26.10.2009

La presse et la réclame

Dans un récent articulet de son bloc-notes, Monsieur de Castreneuf, radical-socialiste de longue date, opposant aujourd’hui bien (re)connu de la Marquise de Joie-Ceinte, découvre avec effarement que la Cité de Plassans a payé plusieurs dizaines de milliers de francs-or des articles de publi-information dans le quotidien Le petit Provençal. Rien de bien nouveau sous le soleil de "la belle aux eaux crépitantes", mais Monsieur de Castreneuf s'étonne et se scandalise de cette pratique...

 

 

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Notre document : « Sapré tonnerre ! Monsieur de Castreneuf découvre, médusé, après tant d’années de vie publique, que les Cités paient pour de la publicité institutionnelle dans la presse quotidienne régionale ! Un véritable scandale qui doit être dénoncé à tous prix ! »


Elle est pourtant devenue monnaie courante. Monsieur de Castreneuf s’en étonne, remarquons-nous, avec une candeur qu’on ne lui reconnaît pas. Il devrait en effet connaître ces pratiques de communication lui qui a œuvré aux destinées de Plassans pendant de nombreuses années aux côtés de l’ancien échevin, Monsieur de Picherasle – Monsieur de Castreneuf avait en charge le quartier du Pont de la Voûte. La communication institutionnelle, en effet, n’est pas née d’hier et ce n’est certainement pas Madame de Joie-Ceinte (qui s’y connaît hélas fort peu en la matière) qui aura inventé ce type de réclame, aussi vieux que les placards publicitaires le sont eux-mêmes. Toutes les grandes municipalités se fendent, dans leurs budgets, de campagnes de communication, en cheville avec les feuilles locales, pour couvrir tel événement dont elles sont à l’origine ou qu'elles soutiennent.

 

 

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Notre document : « Sacrebleu ! Le Petit Provençal couvre en termes exagérément laudatifs l'exposition de l'été 1909 organisée par l'équipe de la Marquise. À la lecture de cet article si peu critique, le sang italien de Monsieur de Castreneuf ne fait qu'un tour. »


Le Cafard acharné, journal paraissant satirique le mercredi, est à l’origine de cette grande découverte de Monsieur de Castreneuf. Celui-ci est en effet lecteur assidu de cette feuille qui fit le bonheur des soldats au cours de la dernière guerre : jeux de mots goûteux et informations à scandales sur la vie publique des puissants y font en effet le miel des amateurs de politique en Chambre.

Les Frelons ne pouvaient demeurer sans voix sur ce sujet. Parlons un peu cuisine, puisqu’en chaque chose il y a une intention. D’où proviennent les informations si scandaleuses révélées par le Cafard, et quelles en sont les intentions cachées ? Il y a fort à parier, selon nos sources, que les journalistes syndicalistes du Petit Provençal sont à l’origine de cette « fuite » auprès du Cafard. Cela dans le but de faire « sauter » leur direction. À noter que l’article du Cafard en question ne concerne pas seulement la Cité de Plassans mais d’autres contrats de communication passées par des municipalités du Sud du Royaume avec la presse quotidienne régionale.

 

 

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Notre document : "La presse locale est-elle indépendante ? Grands dieux, non ! Elle l'était sans doute davantage pendant le mandat de Monsieur de Picherasle... ou quand Monsieur de Castreneuf était lui-même chroniqueur au Petit Provençal."


La grande question que pose en réalité Monsieur de Castreneuf dans son bloc-note est celle de l’indépendance de la presse. Cette presse (et surtout quotidienne et régionale) est-elle indépendante ? Certes non. L’objectivité, vieille antienne, on le sait, n’existe pas. Il s’agit d’un idéal impossible à tenir, pour des raisons évidemment économiques : il y a de moins en moins de lecteurs et les budgets ne tiennent que par l’apport indispensable de la manne publicitaire. Souvent le fait de compagnies privées, mais surtout par les annonces légales des appels d’offres et autres réalisations des collectivités territoriales. Nous-mêmes, aux Frelons, ne pourrions « tenir » sans le soutien de sociétés privées et amies et les réclames que vous lisez parfois dans nos pages pour certaines liqueurs et pour quelques spiritueux viennent inévitablement redonner les couleurs de la vie à notre trésorerie souvent moribonde.

Nous n’avons pas à en rougir et conseillons d’ailleurs vivement à nos lecteurs la consommation (raisonnable) de ces breuvages sans lesquels les Plassanais failliraient à leur réputation de bons vivants.

Monsieur de Castreneuf devrait connaître l’importance de la réclame institutionnelle, puisqu’il a été aux manettes du pouvoir naguère. On ne nous laissera pas croire que la Cité de Plassans n'a jamais coédité d'ouvrages sur les beautés de la Ville et les réalisations modernes, constructions et autres remise à neuf de monuments... du temps de Monsieur de Picherasle comme depuis la première élection de la Marquise de Joie-Ceinte.

Les plus assidus de nos lecteurs se souviennent de surcroît que Monsieur de Castreneuf fut dans une de ses nombreuses vies un homme de presse, correspondant du Petit Provençal, pendant quelques années. Il doit donc bien connaître les pratiques du métier de journaliste, sinon celles de chroniqueur de la vie plassanaise. Il doit savoir, de surcroît, maintenant en retraite, mais plus que jamais actif en opposition rebelle à la Marquise, et donc en qualité d’homme politique de plus en plus sollicité par les media, comment fonctionne le système de la presse de ce début de siècle…

 

 

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Notre document :  "Monsieur de Castreneuf, vêtu de probité candide et de lin blanc, ne décolère pas : les centaines de milliers de francs-or dépensés pour la réclame des expositions de l'été, en connivence avec une presse aux ordres ! Un nouveau combat pour ce citoyen émérite de Plassans."


Plus près de nous, un petit fait savoureux illustre l’indépendance de la presse : le Vicomte de Salford, devenu Président d’une école d’étude des arts appliqués, a fait une fleur à un journaliste du Petit Provençal : Monsieur Paul-Hégésippe Herbacet assure en effet depuis peu des cours de journalisme dans l’école nouvelle du Vicomte, sise Boulevard de la Monarchie. Rappelons aux oublieux de l’Histoire que M. Herbacet « couvrit », en son temps, les élections échevinales de 1908 et de 1909 – auxquelles concourut Monsieur de Salford. Tout comme le même Monsieur Herbacet « couvrit » sans toutefois la déflorer la fameuse affaire de l’officine « Espace Faire de Concert », association de loi 1901 subventionnée par la Communauté du Pays de Plassans, dont Monsieur de Salford fut président fondateur (en 1899 – il devait en quitter la présidence en 1901, l’année de son élection à Plassans) et qui fut liquidée à grands bruits étouffés en novembre 1907, pour un passif déclaré de plus de 320.000 francs-or.

 

 

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Notre document : "Le garde-champêtre en retraite Giberne (sans sa moustache, à gauche) veille au grain, pendant la campagne de l'été 1909, en conseillant à un journaliste de ne point réveiller les fantômes d'une vieille histoire de 1907, la fin brutale et mystérieuse de l'association "Espace Faire de Concert".
"Cette officine, fondée par le Vicomte de Salford fut liquidée à la demande de l'administration de Madame de Joie-Ceinte, juste avant les élections de 1908, après des audits présentés comme accablants par le Pays de Plassans - qui était son subventionneur.
"Le journaliste (à droite), devant les arguments imparables de ce bon Giberne, ne peut que s
'exécuter. L'article n'est finalement pas paru."


L’indépendance des journalistes et des journaux est une donnée impossible. Il existe une éthique, mais elle s’arrête nécessairement devant les intérêts communs de la société de presse et individuels des journalistes. Ceux-ci peuvent être de surcroît menacés ou mis sous pression devant des sujets trop sensibles. Le même Monsieur Herbacet, pendant la campagne de 1909, se vit fortement conseiller par le garde champêtre Giberne,  personnage bien connu de nos lecteurs, décidément sur tous les fronts, de ne pas reparler de l’affaire de l’ « Espace Faire de Concert », qui pouvait nuire à la Marquise. En quelques mots bien choisi, l’astucieux garde champêtre en retraite, pas encore président d’association, indiqua au journaliste qu’il fallait mieux… se taire ! Et il n’y eut point d’article. Un témoin que le journaliste tentait d’interviewer fut tout ainsi invité à se faire petit. Le musellement de la presse existe encore, même pour les « petites » querelles de clocher !

On voit donc que l’indépendance de la presse est loin d’être acquise. Fabricants de spiritueux ou collectivités locales, privés ou publics, les puissants de ce monde d’argent ont besoin de la presse, et la presse a besoin de leur argent : il y a fort longtemps en effet que le Pactole ne coule plus dans les poches des feuilles régionales et nationales. Il paraît donc difficile de s’étonner des partenariats établis par la Cité de Plassans avec un quotidien comme Le Petit Provençal pour couvrir positivement des expositions de peinture aux retombées économiques importantes pour le pays de Plassans.

Tout au plus peut-on s’étonner que jamais la Cité de Plassans ou ses édiles n’aient songé à faire appel à nous ainsi qu’à l’équipe des Frelons pour établir quelque plan de réclame hasardeux sur la propreté ou la politique de grands travaux. Nous serions tout disposés, et en toute transparence vis-à-vis de nos lecteurs, à rédiger quelques articles bien léchés sur les problématiques des chiens errants dans la Cité, des sangliers en déroute dans le Parc Nuidan ou les bienfaits du Plan Local Urbatectural de la Cité. C’est pour cela que nous nous tenons à la disposition de toute coopérative vinicole, de tout traiteur, de toute institution qui souhaiterait que soient chantées raisonnablement ses louanges – moyennement rétribution, bien entendu, que nous répercuterons sur le prix de l’abonnement aux Frelons, afin que les lecteurs profitent de cette manne espérée.

 

 

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Notre document : "La revue "Les Frelons" est clairement favorable à la réclame pour les liqueurs et les spiritueux dans ses colonnes, sans lesquels son équipe aurait les plus grandes peines du monde à poursuivre son travail au service du journalisme d'investigation."


Comme une illustration de ces pratiques publicitaires qui sont décidément de plus en plus à la mode, rappelons à nos lecteurs la campagne entamée voici une bonne dizaine d'années pour le tonique vin Mariani, campagne confiée à nos plus grandes gloires littéraires :

« J'ai à vous adresser mille remerciements, cher Monsieur Mariani, pour ce vin de jeunesse qui fait de la vie, conserve la force à ceux qui la dépensent et la rend à ceux qui ne l'ont plus. »
— Émile Zola, 1895


« Cher Monsieur, J'ai reçu un tel secours de votre vin au moment de mes dernières couches que je vous conjure de m'en faire envoyer d'urgence une nouvelle caisse. »

— Léon Bloy, 1898


« Le témoignage des hommes serait bien trompeur si le vin Mariani ne faisait pas des merveilles. Je crois qu'il en fera en ma faveur s'il m'arrive jamais d'en avoir besoin. »

— Louis Duchesne


« Boire du vin Mariani/ C'est chanter, croire, aimer sans trêve/ C'est ouvrir, au pays du rêve/ Une porte sur l'Infini ! »

— Jane de La Vaudère

13.08.2009

« Une invention du diable ! »

À Plassans, un deuxième jeune homme a été victime d’une « explosion de téléphone ». Après le jeune Romain, qui a vu le téléphone de sa fiancée lui exploser à l’oreille, au début de la semaine – mésaventure dont la presse nationale s’est largement faite l’écho – c’est le neveu du Baron de C*, le jeune Julien, qui a senti l’objet lui chauffer l’oreille pour ensuite lui exploser à la figure. Le jeune homme était cette fois propriétaire d’un de ces coûteux appareils de la marque américaine Aphone, et il était en communication avec sa nouvelle conquête.

Ces appareils modernes, dont certains se méfient comme de la peste et qui vous sonnent comme des domestiques, ne seraient donc pas aussi sûrs qu’une presse progressiste a bien voulu nous le faire croire depuis leur récente invention. Contemporaine servitude volontaire, cette invention nous conduira certainement, dans un avenir proche, à des dérives que l’on n'imagine en frémissant : on ne sera tranquille nulle part et les conversations incommoderont jusque dans les restaurants et les opéras.

 

 

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Notre document : "Emoi nocturne dans le domaine de la famille de C*, au quartier rural de Saylony. Le jeune Julien de C*, publicitaire en lequel tout Plassans place les plus grands espoirs, vient de tomber victime d'une explosion de téléphone. "



Mais revenons à cette série d’explosions de téléphone qui semble frapper particulièrement Plassans – même si « Le Figaro » nous apprenait tantôt que des explosions similaires avaient eu lieu au Royaume du Japon. « Le Petit Provençal » présentait, dans son édition d’hier, un daguerréotype montrant le jeune Julien de C*, que le tout-Plassans connait comme un affichiste bien introduit et amateur de belles choses, tenant fort piteusement entre ses doigts les miettes de son appareil téléphonique. Le cliché avait quelque chose de glaçant : la technique nous trahissait donc ? Et particulièrement les meilleurs éléments de notre belle société plassanaise ?

 

 

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Notre document : "Après l'explosion impromptue de son téléphone, le jeune Julien de C*, pourtant aguerri, et de noble ascendance (quoique d'une noblesse d'Empire), est tombé en pâmoison. Ses laquais en bras de chemise sont aussitôt accouru pour porter secours à leur bon maître qu'ils ont cru victime d'un attentat antibonapartiste."


Fort heureusement, à part une légère éraflure au côté droit du visage, le fringant publiciste, issu de la noblesse d’Empire, ne présentait aucune blessure sérieuse. Il aurait reçu comme « un grain de sable dans l’œil » - peut-être un microscopique bout de ce métal fin qui forme ces instrument. Il a cependant été transporté prestement à la Clinique des Verdurades, où les médecins du Baron Chauraud sont venus à son chevet et se sont rapidement montrés des plus rassurants : plus de peur que de mal. Julien de C* se consolera donc, après quelque pansement, dans les bras de sa nouvelle fiancée, la sémillante Nadine de S*…  qui déclare ne plus vouloir se servir de pareils engins jusqu’à nouvel ordre ! Comme on la comprend.

 

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Notre document : "Les meilleurs médecins étaient au chevet du jeune Julien de C*. Le jeune homme est catégorique : on ne l'y reprendra plus. Il envoyait messages lestes et libelles bonapartistes via son téléphone. Une utilisation jugée dangereuse par les spécialistes."


Pour en savoir plus sur ces technologies nouvelles, « Les Frelons » ont fait appel à un spécialiste de ce genre d’appareils, le colonel de Gendarmerie en retraite Rabutin, qui comme on s’en souvient, utilise à grands frais ces coûteux instruments. Le bonhomme est formel : en fin connoisseur, il nous a rapidement donné son analyse. Le téléphone de Monsieur de C* était fiable, nous assura-t-il, car de marque américaine - californienne, de surcroît, ce qui a son importance. Ce type de téléphone, le colonel à la retraite Rabutin s’en sert tous les jours, il est donc catégorique : c'est un appareil robuste et endurant. Le Colonel n'appelle-t-il pas plus de vingt fois par jour chacun de ses amis ? Sans avoir constaté aucune malfaçon dans la machine ?

 

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Notre document : "Le colonel de gendarmerie en retraite Rabutin dans une pose familière : suspendu au téléphone, il colporte nouvelles, rumeurs et exclusivités sur les dessous de la vie politique de Plassans. Plus de quatre cents communications sont ainsi passées de son téléphone chaque jour."


Selon le Colonel, si le téléphone du jeune Julien de C* a chauffé, puis éclaté, c’est l’utilisation qui était mauvaise ! Toujours aux dires de notre spécialiste, le jeune Julien devait avoir une utilisation impropre de l’appareil : le moderne instrument se sera peut-être formalisé de certains propos bonapartistes qui auraient pu être tenus par son intermédiaire. On frémit d'avance pour les milieux Plassanais nostalgiques de l'Empereur...


« Ou alors l’appareil a un vice de fabrication, mais c’est bien rare. » conclue le connoisseur. Pour sa part, le Colonel Rabutin n’a jamais connu de surchauffe dans son appareil, qu’il met pourtant à rude épreuve. Tout au plus ses interlocuteurs auront-ils rencontré des chauffements d’oreilles. Mais il s’agit là plutôt d’un problème dû à la durée d’exposition à l’appareil… et aux longues discussions sur la politique locale,  les vacances du Vicomte de Salford, de la Marquise, ou les repas manqués de Maître Pezest  !

 

 

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Notre document : "Au café "L'Abreuvoir", la sagesse populaire a parlé, et condamné la machine infernale : le téléphone ne passera pas par Plassans ! Comme le Train !"


Finalement, au café « L’Abreuvoir », mitoyen de la Cathédrale, c’est la lavandière Marie-France M* qui a mis tout le monde d’accord, au soir de l’incident. Elle revenait du lavoir avec ses draps roses fraîchement battus, quand elle a appris la nouvelle. Pour elle, pas de doute non plus : c’est « une invention du diable ! ». Tous les Plassanais présents à « L’Abreuvoir » étaient bien d’accord avec elle ! Quelle mauvaise invention ! « Vous verrez qu’un jour on ne pourra plus s’en passer et que chacun le portera sur lui, comme les Ecritures le disent du chiffre de la Bête ! ». Et la vieille partit, outrée, dans la nuit, avec ses draps roses sous les bras,
pour regagner  sa mansarde, laissant les commensaux interloqués. Après un long moment de silence, tout le monde fut d’accord pour éradiquer ces modernes inventions de Plassans : « Le téléphone, comme la Ligne de Train Preste, ne passera pas par nous ! »


 

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Notre document : "Le lendemain, on pouvait toujours voir Marie-France M*, errant dans les rues de Plassans et portant fagots de cartons roulés pour décorer sa mansarde, qui alpaguait les passants : "Invention du démon que le téléphone ! Braves gens de Plassans ! Méfiez-vous de ces instruments du Malin ! Ils colportent des messages licencieux et bonapartistes !" Mais, même si les Plassanais connaissent bien Marie-France et ses lubies, ils frémissaient à son passage et à ses imprécations : l'affaire du téléphone explosif restera longtemps dans les mémoires."


Les autorités, bien informées, devaient rapidement appeler au calme. La Marquise de Joie-Ceinte part en effet ce samedi en vacances en Bretagne, finalement , et elle espère que cet incident ne soulèvera pas de nouvelles difficultés électorales. Les différents candidats ont en effet usé et abusé de ce moyen moderne de communication pour atteindre leurs électeurs… en plein juillet ! Sans doute est-ce la raison pour laquelle les téléphones deviennent plus enclins à la fulmination à Plassans qu’ailleurs.