il fallut un instant choisir les représentants de l’opposition au Conseil du Pays de Plassans. Monsieur Maidevet avait présenté six hauts personnages, dont Monsieur de Peresty. Mais Monsieur de Peresty, Madame la Marquise n’en voulait point. Les raisons étaient personnelles. Une violente inimitié déchire aujourd'hui les alliés de 1901. Cela fit scandale : c’est là que Monsieur de Guindet assura que personne ne contestait la légitimité de l’élection de Madame la Marquise – ce qui est curieux, répétons-nous, puisque les Treize ont déposé la semaine dernière un nouveau et fatidique recours.

 

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Notre document : "La coupe est pleine, nous ne la boirons pas jusqu'à la lie ! Les Treize, offusqués, décident de quitter le Conseil échevinal. À la sortie de l'Hôtel de Ville, les journalistes et les daguerriens qui guettaient l'incident ont pu enregistrer les réactions amères des Treize, depuis largement répandues dans les feuilles locales."


Monsieur de Guindet demanda instamment à Madame de Joie-Ceinte de respecter la demande, coutumière, de l’opposition. La Marquise s’y refusa. Monsieur de Peresty s’enflamma. Madame de Joie-Ceinte eut des mots très amers, haussa les épaules, en un geste peu noble, mais évocateur. Les Treize quittèrent la salle – plus tard la majorité présente vota la liste des conseillers communautaires et remplaça Monsieur de Peresty par Monsieur Hammi.

 

 

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Notre document : "Monsieur de Peresty, fortement ébranlé par la terrible nouvelle : c'est sûr, à présent, la Marquise ne l'aime pas ! Monsieur de Guindet est venu, en vain, à sa rescousse ainsi qu'à son chevet. C'est un nouveau coup dur pour l'homme fort du Modème, qui perd ainsi une place de conseiller communautaire et un beau moyen de se placer en opposant à la Communauté du Pays de Plassans, où l'élection de 1908 ne lui avait pas permis de siéger."



Il est dit dans la feuille locale que les conseillers communautaires ne siègeront pas. Est-ce vrai ? Dimanche prochain, un nouveau conseil est prévu : les Treize y siégeront, avant la « trêve estivale ». Madame la Marquise a prévu, paraît-il de visiter nos lointains Comptoirs des Indes pour se détendre de ces joutes terribles qui ont obscurci le ciel radieux de Plassans. Puisse-t-elle y trouver une sérénité perdue et oublier, ne fût-ce que le temps de ce périple indien, l’esprit de vengeance qui semble désormais l’animer.

 

 

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Notre document : "La Marquise préparerait un voyage dans nos lointains Comptoirs des Indes. Au pays des Maharadjahs, retrouvera-t-elle un peu de cette quiétude qui était devenue la sienne en mars 1908 ?"

23.07.2009

Quarantième jour

Nous étions dans la salle réservée à la presse et aux présidents de bureaux de vote, dimanche soir, muni de toutes les autorisations, grâce à la diligence d'une bonne amie protectrice des arts. C'est qu'il fallait être dans les lieux, là où tout allait se jouer : la trame et les dessous du drame qui devait prendre fin, après le long calvaire estival des uns comme des autres, candidats ou citoyens.

 

 

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Notre document : "La place de l'Hôtel de Ville devait être vidée de ses terrasses, dimanche, dès 17 heures, pour permettre l'arrivée en nombre des calèches et des voitures des présidents de bureaux de vote. Sur notre document, le parvis commence à peine à se remplir à 17h30, et des badauds s'approchent, intéressés par l'issue du scrutin. Plus de la moitié des Plassanais, pourtant, n'ont pas pris la peine de se prononcer sur ce vote..."


La nuit fut longue, les décomptes complexes – l’enjeu était d’importance : la reconquête d’une ville, ou l’avènement d’un nouveau Prince. Les premiers chiffres furent rapidement connus. Les résultats définitifs furent plus longs à venir, et les candidats et leurs soutiens passaient de la terreur à la joie, l’un et l’autre sentiment étant dissimulés par superstition et peur de dévoilement.

 

 

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Notre document : "Rue des Pausseurs, en début de soirée : l'ambiance est encore sereine. Dans la journée, les candidats parcouraient la ville, le front pourtant soucieux. Sentaient-ils déjà les premiers souffles du vent de la défaite ?"


Un officier de gendarmerie en retraite, en monocle et en habit, pronostiquait avec certitude : la Marquise ferait 52% et son adversaire 48%. Au début, on pouvait y croire – même si rue des Pausseurs, c’est l’inverse qui était cru, et que les premiers chiffres laissaient croire. À mesure que les chiffres changeaient, les partisans de la Marquise regardaient l’officier en retraite d’un œil torve. D’où venaient ses pronostics ? Mystère – la police royale n’étant plus habilitée à questionner les électeurs à la sortie des urnes, c’est après calculs personnels que l’on se passait les dits et pronostications.

 

 

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Notre document : "Invention moderne et devenue si précieuse : le téléphone ! Un fameux colonel de gendarmerie en retraite, est resté suspendu au poste pendant toute la soirée, pour donner pronostics et résultats à travers tout le pays de Plassans ! Mais gare à la note !"

 



Mais bientôt, après des suées froides et des bouffées d’angoisse, tues dans le vin frais et les petits sandwiches abondamment fournis par la municipalité – enfin, par la délégation préfectorale qui en avait repris la charge –, le résultat n’offrait plus de doute possible : la Marquise de Joie-Ceinte avait reconquis son fauteuil. D’une courte tête, seulement, puisque cent quatre-vingt-sept voix séparaient sa liste de celle de Messieurs Maidevet, De Peresty, Guindet et Gayrerrat.
Mais elle avait gagné, c’était indéniable. On parlait déjà de recours du côté de la rue des Pausseurs. C’est d’ailleurs la coutume plassanaise. Ceux de nos lecteurs fraîchement établi au pays ne le savent sans doute pas, mais depuis 1878, en effet, les recours et annulations se succèdent en pays de Plassans, et les électeurs sont plus souvent appelés aux urnes qu’il ne conviendrait dans une monarchie constitutionnelle sereine telle que la nôtre.

La fusion-acquisition des amoureux de la Nature, du Mitan, des Radicaux-Socialistes n’aura donc pas réellement porté ses fruits. Le soutien même du Vicomte de Salford était pourtant acquis à la liste d’union : Monsieur de Salford avait appelé au « vote futile » dès le lendemain du premier tour. Que s’était-il donc passé ? En vain contre la Marquise toute une armada s’est liguée… et la Marquise n’a pas perdu, pour reprendre l’expression de Monsieur de Castreneuf.

 

 

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Notre document : "Une rumeur parcourt la ville : on nous assure que des candidats importants de la liste d'union se seraient vertement tancés par d'autres éminences de la même liste, à l'issue du scrutin, devant leur score malheureux. Commérages que tout cela !"

 

Monsieur Maidevet ses troupes s’étaient calfeutrés rue des Pausseurs : une estrade et des grilles le protégeaient de ses admirateurs, alors que pendant toute la campagne, « l’atelier nouveau » faisait portes ouvertes. Les daguerriens qui étaient disposés en tous les lieux stratégiques de la ville l’étaient aussi dans la permanence de la liste d’union : ils ont pu saisir Monsieur Maidevet, se prenant la tête dans les mains, en apprenant sa si courte défaite. Tant d’espoirs placés en vain sur cette charge tant espérée, depuis si longtemps. Après tant de tentatives, tant de combinaisons, Monsieur Maidevet échouait encore ! Ah, ça ! On ne lui volerait pas la victoire, cette fois. Il entendait déposer un recours, de nouveau. L’ancien conseiller d’Etat en appellera, lui-même, au Conseil d’Etat, s’il le faut ! Il ne laissera pas un de ses lieutenants proposer des recours à sa place ! Il s’y attellera lui-même.

Dans la semaine, par voie de presse, il appellera même à témoin, pour rendre preuves de dysfonctionnements dans les bureaux de vote. L’affaire est trop importante : il faut battre le fer de la revanche pendant qu’il est chaud. Après deux élections, une troisième ? On peut l’espérer, pour la presse, d’abord, qui fait de belles ventes en de telles périodes, et aussi pour les imprimeurs, qui voient leurs chiffres d’affaires se développer : tracts, affiches, plaquettes… sont pour l’essentiel les armes des politiciens modernes, et tout ceci fait prospérer des commerces que le dégoût progressif de la lecture manquerait autrement de faire chuter dans les abysses économiques.

 

 

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Notre document : "Par voie de presse, Monsieur Maidevet a lancé un appel à témoins. Toute la ville est appelée à jouer les détectives à rebours, pour trouver des preuves hypothétiques d'irrégularités dans les bureaux de vote. Sur notre document, un jeune avocat nécessiteux, qui espérait un poste auprès du bourgmestre Maidevet, erre dans la ville à l'affût d'une preuve, d'un témoignage susceptible d'être produit devant la justice."

 

Le plus dur commence maintenant pour la Marquise et ses soutiens. Continuer, reprendre des dossiers délaissés... Mais le coeur y est-il encore ? La chaleur de l'été n'a-t-elle pas épuisé les ardeurs et les patiences ? Le dégoût de l’action publique s’est-il installé chez nos gouvernants ? On espère bien que non, et la Marquise nous assura du contraire, dès ses premières déclarations publiques. Il faut aller de l'avant. D'autant que de nouvelles élections sont toujours à l’horizon, fussent celles du Conseil de Région – dont un avant-goût a déjà été donné, un jeudi soir de ce mois, avec la présence du cousin de Madame la Marquise, Hubert de Falcaud, bourgmestre de Toulon, qui sera, dit-on, tête de liste pour la Majorité aux élections de Région.

Immédiatement après les élections, un homme politique dont nous tairons le nom dit à l'un de nos enquêteurs que le plus difficile était, à présent, de reconnaître, devant ceux à qui tout a été promis durant la campagne (places, postes, charges, serments et engagements), que rien ou presque ne sera possible. Difficile d’embaucher les soutiens, les amis, dans des structures déjà pleines comme des œufs. Difficile également de réaliser l’impossible dans une cité aussi rigide, où l’on ne peut déshabiller un élu pour en habiller un autre. Mais les promesses n’engagent que ceux qui ont la faiblesse d’y croire…

 

 

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Notre document : "(Image d'archives) Pendant la campagne, des candidats (non déterminés) sont aux petits soins avec un jeune nécessiteux engagé à leurs côtés et espérant un poste après leur élection. Le même, quelques jours après l'issue du scrutin, bénéficiera-t-il des mêmes attentions ? "


Au soir du triomphe de la Marquise, sur les terrasses des estaminets tranquilles de la Place Pauvrelme, on vit passer le Vicomte de Salford. Il n’était plus, ce soir-là, que l’ombre de lui-même. Sa démarche était hésitante, son pas était peu assuré – était-ce un homme brisé que nous venions de voir ? C’était bien triste de penser qu’il avait peut-être tout perdu : ses amis d’antan, ses soutiens d’hier. Il restait une poignée de fidèles qui le soutenaient. Ce soir là, le poids des gros soucis se lisait sur son visage. Il faut l’avouer, sincèrement, nous avons craint pour lui.


Le lendemain, il était, comme à l’accoutumée, à la place de l’Archevêché, dans son salon de thé préféré, et si sa jovialité n’était pas revenu, il paraissait toutefois à nouveau en forme. Mais beaucoup ont pu, en ce soir fatidique, s’inquiéter pour lui, comme nous. En effet, l’homme a presque tout perdu, hors l’honneur. Politiquement parlant, il est « libre », selon ses propres termes, mais il est seul. Et que peut désormais un homme seul, si ce n’est cette lutte d’idéal dont il nous parlait il y a une quinzaine de jours encore, dans ces colonnes mêmes ? Ancien du parti majoritaire, il a manqué faire battre son propre camp, en effectuant ce recours, puis en donnant son soutien à une liste menée par un socialiste.

 

 

 

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Notre document : "Monsieur de Salford au désespoir ? Espérons que non ! "


La donne politique a changé, mine de rien, dans Plassans, avec cette élection incroyable. Les jours prochains donneront encore anecdotes riches d’enseignements, et nous ne manquerons pas de nous en faire l’écho. Mais, avec l’équipe à nouveau en place et de menus changements envisageables, on peut déjà prédire que le futur ne manque pas d’avenir, à Plassans.

17.07.2009

Trente-septième jour

Quelques jours nous séparent désormais de l’issue du scrutin exceptionnel qui agite tout Plassans. Les pronostics vont bon train et, de la rue des Pausseurs au Cours Mirabelle, chacun veut croire en la victoire.


Pourtant, Monsieur Maidevet, rejoint à présent par les amis de la Nature, a annulé son grand meeting de la semaine. Avait-il peur que les militants socialistes s’empoignent avec ceux du Mitan, ceux du Mitan avec les amoureux de l’environnement ? Le fait est qu’il a préféré ces réunions informelles, « sur le pouce », dans des estaminets tranquilles de Plassans pour porter la bonne parole de sa liste d’union – mais quelle parole, au fait ?
Sans doute aura-t-il suivi l’exemple de Steven Salford, pour cela. On se souvient en effet que le Vicomte de Salford, dans son échoppe de la route du Gars-Lisse - un restaurant « sur le pouce » - préférait  l’atmosphère intime des comptoirs aux grandes assemblées pour propager ses bonnes idées. Le résultat de dimanche dernier fut également… intime. On peut le regretter, sans doute était-ce une « erreur d’appréciation », comme nous l’a assuré un de ses proches au soir du premier tour. Nous pensons, nous, que cela faisait partie de sa stratégie, et que cela suivait l’idéal que M. de Salford s’était fixé.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet a annulé son grand meeting. Sans doute redoutait-il des rixes entre militants des différentes factions qui forment désormais sa liste bigarrée ? Ici, un militant ami de la Nature arrose un militant Modème (reconnaissable à son costume trois-pièces)."


En tout cas, le Vicomte n’a pas longtemps hésité à appeler à "voter futile" pour la liste hétéroclite de Monsieur Maidevet. Dans une bonne feuille du « Petit Provençal », on le voit, accompagné de Monsieur Hagaupiand, ce dernier lui mettant la main sur l’épaule. Geste fort, geste de camarade. On oubliera, pour ce cliché, toutes les méchancetés qu’avait pu dire par le passé Monsieur Hagaupiand sur le compte du pauvre Vicomte. En politique, d’aucuns ont la mémoire courte.

 

 

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Notre document : "C'est dans son fief de la route du Gars-Lisse que le Vicomte de Salford a reçu une bien étonnante visite. Autour d'un bon café arrosé, M. Hagaupiand est en effet venu soutenir M. de Salford dans sa démarche louable d'apport de voix à M. Maidevet."


Certains hommes de gauche regrettent amèrement ce soutien. Monsieur de Salford est en effet homme de droite et si la pilule du ralliement originel au Mitan fut dure à avaler, celle du soutien reconnu et apprécié du Vicomte l’est aujourd’hui encore plus, pour ces militants socialistes convaincus. Qu’est devenu l’idéal de gauche, en effet, dans cette liste sans âme, bigarrée, qui accepte tous les soutiens, pourvu qu’ils soient contre la Marquise de Joie-Ceinte ? Cela ne fait pas un programme, et nombre de socialistes déterminés enragent en silence de voir ainsi leurs belles idées passées sous le boisseau du calcul politicien.

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Notre document : "Au banquet du soir du premier tour, rue des Pausseurs, un jeune militant ingénu laisse échapper sa colère : "Camarades, que sont nos idéaux devenus ? Allons-nous accepter toute la Droite dans nos rangs ? Allons, reprenez-vous !"


Pour prendre la ville les hommes de cette famille politique recomposée sont prêts à tout. Un de nos informateurs nous a en effet assuré – mais cela reste à confirmer – que, dés dimanche soir, le Vicomte de Salford était en contact avec Monsieur Maidevet pour une bien étrange donne.

L’équipe d’union aurait en effet proposé au Vicomte, en échange de ses voix, non pas une place sur la liste définitive qui sortirait du chapeau après fusion-acquisition des amis de la Nature (une place qui lui était impossible) mais… une place de candidat à une autre élection ! On lui aurait (et le conditionnel n’est pas de trop ici, car cela reste à confirmer, tant l’information est surprenante) promis un poste de Conseiller Régional sur la liste que mènera le Président de Région sortant, le socialiste Vosèle ! On comprend que cette information nous ait étonné !

 

 

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Notre document : "La route vers les élections régionales reste encore longue et sera hérissée d'obstacles pour M. de Salford si, comme on nous l'a glissé, il entendait entrer dans le groupe du Président Vosèle."


Mais les hommes politiques sont complexes et calculateurs, quand il s’agit de pouvoir : les élections régionales sont encore loin, et une place sur une liste de premier tour peut devenir une chaise vide sur une liste de second tour – souvenons-nous des grands disparus suite aux fusions-acquisitions avec les amis de la Nature. Ces fusions pourraient devenir monnaie courante, et se systématiser pour les élections de Région.

Mais n’allons pas trop loin dans la prospective – d’autant que notre information est au conditionnel : car nous il paraît en effet impensable que M. de Salford, homme libéral, rejoigne les rangs d’une gauche qui l’a toujours honni.
Mais tout reste possible. Ne parlons-nous pas de politique ? Il paraît que l’effondrement moral de M. de Salford était grand, ce soir-là. Nous l’avons rencontré le lundi, sur la Place de l’Archevêché, et l’homme était effectivement soucieux. Il nous a assuré avoir le moral, car son équipe avait le moral, et le lui transmettait. Mais le poids des gros soucis se lisait sur son visage.

Nous avons dit ici tout le bien que nous pensons de cet homme de lettres. Il est malheureux qu’il ait fait, dès dimanche, l’objet d’un calcul égoïste de la part de ceux qui veulent s’unir contre la Marquise. D’autant que, dans sa propre équipe de soutien, sur sa propre liste, beaucoup n’apprécient pas de voir le Vicomte objet de calculs de la part de la liste d’union Maidevet-de Peresty-Guindet-Gayrerrat.

 

 

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Notre document  : "Le combat va être rude, dimanche, comme pour les prochaines régionales. Beaucoup de valeureux tomberont au champ d'horreur de la politique..."

 

Espérons que, au-delà des querelles de personnes, les idées (lesquelles ?) l’emportent pour que Plassans, qui est, rappelons-le, l’objet de ces élections inaccoutumées, puisse sortir grandie de cette aventure. Mais dans ce combat de personnes, au vu des gesticulations de fontaine des uns, des propos des autres, et de la défense de l’infortunée à qui on a ravi l’Hôtel de Ville, il n’y ait guère de place pour des idées.

14.07.2009

Trente-quatrième jour - Plassans-la-Morte

Passée la fièvre des résultats électoraux, Plassans était étrangement endormie, comme morte dimanche soir. Les places les plus touristiques étaient éteintes, désertées de leurs badauds de saison. Il s’en est fallu de peu que nous nous couchions tôt ce soir, après que les résultats des dépouillements des bulletins de la ville soient rendus publics. Après que l’Hôtel de Ville, sous l’égide de la délégation spéciale que l’on sait, soit une ruche bruissant des mille et un chiffres de votations de l’une et l’autre liste candidate, de l’un et l’autre bureau de vote, la ville est si tranquille qu’elle semble morte.

Les résultats ont été ce que l’on sait. Dans l’entourage de la Marquise on avait espéré qu’elle l’emporte dès le premier tour. Les premiers chiffres étaient encourageants. Au final, la liste qu’elle mène avec l’intégralité de ses anciens adjoints – exception faite de menus changements – a réalisé un score meilleur qu’en 1908 : 43,31% des suffrages exprimés. La Marquise était heureuse, mais… inquiète, car les adversaires sont plus nombreux et plus revanchards. Plus unis que jamais dans une même détestation. Leur programme, unique, pour l’instant : ravir l’Hôtel de Ville à la Marquise, définitivement.

 

 

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Notre document : "La Marquise en difficultés pour le second tour. Quels sont ces corbeaux qui sifflent sur sa tête ? (Allégorie) "


La liste de Monsieur Maidevet a réuni 34,08%. Un beau score mais qui est loin même du score réalisé par Monsieur Maidevet seul en 1908 – sans parler de l’apport de voix escompté par le ralliement originel de Monsieur de Peresty, qui semble finalement apporter une maigre dot dans ce mariage de raison électoral. A l’époque, en effet, la liste socialiste réalisait 29,09% et celle du Mitan appelé « Modème » réalisait 20,15%. La politique n’est pas une arithmétique, ou alors les professeurs de philosophie sont peu férus de mathématiques – on aurait pu croire pourtant que les avocats d’affaires s’y connaîtraient mieux en chiffres et en fusion-acquisition… Il n’empêche que dans la rue des Pausseurs, là où Monsieur Maidevet a luxueusement installé sa permanence tripartite, des vivats et des bravos ont duré longtemps après l’annonce des résultats. « Le Petit Provençal » a montré, le lendemain, des clichés du trio de cette liste : Monsieur Maidevet au premier plan, était tout sourire. Derrière, Monsieur de Guindet et Monsieur de Peresty riaient de toutes leurs dents, comme des collégiens après un bon coup. La joyeuse bande de potaches devrait poursuivre ses plaisanteries en s’alliant, presque naturellement avec Monsieur Gayrrerat.


 

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Notre document : A la permanence socialiste-centrale, les résultats, pourtant en-deçà des espérances, avaient des allures de noces. Mais la mariée est trop belle, et de nouveaux promis se présentent bientôt pour les miettes du banquet ! Monsieur Gayrrerat frappe en effet nuitamment aux portes de la salle. "


Celui-ci a réalisé une belle performance : 11,31%. C’est là qu’on s’y retrouve : M. Gayrrerat était en effet dans la liste de Monsieur Maidevet en 1908. L’homme a été virulent dimanche soir, après l’annonce des résultats définitifs. Il a feint de faire croire à ses soutiens qu’il tenait la clef du second tour entre ses mains et a promis que des unions se feraient… si Monsieur Maidevet tenait ses promesses et prenait en compte la force « verte » qui était en train de se lever dans Plassans. Fariboles que tout cela : Monsieur Gayrrerat, malgré sa rencontre avec Monsieur de Picherasle, dans la semaine, savait déjà dès le départ qu’il rallierait la liste « hétéroclite » (selon le mot du Bourgmestre de Marseille, Monsieur Grondin). Ses soutiens apprécieront le tour de passe-passe de cet aimable fantaisiste, qui vient (des)agréger sans autre forme de procès ses voix, son programme et ses idées à ceux de MM. Maidevet-de Peresty.

 

 

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Notre document : "Ôte-toi de là que je m'y mette !" Monsieur Gayrrerat s'impose dans la liste Maidevet-de Peresty.

Monsieur de Salford, malgré le vent qui s’était levé en sa faveur, en dépit de l’accueil favorable, chaleureux, que lui faisaient les dizaines de Plassanais qui venaient parfois à sa rencontre sous les platanes de la place de l’Archevêché et dans les marchés de primeurs, a réalisé un score honorable, mais un peu triste : un petit 7,08%. Ce score lui permet de fusionner – ce que la semaine dernière encore il nous disait, dans ces pages, se refuser de faire. Il devrait, en toute logique, appeler à voter contre Madame la Marquise, à qui il voue désormais un ressentiment tenace, mais ne pas s’allier à Monsieur Maidevet. Trop de choses éloignent en effet le socialiste avocat d’affaires parisien de l’homme d’affaires plassanais qui a le cœur à droite.

 

 

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Notre document : "Proclamation des résultats : la déception se lit sur le visage de ce candidat de la liste Salford."



La grande perdante de ce scrutin est bel et bien Madame Lecompte, qui fait les frais du « vote futile » demandé à grands renforts de presse et de propagande par Monsieur Maidevet. Ses électeurs, pourtant attachés à la défense d’idées de gauche, ont reporté leurs suffrages, dès le premier tour pour la liste à peine rosée de MM. Maidevet et de Peresty. C’est là qu’on voit que la bataille du vin rosé n’a pas été totalement gagnée par Madame la Marquise et ses soutiens ! Car en mélangeant le rouge et le blanc, on obtient un rosé presque limpide, dans la curieuse alchimie de cette liste Maidevet-Gayrrerat-de Peresty-Guindet qui se dessine. Un « pacte-à-quatre » destiné à destituer la Marquise… mais pour quel programme de gouvernance ? quel partage de pouvoirs ?

 


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Notre document : "Tristesse parmi les électeurs de Madame Lecompte : elle a fait les frais du "vote futile" pour Monsieur Maidevet !"

 

C’est là l’argument des partisans de la Marquise. On nous permettra tout de même de le faire nôtre. Car on ne peut que s’inquiéter, pour l’avenir : Monsieur Maidevet, qui avait refusé toute idée d’union avec les soutiens de Maître Pezest (qui est pourtant socialiste comme lui), qui avait jeté l’opprobre sur Monsieur de Castreneuf (sous le prétexte que le bonhomme s’était présenté contre Monsieur Hagaupiand aux élections de canton de 1908)… Monsieur Maidevet, donc, qui rejette l’union avec son propre camp, ses camarades, s’allie primitivement avec le Modème, parti de centre droit ou de centre gauche selon la saison, et maintenant accepterait de retrouver un ancien allié vert qui avait pourtant fait le choix de faire cavalier seul, tout en ne rejetant pas les voix de Monsieur Salford, pour la raison que toutes coagulées, elles sont hostiles à une seule personne. Les idées socialistes sont bien loin de ces querelles de personne.

 

 

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Notre document : "Après la proclamation des résultats et les gesticulations de Monsieur Gayrrerrat sur la fontaine de la place, la porte de l'Hôtel de Ville se referme lourdement sur les badauds et les soutiens, rapidement dispersés. La fièvre électorale est tombée, la Ville paraît morte."


Le jour déclinait, l’Hôtel de Ville était animé, bruissait : les chiffres étaient apportés, compilés, des voix s’élevaient. Un buffet avait été dressé pour la presse et les responsables des élections, les candidats n’y étaient point admis – se déplacèrent-ils seulement ? Les petits canapés et les vins fins étaient de rigueur dans ce lieu pour happy few. Au-dehors la foule commentait les résultats à mesure de leur annonce. Quand M. Gayrrerat survint, ce fut l’ovation. La majorité des présents étaient de ses soutiens. Après les résultats officiels, la foule se dispersa : il eut une idée, monta sur la fontaine de la place et harangua la multitude. Une lueur persistante dans le regard, comme exalté, il distribua sa bonne parole sur le peuple. Il prit violemment à partie, dans ses propos, le préfet Paumiesse, on ne sait pourquoi. Il protesta avec la dernière des énergies contre des élections organisées à la va-vite, avant un Quatorze-Juillet – curieuse protestation : Monsieur Gayrrerat voulait-il mettre les légitimistes de son côté ? Il promit tout ce que l’on voulait et qui soit dans l’air vert du temps, et surtout que Monsieur Maidevet allait devoir se plier à ses saines demandes. Il voulait, avant tout, vertement, que la Marquise s’en aille. C’était visiblement la plus écologique des mesures qu’il fallait prendre, comme si notre infortunée bourgmestre était à l’origine, à elle seule, de tous les maux de la faune et la flore Plassanaises. Après cette harangue au peu de sérieux, la foule se dispersa définitivement. Nous errâmes un peu dans les rues, elles étaient vides, comme lasses. La fièvre était retombée. Rue des Pausseurs, on faisait la fête, un peu. Cours Mirabelle, un peu de foule, mais point de buffet : le temps était à la rigueur. Les autres permanences étaient éteintes, ou trop éloignées du centre. On devinait que celle de M. de Salford devait être un peu triste. Que Plassans aussi était triste en cette fin de journée. Nous l’aimons aussi ainsi. C’est pour sa tristesse même que nous avons choisi de la défendre, après la grande annulation.

 

 

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Notre document : "Madame la Marquise, cette fameuse nuit, avant le coucher, s’est lavée les mains avec un savon liquide dont la réclame dit qu’il est écologique. Elle a failli en avoir un malaise !"


12.07.2009

Trente-deuxième jour - Jour d'élections

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Notre document : "L'attente est insoutenable en ce jour d'élections. À la terrasse des estaminets, les Plassanais rivalisent de pronostics et d'estimations...

 

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Notre document : "Depuis la place de la Mairie, les Plassanais ont les yeux rivés sur l'Hôtel de Ville, comme si le bâtiment allait s'évanouir dans les airs."


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Notre document : "Dans l'attente des résultats de ce soir, les candidats fourbissent leurs armes en vue des tractations du second tour."

 


06.07.2009

Vingt-septième jour

Quelques nouvelles brèves des opposants à Madame la Marquise de Joie-Ceinte, relevées dans les rues de Plassans, dans les discussions de buffet, les estaminets, les places, par de nombreux espions, soutiens, pique-assiettes ou candides candidats… Les modestes citoyens, dont certains parfois nous lisent, déboussolés par cette campagne-éclair, ne pourront que sourire ou rager des anecdotes que nous citons et qui en disent long sur les mœurs politiques de notre temps, décidément bien triste.

 

 

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Notre document : "Des candidats issus de la liste de Madame de Joie-Ceinte à la chasse aux voix dans un quartier excentré de la ville. La tâche est d'autant plus difficile que la température est parfois beaucoup plus élevée dans les banlieues qu'au centre ville, en raison d'une curiosité climatique, hélas encore mal comprise par les élus locaux. "


Parmi les rangs de Monsieur Maidevet, la bataille fait rage… pour savoir qui va gouverner la Communauté du Pays de Plassans ! En effet, Monsieur Maidevet est dans l’obligation de donner quelque chose à Monsieur de Guindet ou au Professeur de Peresty. On ne peut imaginer que ces personnages se soient alliés à lui sans contrepartie. Mais la Communauté du Pays de Plassans ne connaît qu’un Président : la question est donc de savoir qui d’André de Guindet ou de François-Xavier de Peresty obtiendra cette lourde et noble charge. Sans doute le plus valeureux des deux. Mais… le mystère demeure entier, car les fusions sont inévitables au second tour, et MM. De Guindet comme de Peresty risquent fort de dégringoler dans le classement, au profit de nouveaux venus qui viendront sans doute ajouter leurs voix à celles (déjà discordantes) de celles que pourra rassembler, malgré les pertes prévisibles, notre trio de choc.

 

 

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Notre document : "Les questions fondamentales au coeur de la campagne socialiste : l'épineux problème du positionnement des candidats sur les listes. Deux militants socialistes, autour de l'ancien champ de courses, se font l'écho de nouvelles variations dans les listes de fusion du second tour...  Les pronostics vont bon train. "

 

Ces nouveaux venus sont évidemment la Gauche de la Gauche, et le Groupe Vert, habitués aux compromissions d’usage lors des alliances politiques de jadis. Mais il y a deux inconnues à cette campagne : le chiffon orange de la présence du Modème, organe du Mitan considéré comme affreusement de droite par beaucoup des soutiens de M. Maidevet, et la présence décidément encombrante pour beaucoup de M. de Salford.


Il faut compter en effet avec Monsieur de Salford dont le résultat pourrait marquer la surprise. Même s’il s’en défend, M. de Salford est déjà courtisé ou en attente de l’être, par les uns et les autres. Le divorce d’avec Madame de Joie-Ceinte semble définitivement consommé, tant M. de Salford se répand en critiques (appelées aussi vilenies par certains). Pour ce qui concerne le second tour, M. de Salford s’annonce déjà très gourmand – des bruits courent qu’une fois élu, le Vicomte en effet se voit déjà habilité à faire régner la justice et à « couper des têtes » à la Communauté. Dans un de ses billets, dont il a le secret, Monsieur de Castreneuf, radical socialiste à la verve bien connue, n’hésite pas à écrire que personne ne veut s’allier à M. de Salford. « À moins qu’au soir du premier tour un désastre des oppositions soit tel qu’une seule nuit de calcul et de reniement suffise aux têtes de liste pour lui trouver soudain des vertus insoupçonnées. » Fort belle phrase dont nous sommes jaloux ici, à la rédaction des « Frelons » et que nous aurions aimé pouvoir imaginer, sinon écrire. Elle résume à elle seule tous les calculs que les politiques sont capables d’imaginer, les alliances de circonstances et les désaveux de lignes de gouvernance que les mêmes hommes publics peuvent prendre, pour obtenir le pouvoir, au détriment des idées… et des idéaux. Qu’elles sont loin les batailles d’hier pour la démocratie, les idées, et le respect du peuple !

 

 

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Notre document : "Certains retournent régulièrement leur veste ; d'autres en sont au stade de retourner leur pantalon. Ici, un candidat (non déterminé) analyse toutes les possibilités de ralliement au second tour."


Les pronostics et les calculs vont donc bon train chez les socialistes rejoints par le Mitan, et les présentes élections semblent devenues une partie de chevaux, dans les quartiers généraux des opposants à la Marquise. On a pu voir que d’importants calculs étaient actuellement à l’étude dans l’Atelier de MM. Maidevet, Guindet et de Peresty, pour les positions, les rangs, les fusions à venir. – fusions, acquisitions, que par son métier Alexandre Maidevet connaît bien…

 

 

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Notre document : "M. Hagaupiand ne décolère pas : où se retrouvera-t-il suite aux fusions du second tour. Déjà que la fusion-acquisition du premier tour avec la liste Modème l'a renvoyé au plus bas de la liste Maidevet-de Peresty, il risque de tout perdre au second avec une position inéligible !

 

Monsieur Hagaupiand, lui aussi, fulmine, tempête. Il sait en effet qu’il va reculer entre les deux tours, dans son rang sur la liste d’union. Ce personnage jadis d’importance attend les résultats du 12 juillet 1909 et surtout les tractations du 13 avec une vive inquiétude. Contraint de reculer, où va-t-il se retrouver ? En se retrouvant trop loin, il risque de ne pas se trouver en position éligible et… de ne plus siéger au Conseil échevinal. Et sans siège au Conseil, pas de chance d’être élu au Conseil Communautaire, ni d’en redevenir un des vice-présidents, comme naguère ! Tout une stratégie politique au service des Plassanais risque ainsi de se trouver anéantie, par le jeu des chiffres, pronostics et calculs de positions ! Maudite statistique ! Mais les gens bien informés (et il s’en trouve dans tous les camps) l’assurent : il n’est pas dit que les édiles de la Communauté qui y siègent encore aient à nouveau inclination de voir M. Hagaupiand revenir parmi eux. Pour nombre d’entre eux, il n’en est plus question. Quant à Madame la Marquise, peut-être n’aura-t-elle plus le caprice, comme jadis, de vouloir l’ouverture et de redonner la charge à un M. Hagaupiand qui aurait tant déplu, aux uns comme aux autres. La messe semble donc dite pour le bon Monsieur Hagaupiand, pour son camp comme pour ses rivaux.

 

 

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Notre document : "La vice-présidence Hagaupiand montrée du doigt par ses collatéraux du Parti Socialiste. Nombre d'édiles locaux ne le souhaitent plus à leurs côtés à la Communauté du Pays de Plassans. Pourtant, l'homme y a brillé."



Nous avons rencontré un édile qui nous a fait bien rire en nous contant une plaisanterie. Celle-ci mérite d’être intégralement reprise, même s’il s’agit sans doute d’une rêverie amusante. Le groupe Vert aurait été confronté il y a peu de jours à un premier problème. On sait Monsieur Gayrerrat défenseur de la langue d’oc. La juge Eve Hageauly, récemment élue au Parlement d’Europe, est attendue à Plassans pour un grand raout en faveur de la liste du Groupe Vert – dans le but de renouveler au local les succès des précédentes élections européennes. Les soutiens de M. Gayrrerat se sont rapidement trouvés confrontés à un épineux problème : le bonhomme va-t-il parler en français ou en occitan ? Venue spécialement de ses nouvelles terres de Bruxelles pour entendre le représentant Vert de Plassans, la juge Hageauly aura-t-elle la surprise de découvrir un occitan pur souche lui parler dans sa belle mais peu compréhensible langue d’oc pour l’occasion ? S’il renonce à défendre cette fois sa chère langue natale, M. Gayrerrat aura-t-il d’ailleurs un discours écrit en français, ou bien ses soutiens lui auront-ils préparé un discours écrit en phonétique, cette discipline récente amenée à résoudre bien des problèmes de langage entre les pays ?

 

 

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Notre document : "Eve Hageauly attendue de pied ferme, mais avec une certaine inquiétude, par les Verts Plassanais. Ici, le navire scandinave spécialement affrêté d'Ostende, qui arrive en rade de Marseille. "


La plaisanterie est aisée, me direz-vous, mais elle permet de souligner un plaisant trait de la personnalité de M. Gayrrerat, en même temps qu’une particularité Plassanaise de la liste Verte, qui est bien loin des déclarations d’intention et des projets que les Verts défendent, à l’échelle nationale ou européenne. La ligne de M. Gayrrerat, atypique, est loin de celle des figures nationales des Amoureux de la Nature. S’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, il y a plusieurs Groupements dans la Maison des Verts… et bien malin celui qui devinera ce qu’un conseil échevinal en occitan pourra bien changer au quotidien des Plassanais dans leurs quartiers les plus populaires !


La défense de la Nature peut avoir de bien imprévisibles conséquences. Spectacle touchant : on a pu voir M. de Salford dodeliner et s’endormir, tête sur l’épaule, pendant la présentation tardive du « Pacte naturel » du Docteur Halymit, du sommeil du juste. Ses détracteurs, présents dans l’assemblée (l’écologie ayant bonne presse de nos jours), donnaient deux explications à cette somnolence toute sénatoriale : soit la tournée électorale des estaminets du coin avait été un peu trop arrosée ; soit les émeutes devant le Consulat dont il a la charge, avaient eu raison des dernières forces du jour de M. de Salford. En vérité, ce que les méchantes langues ne reconnaissaient pas, c’est qu’endormi ou non, le Vicomte avait eu in fine l’audace de signer le Pacte – ce que certains de ses opposants se refusent encore aujourd’hui de faire.

 

 

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Notre document : Monsieur de Salford réveillé en sursaut par une pensée affreuse : faudra-t-il réellement appliquer toutes les conditions du Pacte naturel du bon docteur Halymit ?"


On a peu parlé dans ces pages de l’extrême gauche, qu’il ne faudrait pas tenir pour quantité négligeable, mais… qui pose le problème du traitement d’idées qui ont défrayé la chronique en Angleterre, en Russie et ont conduit à des errements, des tentatives de coups d’état, bref, des violences et du saccage. La gauche de la gauche Plassanaise est très loin (trop loin) du marxisme originaire pour pouvoir tenir la comparaison avec les lignes puissantes de MM. Marx ou Engels. Toutefois, la pensée de ces économistes et philosophes trouvent en Madame Lecompte, en Pays de Plassans, une moderne héritière. Il convient donc d’en parler, ne serait-ce que pour quelques lignes. Madame Lecompte n’est pas une comtesse et n’entend rien partager avec les nobles figures de droite et de gauche que nous avons pu décrire ici. Elle est la tête de liste des Communistes et de l’extrême gauche. Il y a beaucoup et peu à dire sur les partis et programmes qui composent cette liste étonnante. Jadis encore alliée avec Monsieur Maidevet, elle a refusé, avec ses comparses, de faire désormais alliance avec quelqu’un qui est capable de serrer la main de Monsieur de Peresty, qui, tout au Mitan qu’il soit, fait de toute évidence partie de la droite la plus dure et la moins fréquentable – du moins pour la Gauche de la manche gauche de Monsieur Maidevet. Cette manche gauche, qui réserve plus d’un tour, désormais, au pourtant habile Maidevet, se fait discrètement entendre, avec des discours au marxisme franchement édulcoré et tout empreint de pragmatisme.

 

 

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Notre document : "Le saviez-vous ? Le parc des logements sociaux de la ville de Plassans comprend de charmantes petites datchas à loyer modéré. Qui a dit qu'il y avait une crise du logement social à Plassans ?"


Madame Lecompte, pragmatique, l’est. Selon nos sources, elle serait logée dans le parc social de Plassans, logements habituellement réservés aux plus nécessiteux de nos concitoyens, et aurait changé, en quelques années, trois fois de logements, de charmantes petites datchas sociales en grands appartements tout aussi sociaux. Tout ceci dans un parc social, dont bénéficient tout autant d’anciens élus aujourd’hui sans emploi, sans la moindre vergogne. Quand tant de Plassanais vivent dans le dénuement le plus extrême et sillonnent les bureaux de l’Office Public du Logement Plassanais, à la recherche quasi impossible de logements dignes d’eux, on ne peut que s’interroger sur l’étonnante propension des élus locaux à bénéficier eux-mêmes des avantages qu’ils veulent réserver à leurs concitoyens ! Il est temps que les mœurs changent et que la priorité des aides et des logements sociaux, des subventions et des moyens, soient réellement donnés à ceux qui le méritent – à savoir ceux qui, tous les six ans sont consultés pour donner le pouvoir.

 

 

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Notre document : "Un peu d'anticipation. En l'an 2000, les élus visiteront les logements sociaux avec les moyens de transport les plus modernes. Ce qui leur permettra une visibilité et un contrôle intégraux de la situation de l'habitat social de la ville dont ils ont la charge."



Des spécialistes de l’œuvre de Nicolas Stavroguine, tels Juste Simard ou Camille Henares, ont pu regretter que l’auteur des Chroniques de Plassans, en milieu de campagne, prête l’oreille à de telles rumeurs, propage ainsi dans sa revue des histoires qui circulaient alors dans Plassans mais donnaient une piètre image de la politique d’alors. Prêter foi à ces histoires, c’était en quelque sorte faire le jeu de tous ceux qui gravitaient autour des candidats et faisaient leur miel de rumeurs, de vraies-fausses nouvelles, pour exister, le temps d’une campagne. Mais, du point de vue de Stavroguine, ces récits et rumeurs constituaient le corps de la campagne, vue de l’intérieur, et telle qu’elle était perçue par les Plassanais. C’était, au fond, une façon de comprendre et de décrire le quotidien d’un temps fort électoral. Dans les années 1900, une campagne était principalement faite de ce genre d’historiettes. Aujourd’hui, heureusement, la politique locale a pris un tour beaucoup plus noble.

Succession N. Stavroguine

02.07.2009

Vingt-troisième jour - Le Million

Le Marquis de Vauvenargues l’écrivait : « Celui qui sait rendre son dérangement utile est au-dessus de l’économie. ». Le Vicomte de Salford aurait-il médité cette subtile pensée, en préparant le dérangement de son recours, à l’ombre des platanes de la Place de l’Archevêché ? On pourrait le croire, tant la question du chiffrage du coût des élections nouvelles semble au coeur des débats, alors que la campagne bat son plein sous une chaleur écrasante.

Le recours qu’en effet le Vicomte de Salford dépose prestement en 1908, il l’estime utile. A sa carrière d’abord, disent les méchants, à Plassans ensuite, assurément, et de fait notre politicien place ce dérangement au-dessus de l’économie. Il en fait la démonstration dans une batterie de déclarations tonitruantes en même temps que la matière d’un tract – encore un ! – aussi virulent que calculateur. Il y est surtout question d’arithmétique. Monsieur de Salford a retrouvé sa règle à calcul et son boulier pour revoir les calculs que la Marquise avait faits dès l’annulation et qui concernaient le nerf de la guerre, à savoir les dépenses que ladite annulation allait sans nul doute occasionner.

 

 

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Notre document : "Madame de Joie-Ceinte et son équipe, lors du calcul du fameux "Million". Quel raisonnement mathématique, quelle mystérieuse axiomatique a-t-elle bien pu adopter pour atteindre ce chiffre ? Pour Steven Salford, ce raisonnement impossible constitue la véritable énigme de ce scrutin..."

 

On sait M. de Salford féru de sciences, et un homme positif dans la lignée de ces héros du vieux XIXe siècle, que les miracles de la science engagent à donner une importance démesurée aux mathématiques. C’est donc règle à la main, dans son tract sur papier jaune et dans ses interventions tous azimuts que M. de Salford matraque une leçon de mathématique à l’usage des Plassanais… et de Madame de Joie-Ceinte.


Madame la Marquise avait estimé le tort porté à la Ville par l’annulation funeste à un million de francs-or. Une somme astronomique qui ne devrait laisser personne indifférent. Surtout pas M. de Salford. Outragé par ces chiffres qui l’accusaient, implicitement et indirectement, par son recours, d’avoir occasionné une telle perte pour la Ville, Monsieur de Salford s’offusque et fait la leçon.


Par un savant calcul que l’on épargnera à nos lecteurs, mais qui est aisément disponible dans les tracts et les opuscules de M. de Salford, le Vicomte estime d’abord à la bagatelle de 218.000 francs-or les indemnités des fonctionnaires qui organiseront l’élection nouvelle. Il note en tout cas qu’en provoquant le limogeage brutal de l’équipe du bourgmestre (Ville de Plassans et Communauté du Pays de Plassans), ce ne sont pas moins de 472.000 francs-or qui sont ainsi économisés pendant toute la durée de la procédure ! Une « somme rondelette » précise le bonhomme, qui se soucie évidemment des bourses des Plassanais, qu’il espère voir redevenir ses administrés.

 

 

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Notre document : "Une difficile estimation... Les spécialistes les plus réputés sont invités à se prononcer sur l'évaluation du coût de cette annulation et des élections nouvelles. Ici, un antiquaire du centre ville se penche sur la question."



Il est beau de voir un ancien élu, qui espère revenir aux charges de bourgmestre et se présente devant le suffrage de ses concitoyens, aspirer à moins de dépenses en matière d’émoluments d’élus. C'est un débat national : le salaire des élus. Dans l’hypothèse où M. de Salford arriverait au pouvoir, on peut donc espérer que, nouveau bourgmestre, il ait le geste noble et magnanime de renoncer aux dites indemnités et émoluments, afin de poursuivre le louable effort d’économie qu’il a entamé pour la Ville, à travers cette annulation. S’engagerait-il tout autant à renoncer à siéger (ou tout le moins à percevoir les émoluments d’un fauteuil) à la Communauté du Pays de Plassans ? On peut le croire, au vu de ces saines et sages préoccupations d’économe.

 

 


Lorsque M. de Salford, homme de calculs, contredit notre infortunée Marquise de Joie-Ceinte sur le plan de la science économique et arithmétique, il ne faut pas perdre de vue les effets de cette annulation. Si depuis les débuts de la campagne nouvelle, et maintenant par un tract, assurément, le bonhomme Salford tente de démontrer l’incapacité de Madame la Marquise à la science arithmétique, en revenant sans relâche sur l’épisode devenu fameux du « Million », il convient tout de même de recenser les effets dévastateurs de ladite annulation.

La commission d’appels d’offres, qui attribue les marchés de la Ville, par exemple, ne se réunira pas avant le mois de septembre 1909. Pendant trois mois, les décisions en la matière seront gelées. La ville est évidemment ralentie d’autant, sans compter les effets négatifs sur les économies des valeureux entrepreneurs et ouvriers qui auraient pu se voir déjà attribuer des marchés, commencer de retrousser leurs manches, en un mot : travailler à la relève de Plassans – belle endormie pendant l’attente du fatal verdict du 8 juin 1909.

 

 

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Notre document : "Combien de projets, de marchés, bloqués ? Ici, un contremaître vient intimer à ses ouvriers de stopper le travail, dans un chantier de Plassans : les élections viennent d'être annulées ! Chômage technique ! Qui sait ce que le nouveau bourgmestre aura décidé à la place de cette fontaine souterraine votée par l'ancien conseil échevinal ?"


De même, pendant cet intervalle, et au mois fatidique de septembre auquel, décidément, tout semble fixé, les subventions aux associations, ces officines créées depuis 8 ans (1901, à peine), ne sont plus étudiées ni ne seront versées en temps et en heure. Que l’on accepte ou pas le concept des associations subventionnées, c’est tout une économie qui se trouve menacée, ralentie, abîmée : salaires, réalisations de projets… Nombre de citoyens de Plassans sentiront bientôt le contrecoup de ces mésaventures électorales dont nous plaisantons ici chaque jour, mais qui ont tout de même une importance dans la vie quotidienne des Plassanais, avant même de parler de ceux qui arriveront ou non au pouvoir.

 

 

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Notre document : "Une image du passé : le président d'une association d'économie sociale et solidaire fête l'arrivée de sa subvention, si durement obtenue. Aujourd'hui, ce sont des myriades de petites officines associatives qui voient leur fonctionnement bloqué par la funeste annulation. Vivement que la vie reprenne normalement à Plassans !"


Une ville ne gagne rien à être ainsi la risée des feuilles locales comme nationales, des autres villes, et pour ne rien dire de Paris, où les plus attentifs se gaussent des malheurs de la Province. La perte immatérielle est grosse, on l’aura compris. Si les calculs pour parvenir au fameux « Million » de Madame la Marquise restent encore obscurs (et M. Salford lui demande, je crois, de refaire le calcul avec lui pour démontrer s'ils tombent sur les mêmes résultats), ils témoignent de deux façons opposées de faire de l’arithmétique.

Le réflexe comptable est différent : M. de Salford, habitué de la chose électorale, se place essentiellement du point de vue des élus, dont il se réjouit de la suspension des émoluments, calcule les économies faites en gelant les politiques. Madame de Joie-Ceinte, tout en restant silencieuse sur les calculs qui l’ont conduite à ce fameux « Million », compte, elle, le tort porté à la Ville : image, gel de salaires d'employés d'associations, de subventions, de projets, de marchés. Les entreprises, les associations, les emplois forment la base de son calcul comptable, qui tient finalement plus du symbolique que de l’arithmétique profonde.

 

 

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Notre document : "Deux conceptions radicalement différentes de la gestion comptable d'une ville : une rêveuse Marquise et un Vicomte terriblement matérialiste."


M. de Salford est bien ce héros à la Jules Verne dont nous parlons souvent ici. Un personnage cultivé pour qui les principes du calcul infinitésimal sont une moderne religion ; Madame de Joie-Ceinte, elle, se place du point de vue du symbole : 1001 pour elle est chiffre d’infini. Si l’alpha et l’oméga ne peuvent se rejoindre pour l’homme pragmatique, ils se rejoignent pour la femme d’esprit. Deux façons de compter, deux façons de voir le monde et l’avenir. Ces deux candidats sont bel et bien opposés, y compris sur la façon de concevoir le monde.


Restera, après ces élections, il faut le craindre, une querelle amusante sur ce « Million », des lignes de calculs, des comptes d’apothicaire – ce qu’on attend certainement d’une ville qui fait songer chaque jour davantage à Yonville-L’Abbaye (bourg où, comme chacun sait, élit domicile le ménage Bovary)… Mais au-delà de l’efficace Monsieur de Salford qui se dépense sans compter, la Marquise poursuit son juste combat et, présente une liste inchangée – tout en plaçant un homme de chiffres – décidément ! – en deuxième position, M. de Bramoulay.

 

 

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Notre document : "Ardents calculs dans les lambris de l'Atelier du P.S.-Modème. On y calcule déjà places, positionnements, sièges et liste de fusions, au deuxième tour : qui fusionnera avec qui ? qui sera placé à quel rang ? Ces calculs soutenus occasionnent parfois des surchauffes inattendues : ici, Monsieur de Guindet au chevet d'un colistier victime d'épuisement cérébral, suite à de trop intenses tractations pour le second tour."


Pendant ce temps, de l’autre côté de Plassans, d’autres calculs se font sur les tables compliquées du nouvel et vaste « Atelier » hypermoderne de MM. Maidevet et de Peresty, et de leurs valeureux soutiens : Quelles alliances ? Quelles positions dans les listes ? Combien de sections ? Combien d’élus ? Qui sera au premier rang au deuxième tour ? Combien fera la liste verte, ennemi principal non avoué ? Et surtout combien de pertes, à gauche de la manche gauche de Monsieur Maidevet, et à droite de M. de Peresty ?


Bref, tempêtes sous des crânes pendant la fin de juin et le début de juillet, et intenses calculs nébuleux pour une ville qui est depuis une semaine étouffée par la chaleur et la ferveur électorales !





L’anecdote, depuis restée célèbre du « Million » donna l’argument, plus de vingt après ces événements, d'une version primitive de la toute première comédie musicale française, le film chantant de René Clair, Le Million (1931), qui devait offrir la vedette à Annabella et Alibert. (N.D.L.E.)

20.06.2009

Douzième jour

La donne semble avoir radicalement changé dans le paysage politique de Plassans, en ce douzième jour après les annulations des élections municipales de 1908. Passons en revue les forces actuellement en présence.



« Steven Salford assurément » prônent les tracts colorés de la liste « Un nouvel espoir pour Plassans ». Depuis quelques jours, le sémillant Vicomte de Salford lui-même, du bon pas qu’on lui connaît, parcourt les marchés du centre ville en bras de chemise en distribuant ses prospectus. Notre homme se présente comme « celui qui a fait annuler l’élection de 1908 » et semble en tirer une grande fierté. Le Vicomte dans ces documents, évoque un programme assez banal, sa seule idée semblant, comme beaucoup d’autres, d’évincer la Marquise définitivement. C’est une belle idée, mais elle est un peu seule. Attendons les prochaines rencontres publiques pour enfin voir si les projets du Vicomte pour la Ville sont différents de ceux qu’il avait déjà en 1901. Car n’oublions pas que M. de Salford était en charge de délégation, adjoint de la Marquise, de 1901 à 1908 (ou plutôt 1907, car on sait aujourd’hui ce qu’il en fut des relations entre Madame de Joie-Ceinte et son ancien adjoint, à partir de l’épisode malheureux des « Manufactures de demain »).

 

 

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Notre document : "Monsieur de Salford tracte lui-même auprès de la population de Plassans."


M. de Salford nous apparaissait, il y a quelques jours encore, comme le seul qui ait déjà une liste et un programme – aussi léger soit le programme qu’il ait concocté pour les citoyens de Plassans. Tardait à venir l’union appelée de tous leurs vœux par les bonnes âmes de la gauche et du centre, bref, du gros des opposants de la Marquise.



Mais voici qu’un coup de tonnerre éclate dans le ciel plassanais. Deux partis que rien ne semblait rapprocher, du moins à Plassans, se sont unis cette semaine pour ravir la Ville à la Marquise de Joie-Ceinte. Ou plutôt deux hommes, car leur décision n’engage pas leurs partis, selon leurs mots : Monsieur de Peresty, qui se présentait en 1908 sous l’étiquette Modème, et Monsieur Maidevet, l’homme fort des Socialistes, qui a tout récemment ravi à André de Guindet la candidature à la candidature. Les tractations furent intenses, continues, longues, et se finirent tard dans la nuit pour reprendre au petit matin. « Le Petit Provençal » décidément très au fait de l’actualité la plus brûlante nous informe que des va-et-vient eurent lieu entre des estaminets et des quartiers généraux de politiciens. La marche est longue qui mène vers le pouvoir, surtout quand il faut le partager.

 

 

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Notre document : "Alliance Maidevet - de Peresty : il ne s'agit pas de manquer le coche, cette fois-ci ! "

 

Pour partager le gâteau plassanais, alors que la table n’était pas encore dressée, nombre de cafés furent requis. Point d’alcools car ils font tourner les têtes des plus sérieux et on a ensuite le plus grand mal à compter les voix, réunir des idées embrouillées, tirer la couverture médiatique à soi. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans une opération de la sorte, le plus petit dénominateur commun l’emporte toujours.


Monsieur Maidevet a finalement obtenu le privilège, devenu récurrent, de se présenter en face de la Marquise de Joie-Ceinte. Il s’allie avec Monsieur de Peresty, feint d’allier à sa cause des membres de la liste « Filiation Plassans » que menait le professeur de philosophie en 1908, mais… les membres les plus éminents de l’ancienne liste du Centre manquent, « assurément ».

Manque d’abord M. de Salford, que M. de Peresty n’a point souhaité conserver parmi les rangs déjà pourtant décimés de ses braves. Malgré l’hémorragie de voix dont il fut victime entre le premier et le second tour de 1908, M. de Peresty n’a pas hésité à rejeter toute idée d’alliance avec le Vicomte, comme avec M. de Gensanat, devenu persona non grata en raison sans doute de son appartenance récente au Nouveau Centre, parti encore neuf.


Manquera aussi M. Diméhaust, amoureux de la Nature hâbleur, qui s’échappa jadis du Groupe Vert pour rejoindre le Modème, qui semblait plus lui correspondre. Ne le vit-on pas parmi la foule des courtisans lorsque M. de Bailleroux vint en pays de Plassans pour distribuer la bonne parole centriste aux foules assoiffées de vérité politique ?
M. Diméhaust, il faut avouer que M. Maidevet n’en veut pas. Il pense déjà à une nouvelle alliance, au second tour de 1909, avec le Groupe Vert, dont M. Diméhaust est devenu un dissident, qui ne souhaite pas sa présence dans une liste commune. Toujours le jeu arithmétique du plus petit dénominateur commun.
Comment la liste multiple, plurielle, ainsi péniblement agrégée, peut-elle raisonnablement se poser en opposante de la Marquise, manquant ainsi de figures aussi notablement hostiles à Madame de Joie-Ceinte ? Si M. Diméhaust n’en est pas et si, comme on peut le craindre, des éminences de l’ancienne liste menée par Maître Pezest n’en sont pas non plus ?

Sur le plan des idées et des programmes, on ne manquera pas de s’étonner, et d’attendre avec impatience le programme commun rédigé par les deux équipes de MM. Maidevet et de Peresty. Reprendront-ils des points centraux des programmes de listes agrégées, telle la couverture de la montée d’Avignon, qui était le point fort du programme de Maître Pezest en 1908 ? On peut raisonnablement penser que non : une telle politique de grands travaux porterait la marque de M. Pezest et, même s’il n’est pas élu bourgmestre ni adjoint en 1909, cette dalle serait le signe de sa victoire indirecte. Absent, invisible, il marquerait cependant trop durablement la mémoire de Plassans par cette construction. On peut aisément imaginer que ni M. de Peresty ni M. Maidevet ne souhaitent qu’un spectre leur porte ombrage.

 

 

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Notre document : "Alliance explosive en perspective pour la liste Socialiste-Modème."



Cette alliance étrange ne manquera pas en outre d’étonner les plus vigilants de nos lecteurs. En effet, ceux-ci n’ignorent pas l’animosité la plus franche que se vouaient il y a peu de temps encore Messieurs de Peresty et Maidevet. C’est donc un bien curieux attelage qui partira, le 12 juillet, à la conquête de Plassans : le Modème et le Parti Socialiste, unis pour le meilleur et pour le rire, en une combinaison qui reste encore à découvrir. Car, comme le prétend Monsieur de Castreneuf, la liste est encore en cours de construction. Et l’inauguration de la permanence électorale qui a lieu ce samedi ne devrait pas être le signe d’une fin de chantier, mais bien la pose d’une première pierre, dans une construction dont le plan n’est pas sûr. Gare aux accidents !

 

 

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Notre document : "La Marquise, sur le point de partir en campagne : "Mais que faire ?" "


Et la Marquise, me direz-vous ? Suivant l’exemple de Monsieur Grondin, bourgmestre de Marseille, Madame de Joie-Ceinte s’est d’abord tue. Elle laissa d’abord s’époumoner les autres, estimant sans doute que de la cacophonie et des ambitions ainsi ouvertement affichées, naîtrait des Plassanais un profond dégoût de tous ces opposants qui pouvaient sembler se jeter sur une occasion pour saisir le pouvoir qui lui avait été brutalement retiré.
Après que la formation socialiste et « modème » eut terminé son si peu symphonique poème encore inachevé (à ce jour), après que la Droite nationale se présente, et renonce, laissant le champ libre aux amis de la Marquise, après que le Vicomte présente sa propre liste inoffensive, Madame de Joie-Ceinte pouvait enfin apparaître, ceinte de probité candide et de lin blanc. C’est pour l’honneur de Plassans qu’elle se bat, fait œuvre de pédagogie, pour expliquer aux Plassanais les circonstances réelles du complot socialiste qui lui a fait perdre la charge de bourgmestre.

À la recherche du temps perdu (de longs mois d’attente des résultats des procédures, initiées par M. de Salford pendant lesquelles la Marquise ne pouvait rien entreprendre, toute anxieuse sous le couperet qu’elle devinait au-dessus de sa tête), Madame de Joie-Ceinte propose au Plassanais de reprendre ses activités là où l’arrogante décision de justice l’a contrainte de les cesser. Pourquoi changer une équipe qui gagne autant ? Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ». Ces formules qui ont prouvé leur efficacité au fil des siècles, la Marquise et son équipe espèrent bien les faire entendre aux Plassanais. C’est désormais leur axe de campagne.