31.10.2009
L'introuvable
L'introuvable a été finalement retrouvé : une réédition de 1947 du premier volume des Chroniques de Plassans, de Nicolas Stavroguine, a été retrouvé sur un marché de livres anciens... de Plassans ! Ce volume, édité au Livre moderne illustré par J. Ferenczi & Fils, contenait, à notre grande surprise, un grand nombre de pages inédites, parfois féroces, sur le petit monde politique et culturel de Plassans. Ces pages inédites seront donc adjointes à l'édition à venir des Chroniques, qui sera donc finalement réalisée en fac-similé de cet ouvrage.
Ce livre sera très prochainement disponible à l'achat, et nous tiendrons informés de cette publication les lecteurs qui suivent, semaine après semaine, sur la Toile, l'exhumation des articles de notre ancêtre.
Succession N. Stavroguine
07:47 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : plassans, politique, stavroguine, élections, municipales, régionales, 1909, 2009, édition, livre, chroniques
06.08.2009
Histoire des Treize (3)
"Voyez-vous, à Aix-en-Provence, le peuple n'existe pas, la noblesse est indécrottable : il n'y a de tolérable que quelques parvenus, des gens charmants qui font beaucoup de frais pour les hommes en place. Notre petit monde de fonctionnaires est très heureux. Nous vivons entre nous, à notre guise, sans nous soucier des habitants, comme si nous avions planté notre tente en pays conquis."
Emile Zola, La Conquête d'Aix-en-Provence
[NDLE : On se souvient qu'Aix-en-Provence est la ville imaginaire, inspirée de Plassans, qu'Emile Zola avait inventée pour y dresser l'action de plusieurs de ses romans dont La Conquête d'Aix-en-Provence. Nicolas Stavroguine se référait souvent à l'oeuvre de Zola, comme à nombre de ses contemporains.]
Dimanche, l’histoire des Treize s’est poursuivie, fort heureusement à Plassans. Le dimanche précédent, ils avaient quitté la salle du conseil échevinal, outrés de ce que la Marquise refusait l’un des leurs, Monsieur de Peresty, dans le conseil communautaire du pays de Plassans. Mais dans la semaine, sous la menace d’un nouveau nouveau recours, cette fois contre l’élection de Madame de Joie-Ceinte à la présidence de la Communauté du Pays de Plassans – puisque les Six avaient démissionné suite à l’affront apporté au philosophe de Peresty – la Marquise accepta "d’enterrer la hache de guerre", selon ses mots. Elle souffrit de reprendre sa liste et d’y accepter cette fois Monsieur de Peresty. Seulement elle en fut tellement malade, qu’elle ne vint au conseil échevinal de ce dimanche. La première élection des conseillers communautaires s’était faite en leur absence, la seconde élection se sera faite sans la Marquise.
Notre document : "Magnanime Marquise : même souffrante, elle a rendu son petit chat au petit François-Xavier, qui pleurait fort pour le récupérer - c'est qu'il ne s'en était pas bien occupé ces dernières années. Protectrice des bêtes, la Marquise avait longtemps hésité avant de confier à nouveau les destinée du petit félin du Pays de Plassans au garçonnet, mais... la mine triste de l'enfant l'a convaincu de lui faire confiance, et de lui donner l'animal."
Sur les daguerréotypes du "petit Provençal", on peut voir Monsieur de Peresty hilare. Malgré la chaleur, il porte toujours son costume bleu de Prusse et sa lavallière, mais arbore un rare sourire – cet homme toujours taciturne, avare de mots, quitta donc ce dimanche exceptionnellement sa mine austère pour un visage heureux – joyeux du bon tour joué à la Marquise, bienheureux d’être enfin au Conseil Communautaire, ce que l’élection de 1908 ne lui avait pas permis.
En fin de journée, pourtant, Monsieur de Peresty avait troqué son costume serré pour un vêtement de bleu de Gênes et une chemisette, et marchait bon train, silencieux, et la mine à nouveau morne. Cet homme qui a chaque jour le même pas, qui ne varie pas, sourcilleux de la bonne marche du monde et des âmes, allait de son pas toujours preste, vers on ne sait quelle destination. Il sera sans doute un opposant redoutable à la Marquise, car il l’a été dès le début de l’élection de 1901 – où il était pourtant partie prenante de son élection, car il avait signé le fameux Pacte-à-Trois,avec la Marquise et le baron Chauraud.
Notre document : "Le saviez-vous ? "Recours" et "annulation" sont les mots les plus usités à Plassans depuis 1908. Cet été, ce sont ceux qu'on a le plus lus et entendus sous la plume des politiciens et des journalistes. On en trouve la trace jusque dans le bloc-notes de Monsieur de Castreneuf, jusqu'en 1907, au moins ! Sur notre document, Monsieur Maidevet en appelle aux plus hautes instances pour recompter les voix, les bulletins, les enveloppes et même les urnes ! En 1901, il avait déposé un recours, qu'il avait pourtant retiré, pour de mystérieuses raisons..."
L’avenir nous dira si au conseil communautaire du Pays de Plassans Monsieur de Peresty brillera en opposant constructif, sachant que l’avenir de tant de communes dépend de ces votations. En attendant l’acceptation d’un nouveau recours, les opposants fourbissent leurs armes, les vacances se préparent.
Certaines mauvaises langues disent que l’absence de la Marquise au conseil échevinal de dimanche était purement diplomatique et qu’elle est déjà en partance pour son lieu de villégiature, sensément la Bretagne, mais plus sûrement les comptoirs des Indes – nous a-t-on soufflé. En son absence, ses gens sauront-ils garder la Maison si rudement acquise ? La menace d’un nouveau recours pèse sur la maisonnée, des documents ressortent, telle cette lettre de soutien du Roi que l’on aurait distribuée et qui n’aurait peut-être pas dû l’être… Que de chausse-trappes dans le chemin du pouvoir !
Notre document : "La Marquise n'a pas été sourde aux demandes des Treize : même si elle ne pouvait quitter sa demeure, elle a tendu la main en même temps qu'une perche bienveillante à Monsieur de Peresty : il aura donc sa place de conseiller communautaire, assurément. Une semaine de négociation et de bras-de-fer pour en arriver là... Bienheureuse Plassans qui a tant de beaux politiciens pour penser à son devenir et ne point songer à leur place propre !"
07:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : provence, plassans, aix-en-provence, bourgeoisie, politique, pouvoir
26.06.2009
Dix-septième jour
Brève chronique aujourd’hui, pour évoquer un nouvelle, presque une imputation, lancée à l’infortunée Marquise de Joie-Ceinte, par son principal opposant.
L’un de nos correspondants nous indiquait en effet tout à l’heure dans un télégramme, alors que nous mettions sous la presse, que dans les étranges lucarnes où il s’était produit, Monsieur Maidevet indiquait mercredi à la presse qui l’avait invité que Madame de Joie-Ceinte avait fait pression – sur qui ? – pour que les élections aient lieu le plus rapidement possible ; cette action de la Marquise ayant eu pour conséquence que l’opposition ne fût pas prête à temps.
Monsieur Maidevet, qui s’y connaît dans la science du lobbying qu’il pratiqua naguère dans son métier d'avocat d'afaires, et il y a peu encore, avec l’intelligence économique qu’on lui connaît (et sur laquelle nous reviendrons), sait de quoi il parle quand il dit reconnaître des « pressions » dans une procédure exceptionnelle de cette importance.
Gageons que la célérité avec laquelle Monsieur Maidevet est parvenu à réussir le tour de force d’une liste d’union aussi rapidement prouve qu’il est toujours homme efficace et soucieux de bonne gestion du temps, d’organisation, et de réaction. Sans ces qualités essentielles, comment en effet pourrait-il faire un bon bourgmestre ?
Notre document : "Monsieur Maidevet, petit déjeunant avec Monsieur Hagaupiand, l'un de ses lieutenants les plus fidèles - envers et contre tout, malgré une nomination curieuse à la vice-présidence de la Communauté du Pays de Plassans par la Marquise en 1908 - découvre les dates des prochaines élections. "Diantre ! Aurons-nous le temps de réunir nos troupes et nos liquidités pour partir à la bataille ?" Gageons que le temps perdu aura été rattrapé depuis.
On pardonnera aisément ce trait, mais le fait est que pendant que l’on discute ainsi des dates, des pressions et des contraintes de saison, les horloges tournent.
À la table des ambitieux, il y a rarement un deuxième service. Cette antienne connue doit faire partie du bréviaire des politiciens modernes, car on constate, jour après jour, que les méthodes d’aujourd’hui, des uns comme des autres, témoignent d’un goût prononcé pour les mêmes qualités d’efficacité et de vélocité.
C’est ainsi qu’après les premières affiches du portrait de la Marquise, (toujours aussi vite lacérées par de courageux opposants anonymes), les placards de Plassans s’ornent du noble visage du Vicomte de Salford, qui décidément n’est jamais en retard dans cette course. Monsieur de Salford est un homme décidément vite, pour parler en langage moderne. Lui aussi était à la bonne école de la rapidité et de l’efficacité – qui était celle de Madame la Marquise, rappelons-le, quand Monsieur de Salford guerroyait à ses côtés contre les troupes de M. de Picherasle, et quand il régna avec elle sur Plassans, près de six ans durant – avant leur mésalliance de 1906-1907.
Les plus avertis de nos lecteurs savent Steven Salford, personnage éminemment vernien, grand admirateur des Voyages extraordinaires de l’écrivain Jules Verne. À l’instar des personnages de mon confrère amiénois, M. le Vicomte aurait-il toujours une longueur d’avance dans cette odyssée électorale extraordinaire ?
Notre document : "Plus qu'un homme politique anglais, M. de Salford est un héros positif, à la façon de ceux de Jules Verne. Téméraire, bonhomme, sans reproches, avec une foi absolu dans la Science et ses miracles, il se pique aussi d'écriture et de métaphysique. Il n'hésite pas, comme ici, à affronter l'inconnu et à arpenter des territoires reculés de la ville de Plassans, à la recherche de voix pour sa liste nouvelle, là où la main de l'homme politique n'a encore jamais mis le pied."
De toute évidence, M. de Salford, comme tous ses confrères en science politique, garde en mémoire les bonspréceptes de Mazarin, qui écrivait :
Aie toujours à l’esprit ces cinq préceptes :
1 – Simule.
2 – Dissimule.
3 - Ne te fie à personne.
4 - Dis du bien de tout le monde.
5 – Prévois avant d’agir.
Mais souvenons-nous que le Cardinal écrivait également, aux politiciens de son temps comme des générations qui devaient lui succéder : « Si tu es offensé personnellement, le mieux est de faire comme si de rien n’était, car une querelle en amène une autre, et l’offenseur et toi seriez ensuite en guerre perpétuelle. Peut-être finirais-tu par en sortir vainqueur, mais cette victoire serait pire qu’une défaite car entre-temps tu te serais attiré bien des rancunes. »
Monsieur de Salford, que l’on sait amoureux de la méditation, devrait, dans le combat politique qui s’est engagé, méditer précisément cette phrase de celui qui fut jadis la victime des célèbres mazarinades (dont nous nous voulons, de façon un peu immodeste, les héritiers – contrairement à ce que de méchantes langues soufflent ici et là). Mais ces préceptes de Mazarin, appelé injustement "le voleur de Sicile" en son temps, peuvent également être rappelés à ceux qui, à Gauche, s'étripent et se lacèrent, sur l'autel de la renommée politique.
Qui, en effet, à travers ces disputes de noms, de places et de positions éligibles ou non, songe réellement à Plassans ? La comédie humaine que nous voyons se dérouler sous nos yeux montre-t-elle vraiment que ces édiles s'intéressent à la Ville, à son peuple ? Nous verrons dans les prochaines semaines si ces incorrigibles garnements retrouvent un peu de la sagesse qui sied à l'exercice de la fonction de Bourgmestre...
(A suivre)
07:59 Publié dans Pique-nique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élections annulées, invalidation, provence, politique, dindon, farce, bonnet blanc, blanc bonnet








