26.10.2009

La presse et la réclame

Dans un récent articulet de son bloc-notes, Monsieur de Castreneuf, radical-socialiste de longue date, opposant aujourd’hui bien (re)connu de la Marquise de Joie-Ceinte, découvre avec effarement que la Cité de Plassans a payé plusieurs dizaines de milliers de francs-or des articles de publi-information dans le quotidien Le petit Provençal. Rien de bien nouveau sous le soleil de "la belle aux eaux crépitantes", mais Monsieur de Castreneuf s'étonne et se scandalise de cette pratique...

 

 

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Notre document : « Sapré tonnerre ! Monsieur de Castreneuf découvre, médusé, après tant d’années de vie publique, que les Cités paient pour de la publicité institutionnelle dans la presse quotidienne régionale ! Un véritable scandale qui doit être dénoncé à tous prix ! »


Elle est pourtant devenue monnaie courante. Monsieur de Castreneuf s’en étonne, remarquons-nous, avec une candeur qu’on ne lui reconnaît pas. Il devrait en effet connaître ces pratiques de communication lui qui a œuvré aux destinées de Plassans pendant de nombreuses années aux côtés de l’ancien échevin, Monsieur de Picherasle – Monsieur de Castreneuf avait en charge le quartier du Pont de la Voûte. La communication institutionnelle, en effet, n’est pas née d’hier et ce n’est certainement pas Madame de Joie-Ceinte (qui s’y connaît hélas fort peu en la matière) qui aura inventé ce type de réclame, aussi vieux que les placards publicitaires le sont eux-mêmes. Toutes les grandes municipalités se fendent, dans leurs budgets, de campagnes de communication, en cheville avec les feuilles locales, pour couvrir tel événement dont elles sont à l’origine ou qu'elles soutiennent.

 

 

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Notre document : « Sacrebleu ! Le Petit Provençal couvre en termes exagérément laudatifs l'exposition de l'été 1909 organisée par l'équipe de la Marquise. À la lecture de cet article si peu critique, le sang italien de Monsieur de Castreneuf ne fait qu'un tour. »


Le Cafard acharné, journal paraissant satirique le mercredi, est à l’origine de cette grande découverte de Monsieur de Castreneuf. Celui-ci est en effet lecteur assidu de cette feuille qui fit le bonheur des soldats au cours de la dernière guerre : jeux de mots goûteux et informations à scandales sur la vie publique des puissants y font en effet le miel des amateurs de politique en Chambre.

Les Frelons ne pouvaient demeurer sans voix sur ce sujet. Parlons un peu cuisine, puisqu’en chaque chose il y a une intention. D’où proviennent les informations si scandaleuses révélées par le Cafard, et quelles en sont les intentions cachées ? Il y a fort à parier, selon nos sources, que les journalistes syndicalistes du Petit Provençal sont à l’origine de cette « fuite » auprès du Cafard. Cela dans le but de faire « sauter » leur direction. À noter que l’article du Cafard en question ne concerne pas seulement la Cité de Plassans mais d’autres contrats de communication passées par des municipalités du Sud du Royaume avec la presse quotidienne régionale.

 

 

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Notre document : "La presse locale est-elle indépendante ? Grands dieux, non ! Elle l'était sans doute davantage pendant le mandat de Monsieur de Picherasle... ou quand Monsieur de Castreneuf était lui-même chroniqueur au Petit Provençal."


La grande question que pose en réalité Monsieur de Castreneuf dans son bloc-note est celle de l’indépendance de la presse. Cette presse (et surtout quotidienne et régionale) est-elle indépendante ? Certes non. L’objectivité, vieille antienne, on le sait, n’existe pas. Il s’agit d’un idéal impossible à tenir, pour des raisons évidemment économiques : il y a de moins en moins de lecteurs et les budgets ne tiennent que par l’apport indispensable de la manne publicitaire. Souvent le fait de compagnies privées, mais surtout par les annonces légales des appels d’offres et autres réalisations des collectivités territoriales. Nous-mêmes, aux Frelons, ne pourrions « tenir » sans le soutien de sociétés privées et amies et les réclames que vous lisez parfois dans nos pages pour certaines liqueurs et pour quelques spiritueux viennent inévitablement redonner les couleurs de la vie à notre trésorerie souvent moribonde.

Nous n’avons pas à en rougir et conseillons d’ailleurs vivement à nos lecteurs la consommation (raisonnable) de ces breuvages sans lesquels les Plassanais failliraient à leur réputation de bons vivants.

Monsieur de Castreneuf devrait connaître l’importance de la réclame institutionnelle, puisqu’il a été aux manettes du pouvoir naguère. On ne nous laissera pas croire que la Cité de Plassans n'a jamais coédité d'ouvrages sur les beautés de la Ville et les réalisations modernes, constructions et autres remise à neuf de monuments... du temps de Monsieur de Picherasle comme depuis la première élection de la Marquise de Joie-Ceinte.

Les plus assidus de nos lecteurs se souviennent de surcroît que Monsieur de Castreneuf fut dans une de ses nombreuses vies un homme de presse, correspondant du Petit Provençal, pendant quelques années. Il doit donc bien connaître les pratiques du métier de journaliste, sinon celles de chroniqueur de la vie plassanaise. Il doit savoir, de surcroît, maintenant en retraite, mais plus que jamais actif en opposition rebelle à la Marquise, et donc en qualité d’homme politique de plus en plus sollicité par les media, comment fonctionne le système de la presse de ce début de siècle…

 

 

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Notre document :  "Monsieur de Castreneuf, vêtu de probité candide et de lin blanc, ne décolère pas : les centaines de milliers de francs-or dépensés pour la réclame des expositions de l'été, en connivence avec une presse aux ordres ! Un nouveau combat pour ce citoyen émérite de Plassans."


Plus près de nous, un petit fait savoureux illustre l’indépendance de la presse : le Vicomte de Salford, devenu Président d’une école d’étude des arts appliqués, a fait une fleur à un journaliste du Petit Provençal : Monsieur Paul-Hégésippe Herbacet assure en effet depuis peu des cours de journalisme dans l’école nouvelle du Vicomte, sise Boulevard de la Monarchie. Rappelons aux oublieux de l’Histoire que M. Herbacet « couvrit », en son temps, les élections échevinales de 1908 et de 1909 – auxquelles concourut Monsieur de Salford. Tout comme le même Monsieur Herbacet « couvrit » sans toutefois la déflorer la fameuse affaire de l’officine « Espace Faire de Concert », association de loi 1901 subventionnée par la Communauté du Pays de Plassans, dont Monsieur de Salford fut président fondateur (en 1899 – il devait en quitter la présidence en 1901, l’année de son élection à Plassans) et qui fut liquidée à grands bruits étouffés en novembre 1907, pour un passif déclaré de plus de 320.000 francs-or.

 

 

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Notre document : "Le garde-champêtre en retraite Giberne (sans sa moustache, à gauche) veille au grain, pendant la campagne de l'été 1909, en conseillant à un journaliste de ne point réveiller les fantômes d'une vieille histoire de 1907, la fin brutale et mystérieuse de l'association "Espace Faire de Concert".
"Cette officine, fondée par le Vicomte de Salford fut liquidée à la demande de l'administration de Madame de Joie-Ceinte, juste avant les élections de 1908, après des audits présentés comme accablants par le Pays de Plassans - qui était son subventionneur.
"Le journaliste (à droite), devant les arguments imparables de ce bon Giberne, ne peut que s
'exécuter. L'article n'est finalement pas paru."


L’indépendance des journalistes et des journaux est une donnée impossible. Il existe une éthique, mais elle s’arrête nécessairement devant les intérêts communs de la société de presse et individuels des journalistes. Ceux-ci peuvent être de surcroît menacés ou mis sous pression devant des sujets trop sensibles. Le même Monsieur Herbacet, pendant la campagne de 1909, se vit fortement conseiller par le garde champêtre Giberne,  personnage bien connu de nos lecteurs, décidément sur tous les fronts, de ne pas reparler de l’affaire de l’ « Espace Faire de Concert », qui pouvait nuire à la Marquise. En quelques mots bien choisi, l’astucieux garde champêtre en retraite, pas encore président d’association, indiqua au journaliste qu’il fallait mieux… se taire ! Et il n’y eut point d’article. Un témoin que le journaliste tentait d’interviewer fut tout ainsi invité à se faire petit. Le musellement de la presse existe encore, même pour les « petites » querelles de clocher !

On voit donc que l’indépendance de la presse est loin d’être acquise. Fabricants de spiritueux ou collectivités locales, privés ou publics, les puissants de ce monde d’argent ont besoin de la presse, et la presse a besoin de leur argent : il y a fort longtemps en effet que le Pactole ne coule plus dans les poches des feuilles régionales et nationales. Il paraît donc difficile de s’étonner des partenariats établis par la Cité de Plassans avec un quotidien comme Le Petit Provençal pour couvrir positivement des expositions de peinture aux retombées économiques importantes pour le pays de Plassans.

Tout au plus peut-on s’étonner que jamais la Cité de Plassans ou ses édiles n’aient songé à faire appel à nous ainsi qu’à l’équipe des Frelons pour établir quelque plan de réclame hasardeux sur la propreté ou la politique de grands travaux. Nous serions tout disposés, et en toute transparence vis-à-vis de nos lecteurs, à rédiger quelques articles bien léchés sur les problématiques des chiens errants dans la Cité, des sangliers en déroute dans le Parc Nuidan ou les bienfaits du Plan Local Urbatectural de la Cité. C’est pour cela que nous nous tenons à la disposition de toute coopérative vinicole, de tout traiteur, de toute institution qui souhaiterait que soient chantées raisonnablement ses louanges – moyennement rétribution, bien entendu, que nous répercuterons sur le prix de l’abonnement aux Frelons, afin que les lecteurs profitent de cette manne espérée.

 

 

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Notre document : "La revue "Les Frelons" est clairement favorable à la réclame pour les liqueurs et les spiritueux dans ses colonnes, sans lesquels son équipe aurait les plus grandes peines du monde à poursuivre son travail au service du journalisme d'investigation."


Comme une illustration de ces pratiques publicitaires qui sont décidément de plus en plus à la mode, rappelons à nos lecteurs la campagne entamée voici une bonne dizaine d'années pour le tonique vin Mariani, campagne confiée à nos plus grandes gloires littéraires :

« J'ai à vous adresser mille remerciements, cher Monsieur Mariani, pour ce vin de jeunesse qui fait de la vie, conserve la force à ceux qui la dépensent et la rend à ceux qui ne l'ont plus. »
— Émile Zola, 1895


« Cher Monsieur, J'ai reçu un tel secours de votre vin au moment de mes dernières couches que je vous conjure de m'en faire envoyer d'urgence une nouvelle caisse. »

— Léon Bloy, 1898


« Le témoignage des hommes serait bien trompeur si le vin Mariani ne faisait pas des merveilles. Je crois qu'il en fera en ma faveur s'il m'arrive jamais d'en avoir besoin. »

— Louis Duchesne


« Boire du vin Mariani/ C'est chanter, croire, aimer sans trêve/ C'est ouvrir, au pays du rêve/ Une porte sur l'Infini ! »

— Jane de La Vaudère

19.10.2009

Éternels recours

« Les nouvelles du jour telles qu’elles étaient rapportées dans les gazettes étaient discutées avec une spéciale vigilance d’examen. En ce qui regardait tout récit auquel il manquait date de temps ou origine de lieu, quelque plausible qu’il puisse paraître, Kant se montrait toujours inexorablement sceptique et le tenait comme indigne d’être raconté. »

Thomas de Quincey, Les derniers jours d’Emmanuel Kant

 

 

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Notre document : "Après l'été indien arrivent les premiers frimas électoraux en pays de Plassans..."

 

L’actualité politique en pays de Plassans semble morne et terne, en cet automne tardif. C’est ce que pourrait croire le non-initié aux arcanes politiques de « la belle aux eaux crépitantes », s’il ne lisait que les feuilles locales et les blocs-notes des anciens politiciens. Pour preuve : dans son bloc-notes, même Monsieur de Castreneuf, que l’on a connu plus combatif, se borne aujourd’hui à commenter des daguerréotypes qu’il réalise lui-même de travaux qui ont lieu aux Tulettes, près de l’hôpital psychiatrique. Beaucoup d’ « observateurs de la vie politique », comme on dit dans les journaux nationaux, se contentent, eux, d’attendre d’hypothétiques rebondissements en recours, qui ont fini par lasser les Plassanais les plus politiquement acharnés, jusqu’à la Marquise elle-même – que l’on dit fort lasse de toutes ces élections successives auxquelles elle a fort imprudemment pris part, et qui l’ont conduit à accumuler des responsabilités fort nombreuses, dont on lui fait grief jusqu’à Paris.

Pourtant, l’heure est au combat politique le plus ardent : les préparatifs vont bon train, dans tous les camps : les élections régionales se préparent, ainsi qu’un découpage de la carte électorale, qui est à l’oeuvre, dont même « Le Petit Provençal » relève les incongruités. Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de se reporter à l’édition de ce quotidien pour s’informer des détails de cette opération de loisir créatif politique.

 

 

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Notre document : "Confits sociaux aux Postes et télécommunications. À la Poste centrale de Plassans en grève, il était récemment impossible de retirer son salaire, le service minimum étant réduit à peau de chagrin. Les politiques locaux restent étrangement muets devant ces avalanches de problèmes. Seul Monsieur de Castreneuf semble prendre clairement position pour le maintien de la Poste dans le Service Public. Mais sans doute n'a-t-il jamais connu de postière revêche ?"


Nous avions rencontré Monsieur de Gensanat, pendant la dernière campagne échevinale, qui nous avait alors éclairé sur cette problématique. Il nous est apparu utile, quelques semaines plus tard, de rendre publiques les propos échangés avec ce fin politicien. On l’avait beaucoup accusé de virevolter, de parti en parti, de changer d’étiquette, pour finalement n’être nulle part. Le sémillant conseiller général, avant même d’expliquer la nouvelle carte électorale, s’en défendit : il était dans une logique… parfaitement logique. À l’échelle du Royaume, l’ancienne UDF (Union des Francs) s’était ralliée majoritairement à l’UMP (Union pour la Majorité du Prince), et non au Modème de Monsieur de Bailleroux. C’est tout naturellement que Monsieur de Gensanat avait rejoint, dans la petite foulée, les rangs de l’UMP, puis du Nouveau Mitan, le parti créé pour remplacer l’UDF, quand il est apparu que le Mystère des Voix Centristes, un peu trop rapidement oublié, devait opérer de nouveau dans l’alchimie des urnes.

 

 

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Notre document : "Notre reporter prépare son entretien avec Monsieur de Gensanat dans un café du Cours Mirabelle où le fringant conseiller général a ses habitudes."


Monsieur de Gensanat a ensuite été auréolé d’une certaine gloire : celle de se voir adouber par Monsieur Maurin, ministre de la Guerre. Tout naturellement oint de cette protection capitale, Monsieur de Gensanat est devenu le chef de fiel de ce nouveau parti de Mitan.

Il fallait ensuite convaincre Madame de Joie-Ceinte du soutien authentique de Monsieur de Gensanat. Elle avait déjà dans ses rangs des membres (déjà) anciens et nouveau du Nouveau Mitan, comme Monsieur Bambin et Monsieur de Carat, mais la Marquise voyait toujours d’un mauvais œil l’arrivée dans la campagne de juillet de Monsieur de Gensanat. Elle avait souvenance que le politicien avait été fort virulent contre elle les années précédentes et avait participé à la liste de Monsieur de Peresty en 1908.

 

 

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Notre document (reconstitution) : "LA MARQUISE - Ah, Monsieur de Gensanat, nous ne vous haïssons point ! Nous revenez-nous fidèle ?
"MONSIEUR DE GENSANAT -Madame la Marquise, si vous me permettez, j'ai toujours été fidèle à ma famille politique. C'est tout naturellement que je vous reviens.
"LA MARQUISE - Cela est bel et bon. Nous comptons sur vous et vous pourrez compter sur nous : régionales et législatives vous seront acquises, sous les auspices du Ministre MAURIN. Mais le plus dur reste à faire : il faut reconquérir Plassans..."



Un accord devait être trouvé entre Monsieur de Gensanat et les fidèles de Madame de Joie-Ceinte pour apaiser les esprits et permettre à la Marquise de remporter la victoire de 1908, injustement volée, en juillet 1909. Un accord, demandé par Monsieur Maurin, et accepté par la Marquise. Des documents furent même signés qui indiquèrent que la guerre était finie, et qu’il était temps pour Monsieur de Gensanat de rejoindre sa famille politique de toujours. En échange de son soutien inconditionnel, Monsieur de Gensanat était candidat sur la liste des régionales emmenée par Monsieur Falcaud – qui plus est, dans une position éligible. Qui sait ce qu’il en est aujourd’hui que les têtes de liste ont changé ? L’accord était assorti d’une autre promesse, qui fait intervenir le fameux découpage électoral, si mal compris par certains esprits fâcheux.

 

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Notre document : "L'accord a enfin été trouvé entre le toujours stylé Monsieur de Gensanat et les fidèles de la Marquise. Le combat peut reprendre. Les joutes futures sont d'ores et déjà établies. La reconquête de la région commence par Plassans."


Mais à l’époque, cela était clair, bel et bon. La reconquête de la région, après celle de Plassans, allait se faire avec Monsieur de Gensanat. Sa popularité faisait espérer en effet au Parti majoritaire un apport de voix indispensable.

C’est là que vient jouer le redécoupage électoral, que Monsieur de Gensanat nous expliqua fort clairement. Dans l’accord qui le liait désormais avec la Marquise (dont nos lecteurs savent aujourd’hui qu’elle a justement reconquis Plassans), il y avait la promesse d’une circonscription législative : Monsieur de Gensanat allait devenir député à la Chambre !

Mais pour cela, il fallait encore créer une nouvelle circonscription. Marseille et le département entier donnent à la France huit députés (dont la Marquise). Mais Marseille est surreprésentée dans ce découpage. Ce problème de représentativité, dont les experts discutent aujourd’hui, a pour conséquence de supprimer une circonscription à Marseille pour en créer une huitième en Pays de Plassans - mais pas avant 1912. Cette circonscription irait du Château de Ventabren à la Ville de Nostradamus.

 

 

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Notre document : "Giberne, le fameux garde-champêtre en retraite président d'association, n'a guère compris le principe du redécoupage électoral. Peu lui chaut. Il lui suffit de comprendre qu'il y a de nouvelles élections et de nouvelles opportunités à saisir aux cheveux. Dès octobre, il bat le rappel de ses troupes pour les prochaines élections. Il compte, avec son association, se rendre utile au plus offrant. Mais qui soutenir ? C'est là l'éternel problème pour ce bon Giberne. Fidèle à son habitude, tel les carabiniers d'Offenbach, il risque encore d'arriver après la tempête..."


Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Les fâcheux et les détracteurs de Monsieur de Gensanat – il y en a encore malgré le (ou à cause du) succès de la Marquise – ne décolèrent pas. D’abord en s’en prenant au découpage électoral, qu’ils disent favorable aux force majoritaires actuelles. Ensuite en prétendant que l’accord de juillet 1909 ne sera pas respecté, ni aux régionales et encore moins aux législatives.

L’avenir seul nous dira si le toujours sémillant conseiller général Monsieur de Gensanat aura les combats politiques que lui ont ouvert ses soutiens inattendus mais logiques à la Marquise de Joie-Ceinte, au cours de la joute de l’été 1909.

Monsieur de Falcaud a jeté l’éponge pour les élections régionales – ce qui a rendu sa Majesté furieuse, qui ne décolère pas – et la donne pourrait changer de ce côté-là.

 

 

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Notre document : "Une nouvelle élections échevinale en 1910 ? Les urnes sont déjà pleines, selon les méchants dires de revanchards radicaux-socialistes. Cela ne se peut pas, bien évidemment."

 

La Marquise, de son côté, n’est pas à l’abri d’une nouvelle annulation de ses élections. Certains la nomment aujourd’hui « l’éternel recours ». Il fut un temps question, malgré cette même épée de Damoclès, à nouveau sur sa tête, de la propulser en tête de liste des élections régionales du parti du Roi, mais la Marquise après de nombreuses tergiversations, à préféré soutenir Monsieur de Marillagny. Il s’avère aujourd’hui qu’elle a eu raison, puisque Sa Majesté a choisi Monsieur de Marillagny pour reprendre la région des mains des radicaux-socialistes, devant l’abandon de Monsieur de Falcaud.

Si la Marquise voyait son élection de 1909 annulée à son tour, quelle serait la suite ? Une nouvelle élection en 1910, dans le même temps que ces fameuses élections régionales ? La Marquise, épuisée, repartirait-elle au combat ? Ou laisserait-elle la place à Monsieur Bramoulay ? Une rumeur, de plus en plus insistante, dit en effet qu’il lui succèdera en attendant la reprise de la ville par Sophie de Joie-Ceinte. Ces annulations prévisibles auront-elles une conséquence sur les élections régionales ? Et par là sur le redécoupage et les élections législatives de 1912 ?

On voit que l’avenir reste toujours incertain. Du côté des farces de progrès, qu’avons-nous ? Monsieur de Voselle, actuel Président de la Région Provence, semble dans une forteresse assiégée. Malgré ses réalisations et ses prises de positions, dont il peut s’enorgueillir, il aura à répondre notamment de problèmes relatifs aux subventions accordées à des associations fantômes, faits découverts l’année dernière et qui devraient quelque peu ternir son armure de blanc chevalier au service des nécessiteux de Provence.

 

 

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Notre document : "Grande interrogation : Monsieur de Salford sera-t-il sur la liste emmenée par Monsieur de Voselle pour les régionales ? En position éligible ? Où demeurera-t-il le fin observateur de la vie politique plassanaise que les événements ont fait de lui ?"


Monsieur de Voselle prendra-t-il sur sa liste Monsieur de Salford, comme il fut un temps question pendant la campagne des élections échevinales partielles de l’été 1909 ? Ou bien n'était-ce que méchante rumeur dissipée par les partisans de la Marquise en juillet ? C’est une des questions de cette élection nouvelle qui, on le voit, fera la part belle à Plassans – tout en concernant l’entièreté de la Région.

 

 

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Notre document : "L'AGENT - Et bien, mon petit, où vas-tu de si bonne heure ?
"LE JEUNE MILITANT - Bigre, Monsieur l'agent, je m'en vais porter la bonne parole du candidat Voselle pour son troisième mandat !
"LA DAME - Ma doué ! Il les prennent au berceau, les militants, maintenant ?"

02.10.2009

Association de bienfaiteurs

"Il apparut par la suite que ce Lébiadkine, installé chez nous depuis peu, était un personnage des plus louches et n'avait aucun droit au grade de capitaine en retraite dont il se paraît. Il ne savait que friser sa moustache, boire et raconter les histoires les plus stupides qu'on puisse imaginer."
F. Dostoïevski, Les Démons (Trad. de Boris de Schloezer).

 

Les « associations » sont des inventions de fraîche date. Une loi de 1901 en a en effet établi les dispositions, réglementations et limites. Huit ans à peine après le vote de cette loi, quel bilan peut-on tirer de ces officines et de leurs liens avec la politique locale ? À Plassans comme partout ailleurs, les associations, souvent utiles, sont parfois en cheville trop étroite avec les pouvoirs en place (région, département et ville) et les deniers amassés par ces officines servent parfois davantage les intérêts de leurs créateurs et des politiciens qui les soutiennent que le public qu’elles sont censées représenter et défendre. Cela est su de tous, mais curieusement, chacun se tait. Tout le monde semble tirer profit de ce système assez pernicieux. Des associations existent qui aident véritablement leur prochain. D’autres ne sont que des coquilles vides qui aspirent les subventions et dont les liquidités disparaissent au profit d’on ne sait quelle œuvre, comme par hasard avant des élections locales. Des exemples récents sont connus de nos lecteurs : la Région a connu des déboires certains suite à la découverte d’une ce ces coquilles vides. Ces coquillages qui ne rendent pas même le son de la mer existent partout.

 

 

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Notre document : "Principale difficulté pour une jeune association : trouver un local. Sauf quand on peut bénéficier du soutien d'amis sincères et désintéressés... Sur notre document, le président d'une jeune association, garde champêtre en retraite, visite des locaux prêtés par des amis ottomans, qu'il a autrefois connus pour des problèmes de vols d'oies."



Monsieur Zola démontra habilement dans sa fiction La Conquête d’Aix-en-Provence l’ascension intéressée d’un bien curieux personnage, l’Abbé Faujas. Celui-ci, au cours de sa progression parmi les notables aixois, faisait usage de deux cercles destinés à la jeunesse pour obtenir les faveurs des Aixois et de leurs édiles. Ces deux cercles étaient de toute évidence des instruments pour s’attirer les bonnes grâces de ceux qui lui étaient opposés – les « bonnes œuvres » ainsi réalisées apparaissaient, avant l’heure, comme des opérations de marketing – comme on dit en Amérique.
On sait que la ville d’Aix-en-Provence est inventée à partir de notre ville, bien réelle, de Plassans. Mais la description que fait Zola de ces instruments au service de la conquête d’un pouvoir, cette description si amusante et si… glaçante, est édifiante ! Autour de nous, dans la réelle Plassans d’aujourd’hui, certains tentent de fonder des associations, des cercles, à seule fin de se rendre indispensables aux édiles d’abord – et connus des Plassanais ensuite – les Plassanais viennent toujours après dans les calculs politiques – car c’est bien encore ici de politique qu’il s’agit.

Un exemple : un garde-champêtre en retraite, déçu du « marquisisme », n’avait point obtenu fin juillet la place qu’il espérait en battant la campagne aux côtés de la Marquise. Celle-ci s’était émue de ce soutien curieux. Que venait faire ce garde en retraite dans sa galère ? Ancien soutien du Vicomte de Salford, que l’on sait toujours en disgrâce, le retraité portait comme une croix ses ralliements de jadis. En arpentant la rue Joliet, où loge la Marquise, il fût comme Saint Paul sur le chemin de Damas et se convertit au « marquisisme », car le vent avait tourné un peu trop fort et trop vite. Ne l’avait-on pas vu quelques semaines auparavent à un meeting de Monsieur de Bailleroux, invité par Monsieur de Peresty ?

 

 

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Notre document : "Le garde-champêtre en retraite, au fond du trou, part à la recherche de voix pour la Marquise, pendant la campagne de 1909. Que n'a-t-il mis semblable ardeur à la campagne de 1908 ? Obtiendra-t-il réparation pour son honneur perdu et bon poste pour autant ?"


Arrivé chez la Marquise, le garde était déterminé : c’était cette cause qu’il fallait embrasser, absolument. Il renia le Vicomte de Salford trois fois au moins avant que le coq ait chanté. Lorsqu’il sortit de la demeure de la Marquise, raccompagné par le chauffeur d’icelle, le garde était circonspect. La partie n’était pas gagnée.
La Marquise semblait froide à son égard, méfiante – et combien elle avait raison ! Et l’élection n’était pas acquise. Le garde champêtre lui-même ne votait pas à Plassans, il n’y habitait même pas. Mais qu’importe ! Il devait faire tout comme et rallier tous ceux qu’ils pouvaient à la seule cause qui vaille : celle qui pourrait lui faire retrouver une bonne place – à la Compagnie Mixte des Calèches Plassanaises, par exemple.

 

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Notre document : "Malgré tous ses efforts pour les convaincre du contraire, le garde champêtre en retraite était toujours considérés par les amis de la Marquise comme un sous-marin du Vicomte de Salford..."

 

On sait ce qu’il advint : la Marquise gagna, d’un cheveu. Et le plus dur restait à faire à ses soutiens les plus proches : expliquer aux dupes qu’on ne pouvait réaliser les promesses tenues pendant la campagne-éclair. Le garde en retraite, comme tant d’autres, se vit joué. Il avait perdu une bonne occasion de passer des vacances au calme – et n’avait toujours pas retrouvé la place qu’il escomptait, malgré ses efforts de dernière minute. Salford ne voulait sans doute plus entendre parler de lui, et du côté de la Marquise, il apparaissait toujours pour un soutien – voire un sous-marin – de ce fâcheux Vicomte qui avait fait choir la Marquise en juin 1909. Pis, le garde en retraite courait après le Baron Chauraud chaque fois qu’il le voyait, espérant quelque aide de sa part, et le Baron n’avait pas bonne presse auprès des vrais amis de la Marquise – l’alliance du Baron et de Madame de Joie-Ceinte n’était que de façade.

 

 

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Notre document : "Au beau milieu de la tragédie qui la frappa au cours de l'été 1909, la Marquise pouvait toujours compter... sur le soutien de notre garde champêtre en retraite. Bienheureuse consolation. Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis !"


Le garde était joué. Il avait usé son téléphone pendant la campagne, traîné ses guêtres et épuisé son cheval en vaines cavalcades. Comment faire à présent pour revenir en grâce, obtenir place et argent, gloire et célébrité ? C’est que le temps pressait… Il fallait pour cela se rendre indispensable, mais comment ? Susciter l’intérêt et le désir auprès de ces politiques tant admirés ? Comment revenir en grâce ? C’était la phrase qui revenait le plus souvent dans les propos. La nuit, il se retournait sur son matelas, sans réveiller son épouse, et songeait à l’ingrate Marquise. La campagne n’avait point suffit, les gesticulations et les lourdes notes de téléphone non plus. Que faire ?


 

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Notre document : "Ingratitude de la destinée : c'est à cause d'une malheureuse bouteille de liqueur, offerte au Petit Noël des Gendarmes Ruraux, inopportunément trouvée dans son bureau, que notre garde champêtre fut mis en retraite d'office. A cause d'un soutien malheureux au Vicomte, le même garde allait-il encore une fois tout perdre : veau, vache, cochon, couvée ? Cela ne sera pas dit !"


L’idée vint, d’une création d’une officine. Elle devait être destinée à rassembler le maximum de subventions d’abord et de Plassanais ensuite. C’est ce qui germa du cerveau fécond du garde en retraite. L’association – puisque c’était la forme que devait prendre ce « piège à politiques » – devait tout faire, véritablement tout. Sport, œuvres de piété, chorales, arts… rien ne devait échapper au hardi garde champêtre. S’il voulait conquérir Plassans, il lui faudrait être présent sur tous les terrains.
Il battit donc la campagne, de nouveau, seul cette fois, sous la chaleur rude de Provence, tout le mois d’août, pour préparer sa vengeance à deux visages : une association aimable cachant une machine à conquérir.


L’un des objectifs premiers étant d’aider à ravir la mairie de Châteauvieux au bourgmestre actuel pour le compte de Monsieur de Navarrais, riche propriétaire de manèges et de chevaux de traits. On ne sait ce qu’il doit advenir de ce projet. Mais il est véritable. Un objectif secondaire étant de devenir nécessaire, incontournable, pour les prochaines élections en pays de Plassans et, si ce n’est pour soutenir la Marquise, du moins se montrer indispensable au Baron Chauraud – qui sera d’ailleurs l’un des premiers sollicités pour la peine. Le Baron fut-il parrain de cette association si jeune et déjà si importante (du moins dans l’esprit de son créateur) ? Nul ne le sait. Ce que l’on sait, en tout cas, c’est que le gendre du Baron sortit son portefeuille et tira un chèque d’une petite somme (rondelette) pour permettre au garde en retraite de poser les premières pierres de l’officine nouvelle.
L’association, aux objectifs et objets nombreux, fut rapidement surnommée « association kifétou » par ses détracteurs, car, à peine née, sans membre, sans bénévoles, elle entendait véritablement se rendre indispensable dans tous les domaines, et surtout aux puissants de Plassans.

 

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Notre document : " Le comptable au président-garde-champêtre de la jeune association : - Voyez, Président, ceci est votre première lettre recommandée. C'est la rançon du succès : à peine née, votre association recueille déjà les premiers fruits de ses bienfaits : les factures s'accumulent, les impayés, les reconnaissances de dette. Vous irez loin, foi de spécialiste !  "


Les gesticulations du garde président ne devaient que rendre encore plus complexe encore les fins véritables de ce nouveau cercle. Des restaurateurs, qu’il avait arrêtés quand il était encore en service, lui offrirent spontanément un local. D’anciens contacts, qui avaient eu affaire à lui, dans le passé, pour des histoires de police, offrirent également leurs services, devinrent membres de l’officine. Le garde en retraite avait un répertoire fort bien garni par ses activités passées, et l’association montait, petit à petit, par l’apport honnête et désintéressé de toute cette bande de chouettes amis.

 

 

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Notre document : "Pour faire connaître une association, rien ne vaut les bonnes méthodes d'antan : les voleurs de poules de jadis font de très bons membres d'association aujourd'hui... surtout quand on leur rappelle leur passé... Sur notre document : le président-garde-champêtre et ses amis retrouvent un peu de leur jeunesse en battant la campagne à la recherche de membres frais pour leur association de bienfaiteurs."


Mais si l’amitié et le bénévolat sont deux belles choses, le garde en retraite ne perdait pas de vue son ambition première : conquérir Plassans, absolument, et le cœur des élus dont il visait la protection.

 

 

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Notre document : "Le Président-Garde-champêtre : Crrrédieu ! C'est-y pas vrrrai ! Des facturrres ? Déjà ? Et où sont-y, les chèques des membrrres ?
"Le Comptable : Parbleu ! Déjà encaissés, sitôt dépensés ! "


Les dossiers survinrent. Des adversaires internes à la Marquise, connus de longue date, apportèrent du cœur même du pouvoir (tant espéré) des preuves capitales dans un lourds carton aux sangles en souffrance : un dossier sur des factures élevées et troubles du Carnaval de Plassans de 1907. Tout une correspondance, officielle des proches du bourgmestre était étalée là ; des factures, des devis, des courriers vindicatifs. De l’argent avait été englouti, par on ne sait quelle magie. Le garde ne comptait pas faire la lumière là-dessus, mais faire son miel, dans un futur plus ou moins proche, de ces informations précieuses et compromettantes. C’est qu’une idée nouvelle avait – encore ! – germé dans son esprit fécond. Il comptait organiser à lui tout seul le carnaval de 1910. Mais il dut rapidement revoir ses prétentions à la baisse, devant la difficulté de la chose. De ce rêve resta le dossier, sur une étagère vide du bureau prêté par les amis restaurateurs. Tout au plus tenta-t-il de négocier la présence de danseuses exotiques issues du lointain Brésil au prochain Carnaval – qui était toujours chasse gardée...

 

 

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Notre document : "Notre retraité avait, du temps de son activité de garde champêtre, un faible pour le beau sexe. C'est donc tout naturellement que, dans sa tentative maladroite d'annexion du Carnaval de Plassans, il devait (faire) préparer un spectacle de danseuses exotiques."


Les autres projets ne manquaient pas : tournois de sport organisés à la va-vite sur des terrains communaux dont on se demandait qui pouvait bien en louer les services à une association qui vient juste d’éclore ; repas arrosés sous les tonnelles de quelque audacieuse guinguette provençale… Le sport et la culture sortiront certainement grandis de ces opérations où le dindon de la farce sera sans doute le contribuable qui verra des subventions attribuées à des officines de ce type – qui n’aspirent qu’au succès de leurs dirigeants. Où devra conduire cette irrésistible ascension ? À des soutiens inattendus lors de prochaines élections ? Nous verrons bien, mais nous ne manquerons pas de tenir nos lecteurs au courant des déploiements de farce de ces armées des ombres politiciennes que constituent certaines des associations du Pays de Plassans.

 

 

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Notre document : "Des méthodes quelque peu musclées pour convaincre les plus réticents à devenir membres !"

06.08.2009

Histoire des Treize (3)

"Voyez-vous, à Aix-en-Provence, le peuple n'existe pas, la noblesse est indécrottable : il n'y a de tolérable que quelques parvenus, des gens charmants qui font beaucoup de frais pour les hommes en place. Notre petit monde de fonctionnaires est très heureux. Nous vivons entre nous, à notre guise, sans nous soucier des habitants, comme si nous avions planté notre tente en pays conquis."

Emile Zola, La Conquête d'Aix-en-Provence

[NDLE : On se souvient qu'Aix-en-Provence est la ville imaginaire, inspirée de Plassans, qu'Emile Zola avait inventée pour y dresser l'action de plusieurs de ses romans dont La Conquête d'Aix-en-Provence. Nicolas Stavroguine se référait souvent à l'oeuvre de Zola, comme à nombre de ses contemporains.]



Dimanche, l’histoire des Treize s’est poursuivie, fort heureusement à Plassans. Le dimanche précédent, ils avaient quitté la salle du conseil échevinal, outrés de ce que la Marquise refusait l’un des leurs, Monsieur de Peresty, dans le conseil communautaire du pays de Plassans. Mais dans la semaine, sous la menace d’un nouveau nouveau recours, cette fois contre l’élection de Madame de Joie-Ceinte à la présidence de la Communauté du Pays de Plassans – puisque les Six avaient démissionné suite à l’affront apporté au philosophe de Peresty – la Marquise accepta "d’enterrer la hache de guerre", selon ses mots. Elle souffrit de reprendre sa liste et d’y accepter cette fois Monsieur de Peresty. Seulement elle en fut tellement malade, qu’elle ne vint au conseil échevinal de ce dimanche. La première élection des conseillers communautaires s’était faite en leur absence, la seconde élection se sera faite sans la Marquise.


 

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Notre document : "Magnanime Marquise : même souffrante, elle a rendu son petit chat au petit François-Xavier, qui pleurait fort pour le récupérer - c'est qu'il ne s'en était pas bien occupé ces dernières années. Protectrice des bêtes, la Marquise avait longtemps hésité avant de confier à nouveau les destinée du petit félin du Pays de Plassans au garçonnet, mais... la mine triste de l'enfant l'a convaincu de lui faire confiance, et de lui donner l'animal."


Sur les daguerréotypes du "petit Provençal", on peut voir Monsieur de Peresty hilare. Malgré la chaleur, il porte toujours son costume bleu de Prusse et sa lavallière, mais arbore un rare sourire – cet homme toujours taciturne, avare de mots, quitta donc ce dimanche exceptionnellement sa mine austère pour un visage heureux – joyeux du bon tour joué à la Marquise, bienheureux d’être enfin au Conseil Communautaire, ce que l’élection de 1908 ne lui avait pas permis.

En fin de journée, pourtant, Monsieur de Peresty avait troqué son costume serré pour un vêtement de bleu de Gênes et une chemisette, et marchait bon train, silencieux, et la mine à nouveau morne. Cet homme qui a chaque jour le même pas, qui ne varie pas, sourcilleux de la bonne marche du monde et des âmes, allait de son pas toujours preste, vers on ne sait quelle destination. Il sera sans doute un opposant redoutable à la Marquise, car il l’a été dès le début de l’élection de 1901 – où il était pourtant partie prenante de son élection, car il avait signé le fameux Pacte-à-Trois,avec la Marquise et le baron Chauraud.

 

 

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Notre document : "Le saviez-vous ? "Recours" et "annulation" sont les mots les plus usités à Plassans depuis 1908. Cet été, ce sont ceux qu'on a le plus lus et entendus sous la plume des politiciens et des journalistes. On en trouve la trace jusque dans le bloc-notes de Monsieur de Castreneuf, jusqu'en 1907, au moins ! Sur notre document, Monsieur Maidevet en appelle aux plus hautes instances pour recompter les voix, les bulletins, les enveloppes et même les urnes ! En 1901, il avait déposé un recours, qu'il avait pourtant retiré, pour de mystérieuses raisons..."


L’avenir nous dira si au conseil communautaire du Pays de Plassans Monsieur de Peresty brillera en opposant constructif, sachant que l’avenir de tant de communes dépend de ces votations. En attendant l’acceptation d’un nouveau recours, les opposants fourbissent leurs armes, les vacances se préparent.
Certaines mauvaises langues disent que l’absence de la Marquise au conseil échevinal de dimanche était purement diplomatique et qu’elle est déjà en partance pour son lieu de villégiature, sensément la Bretagne, mais plus sûrement les comptoirs des Indes – nous a-t-on soufflé. En son absence, ses gens sauront-ils garder la Maison si rudement acquise ? La menace d’un nouveau recours pèse sur la maisonnée, des documents ressortent, telle cette lettre de soutien du Roi que l’on aurait distribuée et qui n’aurait peut-être pas dû l’être… Que de chausse-trappes dans le chemin du pouvoir !

 

 

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Notre document : "La Marquise n'a pas été sourde aux demandes des Treize : même si elle ne pouvait quitter sa demeure, elle a tendu la main en même temps qu'une perche bienveillante à Monsieur de Peresty : il aura donc sa place de conseiller communautaire, assurément. Une semaine de négociation et de bras-de-fer pour en arriver là... Bienheureuse Plassans qui a tant de beaux politiciens pour penser à son devenir et ne point songer à leur place propre !"

02.08.2009

Les vacances du pouvoir

Après la vacance du pouvoir, les vacances... Mais "Les Frelons" poursuivent leurs enquêtes dans la chaleur de l'été 1909. Alors que le bloc-note de Monsieur de Castreneuf sera prochainement mis en sommeil pour cause de congés bien mérités, nous poursuivons notre tâche, avec un nouveau feuilleton sur les vacances des élus de notre coeur, le devenir de tous nos sympathiques personnages publics... Premier épisode, ce jour, avec un article sur Maître Pezest. À suivre, un article très atttendu sur Monsieur de Gensanat et ses nouveaux projets pour le Pays de Plassans, les vacances de la Marquise aux Indes... Ne manquez pas ce grand feuilleton d'amour et d'ivresse du pouvoir !

 

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Notre document : "Un navire se prépare à accoster des terres lointaines ; l'exotisme et le dépaysement sont au bout du voyage... après une lutte acharnée, les uns comme les autres vont goûter à un repos bien mérité...  Mais leurs aventures ne sont pas encore terminées, bien au contraire. Aux antipodes, les nouveaux mystères de Plassans les poursuivent...  Énigmes, passions et aventures seront au programme de notre feuilleton qui se poursuit et se développe...  À suivre tout (le reste de) l'été dans votre feuille favorite, Les Frelons."

À SUIVRE...

 


19.07.2009

Trente-neuvième jour - Jour d'élections

 

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«  - Tu me parais bien calmé sur la politique ?
- Effet de l'âge dit l'avocat.
Et ils résumèrent leur vie.
Ils l'avaient manquée tous les deux, celui qui avait rêvé l’amour, celui qui avait rêvé le pouvoir. (….)
Et quand ils eurent fini :
- C’est la ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frédéric.
- Oui, peut-être bien. C’est là ce que nous avons eu de meilleur, dit Deslauriers. »

Flaubert, L’Éducation sentimentale

 

 

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« Si l’on te pousse dans une entreprise dont tu as peu de chances de sortir indemne, fait montre de la meilleure volonté du monde, prépare-toi avec ostentation, mais, en même temps, débrouille-toi pour mentionner à tout propos les obstacles qui se présentent dans l’immédiat. Cela te donnera le temps d’imaginer les dispositions contraires qu’il convient de prendre. »

Mazarin, Bréviaire des politiciens

 

 

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« J’ignore si ce mélange, auquel je ne puis apporter remède, plaira ou déplaira. »

Chateaubriand

17.07.2009

Trente-septième jour

Quelques jours nous séparent désormais de l’issue du scrutin exceptionnel qui agite tout Plassans. Les pronostics vont bon train et, de la rue des Pausseurs au Cours Mirabelle, chacun veut croire en la victoire.


Pourtant, Monsieur Maidevet, rejoint à présent par les amis de la Nature, a annulé son grand meeting de la semaine. Avait-il peur que les militants socialistes s’empoignent avec ceux du Mitan, ceux du Mitan avec les amoureux de l’environnement ? Le fait est qu’il a préféré ces réunions informelles, « sur le pouce », dans des estaminets tranquilles de Plassans pour porter la bonne parole de sa liste d’union – mais quelle parole, au fait ?
Sans doute aura-t-il suivi l’exemple de Steven Salford, pour cela. On se souvient en effet que le Vicomte de Salford, dans son échoppe de la route du Gars-Lisse - un restaurant « sur le pouce » - préférait  l’atmosphère intime des comptoirs aux grandes assemblées pour propager ses bonnes idées. Le résultat de dimanche dernier fut également… intime. On peut le regretter, sans doute était-ce une « erreur d’appréciation », comme nous l’a assuré un de ses proches au soir du premier tour. Nous pensons, nous, que cela faisait partie de sa stratégie, et que cela suivait l’idéal que M. de Salford s’était fixé.

 

 

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Notre document : "Monsieur Maidevet a annulé son grand meeting. Sans doute redoutait-il des rixes entre militants des différentes factions qui forment désormais sa liste bigarrée ? Ici, un militant ami de la Nature arrose un militant Modème (reconnaissable à son costume trois-pièces)."


En tout cas, le Vicomte n’a pas longtemps hésité à appeler à "voter futile" pour la liste hétéroclite de Monsieur Maidevet. Dans une bonne feuille du « Petit Provençal », on le voit, accompagné de Monsieur Hagaupiand, ce dernier lui mettant la main sur l’épaule. Geste fort, geste de camarade. On oubliera, pour ce cliché, toutes les méchancetés qu’avait pu dire par le passé Monsieur Hagaupiand sur le compte du pauvre Vicomte. En politique, d’aucuns ont la mémoire courte.

 

 

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Notre document : "C'est dans son fief de la route du Gars-Lisse que le Vicomte de Salford a reçu une bien étonnante visite. Autour d'un bon café arrosé, M. Hagaupiand est en effet venu soutenir M. de Salford dans sa démarche louable d'apport de voix à M. Maidevet."


Certains hommes de gauche regrettent amèrement ce soutien. Monsieur de Salford est en effet homme de droite et si la pilule du ralliement originel au Mitan fut dure à avaler, celle du soutien reconnu et apprécié du Vicomte l’est aujourd’hui encore plus, pour ces militants socialistes convaincus. Qu’est devenu l’idéal de gauche, en effet, dans cette liste sans âme, bigarrée, qui accepte tous les soutiens, pourvu qu’ils soient contre la Marquise de Joie-Ceinte ? Cela ne fait pas un programme, et nombre de socialistes déterminés enragent en silence de voir ainsi leurs belles idées passées sous le boisseau du calcul politicien.

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Notre document : "Au banquet du soir du premier tour, rue des Pausseurs, un jeune militant ingénu laisse échapper sa colère : "Camarades, que sont nos idéaux devenus ? Allons-nous accepter toute la Droite dans nos rangs ? Allons, reprenez-vous !"


Pour prendre la ville les hommes de cette famille politique recomposée sont prêts à tout. Un de nos informateurs nous a en effet assuré – mais cela reste à confirmer – que, dés dimanche soir, le Vicomte de Salford était en contact avec Monsieur Maidevet pour une bien étrange donne.

L’équipe d’union aurait en effet proposé au Vicomte, en échange de ses voix, non pas une place sur la liste définitive qui sortirait du chapeau après fusion-acquisition des amis de la Nature (une place qui lui était impossible) mais… une place de candidat à une autre élection ! On lui aurait (et le conditionnel n’est pas de trop ici, car cela reste à confirmer, tant l’information est surprenante) promis un poste de Conseiller Régional sur la liste que mènera le Président de Région sortant, le socialiste Vosèle ! On comprend que cette information nous ait étonné !

 

 

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Notre document : "La route vers les élections régionales reste encore longue et sera hérissée d'obstacles pour M. de Salford si, comme on nous l'a glissé, il entendait entrer dans le groupe du Président Vosèle."


Mais les hommes politiques sont complexes et calculateurs, quand il s’agit de pouvoir : les élections régionales sont encore loin, et une place sur une liste de premier tour peut devenir une chaise vide sur une liste de second tour – souvenons-nous des grands disparus suite aux fusions-acquisitions avec les amis de la Nature. Ces fusions pourraient devenir monnaie courante, et se systématiser pour les élections de Région.

Mais n’allons pas trop loin dans la prospective – d’autant que notre information est au conditionnel : car nous il paraît en effet impensable que M. de Salford, homme libéral, rejoigne les rangs d’une gauche qui l’a toujours honni.
Mais tout reste possible. Ne parlons-nous pas de politique ? Il paraît que l’effondrement moral de M. de Salford était grand, ce soir-là. Nous l’avons rencontré le lundi, sur la Place de l’Archevêché, et l’homme était effectivement soucieux. Il nous a assuré avoir le moral, car son équipe avait le moral, et le lui transmettait. Mais le poids des gros soucis se lisait sur son visage.

Nous avons dit ici tout le bien que nous pensons de cet homme de lettres. Il est malheureux qu’il ait fait, dès dimanche, l’objet d’un calcul égoïste de la part de ceux qui veulent s’unir contre la Marquise. D’autant que, dans sa propre équipe de soutien, sur sa propre liste, beaucoup n’apprécient pas de voir le Vicomte objet de calculs de la part de la liste d’union Maidevet-de Peresty-Guindet-Gayrerrat.

 

 

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Notre document  : "Le combat va être rude, dimanche, comme pour les prochaines régionales. Beaucoup de valeureux tomberont au champ d'horreur de la politique..."

 

Espérons que, au-delà des querelles de personnes, les idées (lesquelles ?) l’emportent pour que Plassans, qui est, rappelons-le, l’objet de ces élections inaccoutumées, puisse sortir grandie de cette aventure. Mais dans ce combat de personnes, au vu des gesticulations de fontaine des uns, des propos des autres, et de la défense de l’infortunée à qui on a ravi l’Hôtel de Ville, il n’y ait guère de place pour des idées.

14.07.2009

Trente-quatrième jour - Plassans-la-Morte

Passée la fièvre des résultats électoraux, Plassans était étrangement endormie, comme morte dimanche soir. Les places les plus touristiques étaient éteintes, désertées de leurs badauds de saison. Il s’en est fallu de peu que nous nous couchions tôt ce soir, après que les résultats des dépouillements des bulletins de la ville soient rendus publics. Après que l’Hôtel de Ville, sous l’égide de la délégation spéciale que l’on sait, soit une ruche bruissant des mille et un chiffres de votations de l’une et l’autre liste candidate, de l’un et l’autre bureau de vote, la ville est si tranquille qu’elle semble morte.

Les résultats ont été ce que l’on sait. Dans l’entourage de la Marquise on avait espéré qu’elle l’emporte dès le premier tour. Les premiers chiffres étaient encourageants. Au final, la liste qu’elle mène avec l’intégralité de ses anciens adjoints – exception faite de menus changements – a réalisé un score meilleur qu’en 1908 : 43,31% des suffrages exprimés. La Marquise était heureuse, mais… inquiète, car les adversaires sont plus nombreux et plus revanchards. Plus unis que jamais dans une même détestation. Leur programme, unique, pour l’instant : ravir l’Hôtel de Ville à la Marquise, définitivement.

 

 

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Notre document : "La Marquise en difficultés pour le second tour. Quels sont ces corbeaux qui sifflent sur sa tête ? (Allégorie) "


La liste de Monsieur Maidevet a réuni 34,08%. Un beau score mais qui est loin même du score réalisé par Monsieur Maidevet seul en 1908 – sans parler de l’apport de voix escompté par le ralliement originel de Monsieur de Peresty, qui semble finalement apporter une maigre dot dans ce mariage de raison électoral. A l’époque, en effet, la liste socialiste réalisait 29,09% et celle du Mitan appelé « Modème » réalisait 20,15%. La politique n’est pas une arithmétique, ou alors les professeurs de philosophie sont peu férus de mathématiques – on aurait pu croire pourtant que les avocats d’affaires s’y connaîtraient mieux en chiffres et en fusion-acquisition… Il n’empêche que dans la rue des Pausseurs, là où Monsieur Maidevet a luxueusement installé sa permanence tripartite, des vivats et des bravos ont duré longtemps après l’annonce des résultats. « Le Petit Provençal » a montré, le lendemain, des clichés du trio de cette liste : Monsieur Maidevet au premier plan, était tout sourire. Derrière, Monsieur de Guindet et Monsieur de Peresty riaient de toutes leurs dents, comme des collégiens après un bon coup. La joyeuse bande de potaches devrait poursuivre ses plaisanteries en s’alliant, presque naturellement avec Monsieur Gayrrerat.


 

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Notre document : A la permanence socialiste-centrale, les résultats, pourtant en-deçà des espérances, avaient des allures de noces. Mais la mariée est trop belle, et de nouveaux promis se présentent bientôt pour les miettes du banquet ! Monsieur Gayrrerat frappe en effet nuitamment aux portes de la salle. "


Celui-ci a réalisé une belle performance : 11,31%. C’est là qu’on s’y retrouve : M. Gayrrerat était en effet dans la liste de Monsieur Maidevet en 1908. L’homme a été virulent dimanche soir, après l’annonce des résultats définitifs. Il a feint de faire croire à ses soutiens qu’il tenait la clef du second tour entre ses mains et a promis que des unions se feraient… si Monsieur Maidevet tenait ses promesses et prenait en compte la force « verte » qui était en train de se lever dans Plassans. Fariboles que tout cela : Monsieur Gayrrerat, malgré sa rencontre avec Monsieur de Picherasle, dans la semaine, savait déjà dès le départ qu’il rallierait la liste « hétéroclite » (selon le mot du Bourgmestre de Marseille, Monsieur Grondin). Ses soutiens apprécieront le tour de passe-passe de cet aimable fantaisiste, qui vient (des)agréger sans autre forme de procès ses voix, son programme et ses idées à ceux de MM. Maidevet-de Peresty.

 

 

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Notre document : "Ôte-toi de là que je m'y mette !" Monsieur Gayrrerat s'impose dans la liste Maidevet-de Peresty.

Monsieur de Salford, malgré le vent qui s’était levé en sa faveur, en dépit de l’accueil favorable, chaleureux, que lui faisaient les dizaines de Plassanais qui venaient parfois à sa rencontre sous les platanes de la place de l’Archevêché et dans les marchés de primeurs, a réalisé un score honorable, mais un peu triste : un petit 7,08%. Ce score lui permet de fusionner – ce que la semaine dernière encore il nous disait, dans ces pages, se refuser de faire. Il devrait, en toute logique, appeler à voter contre Madame la Marquise, à qui il voue désormais un ressentiment tenace, mais ne pas s’allier à Monsieur Maidevet. Trop de choses éloignent en effet le socialiste avocat d’affaires parisien de l’homme d’affaires plassanais qui a le cœur à droite.

 

 

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Notre document : "Proclamation des résultats : la déception se lit sur le visage de ce candidat de la liste Salford."



La grande perdante de ce scrutin est bel et bien Madame Lecompte, qui fait les frais du « vote futile » demandé à grands renforts de presse et de propagande par Monsieur Maidevet. Ses électeurs, pourtant attachés à la défense d’idées de gauche, ont reporté leurs suffrages, dès le premier tour pour la liste à peine rosée de MM. Maidevet et de Peresty. C’est là qu’on voit que la bataille du vin rosé n’a pas été totalement gagnée par Madame la Marquise et ses soutiens ! Car en mélangeant le rouge et le blanc, on obtient un rosé presque limpide, dans la curieuse alchimie de cette liste Maidevet-Gayrrerat-de Peresty-Guindet qui se dessine. Un « pacte-à-quatre » destiné à destituer la Marquise… mais pour quel programme de gouvernance ? quel partage de pouvoirs ?

 


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Notre document : "Tristesse parmi les électeurs de Madame Lecompte : elle a fait les frais du "vote futile" pour Monsieur Maidevet !"

 

C’est là l’argument des partisans de la Marquise. On nous permettra tout de même de le faire nôtre. Car on ne peut que s’inquiéter, pour l’avenir : Monsieur Maidevet, qui avait refusé toute idée d’union avec les soutiens de Maître Pezest (qui est pourtant socialiste comme lui), qui avait jeté l’opprobre sur Monsieur de Castreneuf (sous le prétexte que le bonhomme s’était présenté contre Monsieur Hagaupiand aux élections de canton de 1908)… Monsieur Maidevet, donc, qui rejette l’union avec son propre camp, ses camarades, s’allie primitivement avec le Modème, parti de centre droit ou de centre gauche selon la saison, et maintenant accepterait de retrouver un ancien allié vert qui avait pourtant fait le choix de faire cavalier seul, tout en ne rejetant pas les voix de Monsieur Salford, pour la raison que toutes coagulées, elles sont hostiles à une seule personne. Les idées socialistes sont bien loin de ces querelles de personne.

 

 

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Notre document : "Après la proclamation des résultats et les gesticulations de Monsieur Gayrrerrat sur la fontaine de la place, la porte de l'Hôtel de Ville se referme lourdement sur les badauds et les soutiens, rapidement dispersés. La fièvre électorale est tombée, la Ville paraît morte."


Le jour déclinait, l’Hôtel de Ville était animé, bruissait : les chiffres étaient apportés, compilés, des voix s’élevaient. Un buffet avait été dressé pour la presse et les responsables des élections, les candidats n’y étaient point admis – se déplacèrent-ils seulement ? Les petits canapés et les vins fins étaient de rigueur dans ce lieu pour happy few. Au-dehors la foule commentait les résultats à mesure de leur annonce. Quand M. Gayrrerat survint, ce fut l’ovation. La majorité des présents étaient de ses soutiens. Après les résultats officiels, la foule se dispersa : il eut une idée, monta sur la fontaine de la place et harangua la multitude. Une lueur persistante dans le regard, comme exalté, il distribua sa bonne parole sur le peuple. Il prit violemment à partie, dans ses propos, le préfet Paumiesse, on ne sait pourquoi. Il protesta avec la dernière des énergies contre des élections organisées à la va-vite, avant un Quatorze-Juillet – curieuse protestation : Monsieur Gayrrerat voulait-il mettre les légitimistes de son côté ? Il promit tout ce que l’on voulait et qui soit dans l’air vert du temps, et surtout que Monsieur Maidevet allait devoir se plier à ses saines demandes. Il voulait, avant tout, vertement, que la Marquise s’en aille. C’était visiblement la plus écologique des mesures qu’il fallait prendre, comme si notre infortunée bourgmestre était à l’origine, à elle seule, de tous les maux de la faune et la flore Plassanaises. Après cette harangue au peu de sérieux, la foule se dispersa définitivement. Nous errâmes un peu dans les rues, elles étaient vides, comme lasses. La fièvre était retombée. Rue des Pausseurs, on faisait la fête, un peu. Cours Mirabelle, un peu de foule, mais point de buffet : le temps était à la rigueur. Les autres permanences étaient éteintes, ou trop éloignées du centre. On devinait que celle de M. de Salford devait être un peu triste. Que Plassans aussi était triste en cette fin de journée. Nous l’aimons aussi ainsi. C’est pour sa tristesse même que nous avons choisi de la défendre, après la grande annulation.

 

 

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Notre document : "Madame la Marquise, cette fameuse nuit, avant le coucher, s’est lavée les mains avec un savon liquide dont la réclame dit qu’il est écologique. Elle a failli en avoir un malaise !"


12.07.2009

Trente-deuxième jour - Jour d'élections

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Notre document : "L'attente est insoutenable en ce jour d'élections. À la terrasse des estaminets, les Plassanais rivalisent de pronostics et d'estimations...

 

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Notre document : "Depuis la place de la Mairie, les Plassanais ont les yeux rivés sur l'Hôtel de Ville, comme si le bâtiment allait s'évanouir dans les airs."


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Notre document : "Dans l'attente des résultats de ce soir, les candidats fourbissent leurs armes en vue des tractations du second tour."

 


10.07.2009

Trente-et-unième jour - L'envers de l'héroïsme

"Mais il comprit sa solitude, la puissance des haines qui l’encerclaient. Pendant quelques secondes où il cherchait la meilleure tactique, il eut de ces mouvements qu’on voit dans le cou du taureau quand cette bête voudrait foncer et n’ose plus."
Maurice Barrès, Leurs figures


Nous avons rencontré Steven Salford. L’homme qui est responsable des événements que tout Plassans vit aujourd’hui ne pouvait manquer d’être traité dans ces colonnes. Le temps nous manque pour dresser le portrait de chacun des héros de ce « roman de l’énergie locale », mais nous ne pouvions passer sous silence l’utopie charmante que représente la candidature intrépide de Monsieur de Salford.

 

 

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Notre document : "Le programme de M. de Salford : donner un coup de balai dans la ville de Plassans ! Mais attention de ne pas mouiller les passants avec l'eau sale de la campagne !"


Ce sémillant homme d’affaires, actuel professeur de sciences politiques, est éminemment moderne. Il est ancré dans le vingtième siècle qui naît, à Plassans, avec son arrivée au pouvoir. En effet, en 1901, il est un des artisans de l’arrivée de la Marquise de Joie-Ceinte à l’Hôtel de Ville. En 1901, il est élu, avec elle, et obtiendra charges et délégations, au Conseil Echevinal comme à la Communauté du Pays de Plassans, dont il est vice-président. Jusqu’en 1907, année du divorce, année de la scission, que l’on a évoqué dans ces pages. M. de Salford, ami d’hier de Madame de Joie-Ceinte, aujourd’hui son plus féroce opposant, ne pouvait être oublié par « Les Frelons », qui se proposent, comme chacun sait, d’être une des feuilles de référence de ces élections.

 

 

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Notre document : "Il est loin, l'heureux temps où le jeune Steven Salford couvrait de fleurs et d'éloges Madame de Joie-Ceinte. "

 

Au-delà des connivences politiques, dont nous ne sommes pas (contrairement à des bruits qui courent dans Plassans), nous souhaitions en effet laisser parler celui qui a donné naissance à cette nouvelle bataille, et qui est parti avant tout le monde en campagne.

La première question que nous avons posée à Steven Salford a trait à un auteur de fiction qui lui est cher, le regretté Jules Verne – qui, comme chacun sait, a disparu il y a maintenant quatre ans et qui a donné tant à rêver à la jeunesse.

Nous interrogions d’abord l’audacieux Vicomte sur le personnage de fiction, des Voyages extraordinaires, auquel il s’identifiait le plus. Après avoir d’abord hésité entre Michel Ardan et le Capitaine Nemo, en fin d’entretien, M. Salford est revenu sur sa réponse et a cité Barbicane, le héros positif de De la Terre à la Lune et de Autour de la Lune. Ce personnage, en effet, selon l’analyse de M. Salford, « passe de la guerre à la paix, avec la légitimité et la puissance de l’argent, il place toutes ses forces dans une entreprise qui ne sert peut-être à rien, mais qui va changer l’humanité. Il garde une part d’idéal. » L’utopie glisse dans la réalité pour les personnages de Verne – Salford veut faire jaillir son rêve dans le réel de Plassans. Pour tous !

Chez Verne, dans le diptyque où Barbicane, le héros salfordien, joue un rôle central, la guerre est finie. Que faire ? Aller sur la Lune, un projet impossible, irréel, peut-être inutile, mais symbolique. La comparaison  est évidente avec le présent rêve de Steven Salford, cette campagne incroyable, cette liste qu’il mène, seul, pour la première fois. Un rêve impossible, ce recours ? Même Monsieur Maidevet ne croyait pas à son succès. Le recours fut cependant accepté, in fine, par le Conseil d’Etat. Et l’annulation eut lieu.


Paradoxalement, la liste que Monsieur de Salford conduit contient peu de ces industriels et de ces ingénieurs qui fascinent tant l’homme d’affaires. Mais qu’importe, c’est surtout le monde de la culture qui est présent, et quelques anciens de l’entourage de la Marquise.

 

 

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"Notre document : un chevalier d'industrie, typiquement vernien, et un protecteur des arts. Ici, à une réunion de son officine de mécénat culturel, un de ses violons d'Ingres, M. de Salford fait la connaissance d'un jeune artiste au talent prometteur. Il lui propose immédiatement de faire partie du conseil d'administration de son association. M. de Salford sait mettre toutes les forces vives de Plassans à ses côtés pour son noble combat."


Interrogé sur sa principale qualité et son principal défaut, Monsieur de Salford retient le mot de « curieux ». Terme qu’il retient pour sa polysémie. D’abord, le Vicomte, toujours preste, est sans cesse à la recherche de domaines nouveaux où exercer sa curiosité, qui ne connaît pas de bornes. Bornes, frontières… reviennent souvent dans le discours salfordien. La Frontière invisible, des auteurs brüselois Schuiten et Peeters doit être un de ses livres de prédilection. Mais à ce moment de l’entretien, nous n’avions pas encore relevé ce parallèle. Curieux, le Vicomte l’est aussi ou peut l’apparaître à ceux qui le connaissent peu ou mal. Il se définit ainsi comme un personnage qui peut paraître « étrange ».


 

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Notre document : "C'est à toute une aventure que Steven Salford convie les électeurs de Plassans. Avec lui, c'est un Voyage politique extraordinaire, une utopie optimiste à la Jules Verne qui s'annonce !"

 

Sans doute songe-t-il, en cet instant, à ce que pensent ses détracteurs, qui l’accusent parfois de « défrayer la chronique ». En politique, notamment, par ce recours étonnant qui risque bien de lui coûter nombre d’amitiés politiques – mais aussi par sa vie privée qui peut parfois déborder sur la vie publique.

Pourquoi n'a-t-il pas usé de sa charge de consul, à Marseille, pour se rendre l'ami de la communauté qu'il défend et qui a été si durement touchée, dernièrement, par la catastrophe que l'on sait - et qui force au respect ? Il aurait pu se faire oublier à Plassans et devenir un personnage important de Marseille, notent ses adversaires, qui analysent son "curieux" parcours et son obstination à vouloir faire choir la Marquise. Mais voilà, pour lui, seule Plassans compte : il a une ambition pour cette ville. Il la démontre avec son programme, séduisant, et son équipe, toute faite d'inconnus du monde politique, ou quasiment.

Nous ne parlerons pas ici de vie privée – même si beaucoup connaissent Monsieur de Salford comme un homme de méditation et de réflexion, que le silence des cloîtres, des grands espaces naturels, attire et enveloppe, de même que ses habitudes auprès de salons de thé, de salles de whist. Il y eut cette regrettable affaire de tracts anonymes qui salirent M. de Salford. Notons seulement que la haine du secret du moderne est, à notre sens, la seule responsable des moeurs politiques si détestables qui ont ainsi entachées le précédent scrutin.

Si la haine du secret semble habiter nos contemporains – les media démontrent chaque jour que les personnages publics doivent se livrer davantage – tout ne peut être dit et tout ne peut se dire, paradoxalement. Le moderne vit donc dans une contradiction permanente qui est de se dévoiler quand cela est de bon ton, et de refuser l’éclairage lorsque cela dépasse les limites – quelles limites d’ailleurs ? Il s’agirait là d’une version toute contemporaine de la danse des sept voiles, pour séduire le peuple souverain… mais une danse devenant gênante lorsqu'elle devient une arme que le danseur se voit retourner contre lui-même... Difficiles contorsions. Pour être élu, vivons caché !

 

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Notre document : "Le tract par lequel le scandale est arrivé. Un jeune allié de M. de Salford lui remet le tract infâmant à la sortie d'un de ses conseils d'administrations d'associations. "

 

Ceci étant posé, venons-en au cœur du problème, pour ainsi dire : la campagne et le programme que défend, seul, Monsieur de Salford, après son recours. Monsieur le Vicomte entend apaiser la ville, et faire identifier à nouveau l’intérêt et la décision publiques, que la population ne reconnaît plus, selon lui. « Aujourd’hui les gens sont perdus ; la ville accueille la misère et la multiplie ». Monsieur Salford entre dans le vif de son utopie qu’il espère réelle : la ville aujourd’hui est horizontale. Monsieur de Salford a un rêve… démocratique. Il entend « déverticaliser la ville », néologisme de son cru, sans doute, afin que les Plassanais « ne subissent plus la pression du centre contre la périphérie. Les quartiers sont rejetés par une vision surexposée du centre. Plassans est une série de villages, gommée par une urbanisation forte. » Les opposants de M. de Salford répondraient qu'il s'agit d'une antienne connue, d'une analyse hélas de toujours et qu'on ne peut résoudre.

Mais le Vicomte ne baisse pas les bras : "Il n'y a pas de fatalité." M. de Salford a des idées pour tout changer. Un ouvrage fort ancien, de 1882, Politique urbaine, dirigé par Maître Pezest, au Club Socialiste du Livre, propose une analyse similaire de la ville, en général. Je ne sais si Monsieur de Salford a lu cet opuscule, aujourd’hui difficilement trouvable, mais je lui en conseille aujourd’hui la lecture fort instructive. L'année dernière, déjà, une ambition urbatecturale forte était dans une liste. Elle ne se retrouve aujourd'hui dans aucune autre. Celle de M. de Salford reprendrait-elle le flambeau d'une "certaine idée urbanistique de Plassans" ?

 

 

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Notre document : "Une autre façon de concevoir la politique : au volant de son bolide, M. de Salford écume, même nuitamment, les quartiers excentrés de la ville. Il est à l'écoute de tous ; aucun quartier de Plassans ne lui est étranger : les préoccupations de chacun lui donnent à penser. "



C’est ensuite une révolution démocratique que propose M. de Salford. Se croit-il Bolivar ? C’est que les temps héroïques sont clos. Il entend cependant commencer par une mise à plat institutionnelle de la ville. Il propose de mettre en place un système de conseils de quartiers et dans le même temps, de donner la parole au peuple. Veut-il remettra au goût du jour le cahier des doléances ? En quelque sorte, puisque la revue municipale serait une anthologie de textes de citoyens. C’est la démocratie participative de Madame Royale à la sauce plassanaise, une nouvelle règle du jeu qui s’installerait. Monsieur Salford, qui s’y connaît, entend « mettre un grand coup, sinon les citoyens vont demeurer désabusés par la politique locale. » C’est une antienne connue, nous disent ses contradicteurs : à chaque échéance, tout le monde veut changer le système, et une fois installé, personne n’y songe plus. Il promet, lui, de s'y tenir.

Monsieur Salford parle aussi de son départ en campagne : il a été le premier « car [il est] le premier à avoir quelque chose à dire : ce recours gêne tout le monde sauf [lui] et les Plassanais. » Selon M. Salford, 70% des Plassanais souhaitaient revoter. On se demande d’où il tient ce chiffre, mais il l’affirme. Il affirme également que lorsqu’on parle de lui, les ventes du « Petit Provençal » explosent. Et il brandit le journal du jour – il était alors question de son programme, tenant sur une page, et de ses fonctions de vice-consul, où il brille, malgré des critiques tenaces, sur une autre page. Selon lui un « déclic » se fait « depuis quarante-huit heures ». Depuis la présentation de son programme : il souhaite « une mairie indépendante, pour une ville indépendante, qui ne soit pas lié aux appareils politiques ». En même temps, M. de Salford n’a plus guère le choix : il n’a plus d’étiquette politique, n’a pas souhaité rejoindre M. de Peresty, qui n’a pas non plus souhaité le prendre avec lui – Monsieur Maidevet l’aurait-il accepté ? L’acceptera-t-il au second tour, en une union de tous les reniements ? Pour faire un front contre notre infortunée Marquise ? Non ! Monsieur de Salford répond dignement : « Les alliances sont des trahisons ; les gens n’en veulent plus, cela donne naissance à des imbroglios politiques dont finalement la Cité sort perdante ».

Notons que l'an dernier, l'absence de logotypes sur les affiches de Maître Pezest a rendu difficilement lisible sa candidature par le peuple de Plassans. Etrangement, alors qu'ils n'en sont pas dépourvus (comme peut l'être aujourd'hui M. de Salford), MM. Maidevet et de Peresty n'ont pas jugé bon accoler les logotypes du Parti Socialiste et du Parti du Mitan, le Modème, qu'ils représentent. En auraient-ils honte ?

 

 

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Notre document : "La presse fut bonne pour M. de Salford avant le premier tour, en lui donnant toute latitude d'exposer son programme et ses bombes de dernière minute. Ici, le candidat a du mal à trouver, en milieu d'après-midi un exemplaire du "Petit Provençal" qui parle de lui, tant les ventes sont bonnes quand il est présent dans la feuille locale."

 

Monsieur de Salford part avec une équipe qu'il entend former une fois élue, des gens du peuple, quelques-uns sont des anciens proches (des déçus) de Madame la Marquise, qui l’ont rejoint par amitié, beaucoup viennent de la Société civile, nombreux sont ceux qui sont amis des arts – Monsieur de Salford est en effet protecteur des arts, dans une nouvelle officine qu’il a créé l’année dernière à Plassans, une de ces nouvelles associations dont il a le secret de la création et qui l’ont bien aidé par le passé.


Monsieur de Salford, quelques jours après cet entretien, a évoqué à grands bruits dans les feuilles locales, la mauvaise gestion des officines de logement public en pays de Plassans. Il attaque évidemment notre Marquise, qui avait pourtant dénoncé la gabegie, il est vrai sept ans après son arrivée au pouvoir. M. de Castreneuf l'évoque dans son bloc-notes et nous nous permettons de reprendre ses formules décisives :

"La bombe [...] lancée par Steven Salford sent le coup fourré et la poudre des derniers jours de campagne.
[...] La première observation à faire est que les faits révélés ne se sont passés cette semaine. La deuxième est que Steven Salford a été administrateur de l'office pendant sept ans et qu'il a donc lui-même une part de responsabilité en ayant toujours approuvé, même silencieusement, la gestion de l'office. Mais supposons qu'on lui ait caché beaucoup de choses. Son devoir, à lui l'élu qui se targue de connaître les dossiers à fond, aurait dû le pousser à en savoir plus et à ne pas cautionner par sa présence et ses votes ce qui était susceptible de receler des malversations. Il n'en a rien fait."

 

 

 

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Notre document : "Steven Salford, Rouletabille de Provence, mène l'enquête sur les nouveaux mystères politiques de Plassans. Mais sont-ils si nouveaux que ça ?"


Foin de ces critiques négatives ! Point trop n'en faut ! Monsieur de Salford dénonce, il harangue, montre du doigt. M. de Salford aurait des dossiers, des révélations. Il entend dénoncer le système, réconcilier les Plassanais avec la politique, la vie de la Cité. C'est une belle ambition. Le pourra-t-il ? Il a des opposants, des anciens amis, des participations anciennes à des coalitions qui pourraient peser sur son action à venir. Si avenir il y a. Car on lui promet l'oubli et le retour aux affaires privées, à l'issue de ce scrutin, s'il n'en sort vainqueur. La lutte sera acharnée, mais M. de Salford est un idéaliste. Ne s'identifie-t-il pas au héros Barbicane, qui n'atteint finalement pas la Lune, mais, peut prouver qu'à force de croire en des rêves, l'homme en fait une réalité...

 

 

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Notre document : "Pour enquêter en 1909 sur les mystères de l'office des logements publics de Plassans, Steven Salford a dû user de toutes les ruses."


Steven Salford enseigne la science politique en un institut fameux. Il devrait, à l'issue, heureuse ou malheureuse, de ce scrutin extraordinaire dont il a été la cheville ouvrière, rédiger un de ces ouvrages dont il a le secret, un opuscule de philosophie politique pour remettre la morale dans l'action et agir pour l'éthique en politique. Les moeurs qu'il dénonce aujourd'hui, il en a été le témoin et l'acteur pendant de nombreuses années. Aujourd'hui, ses amis d'hier lui tournent le dos : il est plus que temps de faire cette révolution démocratique annoncée, jusqu'au bout.

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